Le Dr Antoine Boustany : « Il est difficile de définir les priorités à l’ordre des médecins, d’autant que les projets qui doivent être réalisés sont nombreux. »
Une nouvelle page vient de s'ouvrir dans les relations entre les communautés médicales libanaise et française. Les présidents des ordres des médecins de Beyrouth et de Paris, respectivement les Drs Antoine Boustany et Irène Kahn-Bensaude, ont convenu de relancer un accord de jumelage signé entre les deux ordres il y a près de huit ans.
L'initiative est venue du Dr Kahn-Bensaude qui, en juillet dernier, avait pris part aux travaux du colloque annuel de l'Association médicale France-Liban. « Au cours d'une visite qu'elle a effectuée à la Maison du médecin, elle m'a relancé dans ce sens, explique le Dr Antoine Boustany. En novembre et en décembre, je me suis rendu à Paris pour finaliser les formalités nécessaires à l'entrée en vigueur du jumelage. J'ai eu également l'occasion de rencontrer le président du Conseil national des médecins de France. Nous avons convenu de renouer les relations, de créer un comité mixte afin d'étudier les échanges scientifiques et professionnels bilatéraux. »
Ce jumelage ne peut être que bénéfique pour la communauté médicale libanaise, estime le Dr Boustany. Il explique dans ce cadre que depuis près de quatre ans, « les résidents libanais ont des difficultés à poursuivre leur spécialisation en France ». « J'ignore les raisons pour lesquelles ce problème s'est produit, poursuit-il. Je n'ai pas eu de réponse claire à ce sujet, mais il semblerait que le nombre de médecins venant des pays de l'Est et désirant se spécialiser en France augmente sans cesse et la France ne peut plus les absorber. Nos jeunes médecins libanais sont ainsi en train de se diriger vers la Belgique. Dans le cadre du jumelage, nous pourrons demander au Conseil national des médecins de France de nous aider dans ce sens de manière à trouver avec les autorités compétentes une solution. »
Ce jumelage permettrait aussi de renforcer les échanges dans le cadre du Journal médical libanais et des revues médicales éditées au Liban, mais aussi au niveau de l'organisation de colloques entre le Liban et la France. « L'un des plus grands avantages reste, à mon avis, la possibilité d'égaliser les conseils médicaux libanais et européens, ce qui permettrait à nos médecins d'exercer en Europe. »
Renouer avec la communauté médicale en France
Le Dr Boustany a en outre profité de son séjour à Paris pour prendre contact avec les médecins libanais qui exercent en France. « À ma grande surprise, j'ai découvert qu'ils sont près de 4 000 médecins à y exercer, indique-t-il. Malheureusement, ils n'ont pas de contacts institutionnels avec l'ordre des médecins de Beyrouth. Ceux-ci sont plutôt informels, occasionnels et personnels. Nous avons décidé de créer un comité mixte pour envisager de futurs échanges. »
Sur le plan local, le Dr Boustany prévoit plusieurs projets à réaliser durant son mandat. « Beaucoup de travail doit être fait, constate-t-il. Il est difficile de définir les priorités d'autant qu'elles sont nombreuses. J'ai réussi, au cours des deux premiers mois après la prise en charge de mes fonctions, à élever le salaire de la retraite de 600 000 LL à 1 000 000 LL. Dans quelques mois, nous réévaluerons la situation pour voir si nous pouvons l'augmenter de nouveau. »
Pour ce qui est de la prescription médicale unifiée que son prédécesseur Charaf Abou Charaf avait lancée, le Dr Boustany affirme que de nombreux obstacles empêchent sa mise en œuvre. « J'essaie de les aplanir autant que possible, assure-t-il. Mais le problème dans ce pays, c'est que tout ou presque est politisé. Nous sommes obligés de nous accommoder. Malheureusement, nous ne pouvons pas passer outre. Il faut donc trouver la solution adéquate pour aboutir à nos fins. »
La couverture médicale du médecin à la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS) est un autre problème auquel le Dr Boustany essaie de remédier. « Les médecins à la retraite ne peuvent plus bénéficier de la couverture de la CNSS, s'insurge-t-il. Or le travail des médecins est la raison d'être de la CNSS. Par conséquent, il ne peut pas être considéré comme une personne lambda. »
L'immunité du médecin figure aussi au nombre des priorités du Dr Boustany, qui entend dans ce cadre « protéger le médecin des attaques médiatiques et sociales ». « L'image du médecin s'est beaucoup détériorée au cours des trois dernières décennies, fait-il remarquer. À mon avis, cela est dû au surnombre de médecins qui se répercute souvent sur la qualité des prestations. De plus, un contrôle sur le terrain devient dans ces cas impossible. À l'ordre, nous œuvrons pour améliorer cette image, que ce soit au niveau du conseil de discipline ou encore au niveau des relations avec les médias pour essayer de trouver une autre manière d'approcher les problèmes médicaux avec les médecins. »
Et le Dr Boustany d'ajouter : « Je ne cherche à rien camoufler. Bien au contraire, les plaintes déposées sont prises au sérieux et étudiées par des comités spécialisés. Les sanctions sont prises en cas d'erreur médicale, mais il n'est pas dit que toutes les plaintes sont justifiées ou fondées. Les comités sont le plus à même de juger, mais dire que ceux-ci sont de connivence avec les médecins pour camoufler les erreurs est exagéré. »


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