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Liban - Justice

Droits de l’homme au Liban : un sombre bilan pour 2013

La Fondation des droits de l'homme et du droit humanitaire a tenu une cérémonie au cours de laquelle elle a honoré deux jeunes juges libanaises, Rita Karam et Nazek el-Khatib, et rendu public son rapport sur la situation des droits de l'homme en 2013 au Liban. Un rapport négatif, éclairé toutefois par quelques données encourageantes.

Les deux lauréates entourées de Waël Kheir et d’Angelina Eichhorst. Photo Hassan Assal

En établissant une rétrospective de l'année 2013, il est clair que les droits de l'homme au Liban ont connu des jours meilleurs. C'est ce qu'atteste en tout cas le rapport annuel de la FDHDH, rendu public lors d'une cérémonie organisée au Collège de La Sagesse pour commémorer le 65e anniversaire de la Charte des droits de l'homme, et par là même la Journée internationale des droits de l'homme. Le rapport, qui relève « un déclin du respect des droits de l'homme en 2013 » et une discrimination croissante envers les Syriens au Liban, note pourtant quelques points encourageants, notamment au niveau de l'éducation au sujet de ces valeurs, de la législation en faveur de la femme et du mariage civil. Mais le tableau, annuellement sombre, est à chaque fois éclairci par la remise du prix de la Fondation à une personnalité qui s'est distinguée dans ce domaine. Deux femmes à l'honneur cette année, deux magistrates qui marquent une avancée sur le plan de l'application des lois : les juges Rita Karam et Nazek el-Khatib, reconnues pour s'être référées dans leurs jugements au préambule de la Constitution qui stipule le respect par le Liban de la Charte des droits de l'homme, même si ce préambule n'est pas à caractère contraignant.


Membre de la FDHDH, Marwan Abdallah a ouvert la cérémonie par un bref résumé du rapport annuel de la Fondation. « Le Liban fait toujours partie des 58 États où la peine capitale figure encore dans le code juridique, même si, fait encourageant, elle semble ne plus être appliquée, des dizaines de prisonniers ayant pourtant été condamnés à mort depuis quelques années », a-t-il noté. Déplorant l'état des prisons au Liban, M. Abdallah a en outre mis en valeur « une discrimination envers les Syriens, avec le début de la crise syrienne en 2011 ». « De nombreuses municipalités ont imposé un couvre-feu dans certaines régions. Ce genre de mesures est dénoncé par la FDHDH puisqu'elles sont illégales, l'imposition d'un couvre-feu étant du ressort de l'État et seulement dans les cas extrêmes. Par ailleurs, ces mesures prennent une ampleur discriminatoire entre les différentes catégories sociales, les victimes de telles décisions étant forcément des Syriens pauvres et non pas les riches abrités dans leurs villas », a ajouté Marwan Abdallah, qui a noté un progrès au niveau des droits de la femme, avec l'approbation d'un projet de loi sur la violence domestique par la commission parlementaire conjointe et la reconnaissance du premier mariage civil au Liban, « un premier pas vers le soutien aux droits privés », saluant le fait que « de nombreuses universités et institutions ont intégré dans leur cursus un cours concernant les droits de l'homme, généralement basé sur un syllabus préparé par la FDHDH et donné par l'un des membres de la Fondation ». Et de conclure : « Au moment où le respect de la liberté d'expression s'élargit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord depuis 2010, il affiche un recul au Liban dans les domaines de la presse, du théâtre et du cinéma. Plus de 60 cas de violations de la liberté d'expression ont été reportés par la Fondation. »


De son côté, la chef de la Délégation de l'Union européenne au Liban, Angelina Eichhorst, a rendu hommage aux pères de la Charte des droits de l'homme, dont Charles Malek, affirmant que « l'UE luttera toujours pour la prévention de la torture, l'abolition de la peine capitale et la protection des réfugiés ». Elle a aussi encouragé les efforts de la société civile, soulignant le rôle du corps judiciaire « qui se doit d'être indépendant dans cette lutte ».

 

Deux juges à l'honneur
Le juriste et ancien président d'une Chambre du Conseil d'État, Iskandar Fayad, a ensuite remis le Prix des droits de l'homme 2013 aux deux lauréates, la juge Rita Karam, membre du Conseil d'État, « qui joint la science au bon sens », et la juge Nazek el-Khatib, « qui a la spécificité de nager dans les eaux troubles du domaine pénal, et qui s'occupe de problèmes relatifs aux libertés publiques, aux toxicomanes et à la violence sous toutes ses formes ». « La justice va mal, a poursuivi Iskandar Fayad. Les conventions internationales ne suffisent plus à la protéger partout dans le monde. Elle est rongée par deux virus : le fonctionnariat et la technologie, cette dernière ne pouvant remplacer la lucidité, le discernement et la sagesse d'un bon juge. »


Une allocution a par ailleurs été prononcée par deux étudiants, Haya Atassi et Akram al-Mahyani, qui suivent un cours concernant les droits de l'homme à l'AUB, donné par le président de la Fondation, Waël Kheir. Les deux étudiants ont qualifié l'expérience de « fructueuse », notant que la culture des droits de l'homme manque aux étudiants libanais par rapport à leurs camarades étrangers. Parmi les intervenants aussi, l'activiste et membre fondateur de la FDHDH, Lawrence Chidiac, qui a affirmé que le pays va mal en ce qui concerne les droits de l'homme, mais que deux éléments prêtent à l'optimisme, « l'éducation dans les universités, et la présence de jeunes juristes libanais qui se réfèrent à leur intime et juste conviction et non pas au texte de loi, quand les deux entrent en conflit, et c'est à ces personnes-là que nous rendons hommage chaque année à travers la remise du prix des droits de l'homme ».

 

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