Intervenant à l'ouverture de la « Seconde conférence internationale des donateurs en appui à la situation humanitaire en Syrie », le Premier ministre démissionnaire, Nagib Mikati, a réclamé hier à la communauté internationale, pour l'année 2014, une somme qui ne soit pas inférieure à 800 millions de dollars pour venir en aide à un flot de réfugiés équivalent au quart de la population totale résidente du Liban.
« C'est le minimum requis pour 2014, si l'on veut éviter que les services accordés ne se dégradent honteusement », a dit M. Mikati.
Pour accueillir les dons, le Liban a créé un fonds spécial qui sera supervisé et géré conjointement par l'État libanais et la Banque mondiale, a précisé le Premier ministre.
« Outre l'assistance directe aux réfugiés, a précisé M. Mikati, des aides sont nécessaires pour aider l'économie libanaise et soutenir le budget de l'État ; sont aussi nécessaires des aides au développement au bénéfice des collectivités locales de manière à soutenir les institutions existantes, comme les écoles et les hôpitaux, et de contribuer à la création d'emplois pour résorber le chômage dans les zones les plus pauvres. »
« Les conséquences de l'afflux des réfugiés syriens sur l'économie libanaise ont été directes et indirectes, a précisé M. Mikati, qui a fait état du recul des investissements, du ralentissement du mouvement commercial et touristique, et de la baisse des recettes budgétaires dans un pays reposant essentiellement sur le secteur des services. Le recul du PIB pour la période 2012-2014 a été évalué à 7,5 milliards de dollars, et son impact sur le budget à 5,1 milliards, dont 3,6 milliards de dépenses directes sous formes de services accordés aux réfugiés et 1,5 milliard de dollars de recul des recettes budgétaires en raison de la récession. De même, la pression exercée par le flot de réfugiés a augmenté, touchant les couches les plus vulnérables de la population qui disputent désormais aux réfugiés syriens leur gagne-pain, ce qui a entraîné une baisse du niveau des salaires et une augmentation du chômage, dont la proportion a doublé, notamment au niveau de la main-d'œuvre non qualifiée, atteignant dans certaines régions 20 % de la population active. »
M. Mikati a appelé à l'installation de camps réservés aux réfugiés syriens en Syrie même. « La crise syrienne était et demeure une crise internationale par ses conséquences et ses effets, a-t-il conclu, mais au Liban son poids est écrasant. Ne permettez pas que le modèle de conduite libanais à l'égard du dossier des réfugiés échoue ! »
Un peu plus de 2,4 milliards de dollars ont été promis durant la conférence, a déclaré hier le secrétaire général de l'ONU au terme de la réunion, dont l'organisation espérait une levée de fonds de 6,5 milliards de dollars (lire par ailleurs).
Le gouvernement
Sur un autre plan, et dans un entretien qu'il a eu à la veille de la conférence au siège de l'ambassade du Liban au Koweït avec un groupe de journalistes libanais et koweïtiens, le Premier ministre démissionnaire a attribué à « des facteurs externes » la relance des efforts pour la formation d'un nouveau gouvernement
« Un consensus a eu lieu sur la formation d'un nouveau gouvernement et le débat se fait actuellement sur ses particularités, ce qui prendra un peu de temps », a-t-il indiqué. M. Mikati a estimé que dans l'hypothèse où un nouveau gouvernement consensuel serait formé, le pays aura franchi une grande étape vers la tenue de la présidentielle à la date prévue en dépit des obstacles qui restent encore à franchir.
À propos des divergences concernant la déclaration ministérielle, il a souhaité que le président de la Chambre, Nabih Berry, puisse trouver une issue convenable à cette affaire.
Il s'est également dit favorable au renforcement du camp centriste « pour empêcher l'approfondissement du fossé qui sépare les Libanais et renforcer la compréhension mutuelle ».



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