Les supermarchés ne baissent pas leurs prix, mais se contentent de promotions. Yorgos Karahalis/Reuters
Il ne rase pas encore gratis, mais avec ses coupes pour homme passées de 9 à 4,50 euros il y a deux ans, Ioannis Maïkantis a anticipé un mouvement de décrue des prix qui s'est amorcé en Grèce il y dix mois, après six années de récession.
Le spectre de la déflation agité comme un repoussoir dans la zone euro n'émeut pas grand monde parmi les clients de ce coiffeur dont le salon est situé près du centre d'Athènes, dans une rue où près d'un magasin sur deux est fermé.
« Il était temps que les prix baissent un peu », grogne Vangelis Mavromatis qui attend son tour. « Mon salaire est passé de 1 500 euros en 2011 à 600 », alors « ils peuvent baisser encore, les prix », ajoute-t-il.
Ce fonctionnaire, employé depuis 36 ans d'une caisse d'assurance sociale, est venu du Pirée, à une douzaine de kilomètres, pour bénéficier de l'offre valable le lundi et le mercredi. Les autres jours, la coupe coûte 6,50 euros. En 2011, elle était à 9 euros. Le salon ne désemplit pas.
La Grèce a longtemps vécu un paradoxe : une économie entrée en récession fin 2008, visitant les abysses d'un PIB en recul de 6,4 % en 2012, des revenus de la population amputés de 29 % entre début 2008 et début 2013, selon les statistiques grecques, et des prix continuant de progresser rapidement.
Le taux moyen d'inflation annuelle s'était établi à 1 % en 2012, après avoir atteint 3,1 % en 2011.
Pour la première fois depuis les années 60, le pays a enregistré en mars un recul des prix sur un an. Cette tendance se poursuit mois après mois, et les prix sur l'année 2013 ont finalement baissé de 0,9 %.
Mais cette moyenne cache des disparités sensibles. Sur douze catégories de produits, trois continuaient d'afficher des prix à la hausse en décembre : alcool et cigarettes, à cause des hausses de tarif de ces dernières, logement, en raison du prix de l'électricité, et santé.
Même parmi les produits moins chers en décembre, le secteur de l'alimentation n'a connu qu'une baisse modeste de 0,8 %, loin des reculs de 3 ou 4 % d'autres biens ou services.
Déflation ou promotions ?
Ce constat indigne Evangelia Kekelia, secrétaire générale de l'Association de défense du consommateur Kepka : « Les supermarchés ne baissent pas leurs prix et se contentent de promotions, les grandes marques conservent leurs marges! »
D., employée d'un petit supermarché de centre-ville, n'est pas loin de partager son avis : « Il y a quelques baisses de 5 ou 10 centimes sur certains produits, mais surtout des promotions. »
Cette résistance à la baisse s'inscrit dans un pays où le prix du panier de la ménagère est traditionnellement plus élevé qu'ailleurs en Europe, en raison notamment de distorsions de concurrence.
En 2008, selon une enquête européenne de la Chambre de commerce grecque, les Grecs payaient leur farine 1,40 euro le kilo en moyenne contre 0,49 à 1,09 euro ailleurs dans l'UE.
Le ministre du Développement Costas Hajidakis a récemment promis de s'attaquer à ces entraves, jugeant anormal, en novembre, « que le lait frais pasteurisé coûte en Grèce 34 % de plus que la moyenne européenne ».
La déflation, il faut donc la chercher chez les petits commerçants et professions indépendantes, colonne vertébrale de l'économie grecque.
Ce sont les cours de soutien privés, par exemple, par lesquels passent tous les enfants grecs, dont les prix sont en baisse de 45 %, selon l'Association des frondistirio de l'Attique.
C'est le baklava – gâteau au miel et aux amandes – de la pâtisserie de quartier Eklek Toula, passé de 1,80 euro avant la crise à 1,60 puis 1,40 euro en 2013.
Ce sont encore les travaux de couture que Dimitra Phidopoulou accomplit désormais pour « deux ou trois euros ». « Une dame vient de passer récupérer quatre jupes, elle m'a laissé dix euros. Normalement, c'est 15 euros. Mais qu'est-ce que je pouvais lui dire ? » dit-elle, résignée.
(Source : AFP)

