Plus de neuf mois après que Tammam Salam eut été chargé de former le gouvernement par 124 députés sur 128, le Premier ministre désigné est revenu à la formule qu'il avait proposée dès la première semaine après sa désignation, à savoir celle d'un cabinet de rassemblement sur la base des « trois 8 » (huit ministres au 14 Mars, huit au 8 Mars et huit aux centristes).
Cette formule s'accompagne, dans l'esprit de M. Salam, de règles bien précises comme le rejet de toute forme de tiers de blocage, apparent ou déguisé, l'adoption de la déclaration de Baabda dans le texte de la déclaration ministérielle du nouveau gouvernement, la mise en œuvre de la rotation ou de l'alternance dans les ministères et enfin l'application, pour ce qui est de l'attribution des portefeuilles, d'une procédure consistant à ce que chaque bloc présente au Premier ministre désigné une liste de ses candidats au gouvernement, M. Salam devant lui-même choisir les noms qui lui conviennent en toute liberté.
Il est clair que le 8 Mars a cédé sur ce terrain par rapport à ce qu'il réclamait, à savoir la formule des « 9/9/6 », qui lui donne le tiers de blocage, et le maintien du fameux triptyque « armée-peuple-résistance » dans la déclaration ministérielle.
Du côté du 14 Mars, ce retournement du Hezbollah a créé la surprise. Il n'y a pas si longtemps, en effet, Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezb, déclarait : « Nous avons fait des concessions et accepté la formule des "9/9/6". Cette proposition est limitée dans le temps. Vous (le 14 Mars) devez saisir l'occasion à présent car, après un certain délai, la barre sera placée plus haut pour la prochaine proposition » ; et encore, plus près de nous : « Vous devez accepter la formule des "6/6/9", point à la ligne. »
Après de tels propos, il était normal qu'on s'interroge, au sein du 14 Mars, sur les raisons qui ont causé un tel bouleversement dans les positions du parti chiite.
Des observateurs relèvent que les forces du 8 Mars ont fini par prendre au sérieux la détermination du président de la République, Michel Sleiman, et de M. Salam, de mettre sur pied un gouvernement de « non-partisans » en cas d'échec des concertations en vue de la formation d'un cabinet politique. Or, tout gouvernement risque d'avoir des retombées importantes sur le 8 Mars dans la phase qui vient, de sorte qu'il vaudrait mieux pour lui être dedans que dehors.
En outre, et contrairement à ce qu'avait clamé Hassan Nasrallah, que le Hezbollah n'a pas besoin de couverture de quiconque pour ce qu'il accomplit en Syrie, il est apparu qu'il a besoin d'un parapluie légal et qu'il doit pour cela être partie prenante au pouvoir. Cela vaut d'autant plus que le cours des événements dans la région n'est pas en sa faveur, surtout après l'exclusion de l'Iran de la conférence de Montreux, prévue le 22 janvier, sur la Syrie.
Des sources informées indiquent à ce propos que Téhéran a notifié le Hezbollah qu'il devra assouplir sa position et réduire la tonalité de son discours dès avant la visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, attendu lundi prochain à Beyrouth.
Partant de ces nouvelles orientations, le Hezb a mandaté le président de la Chambre, Nabih Berry, pour trouver une issue à la crise gouvernementale et tenter d'arracher un cabinet de rassemblement. Cela a permis à M. Berry de remettre aux côtés du chef du PSP, Walid Joumblatt, les compteurs à zéro et revenir à la formule des « trois 8 » qu'on mettrait en œuvre en « arrondissant les angles ».
Du coup, la balle est retombée dans le camp du 14 Mars, mais ce dernier a cherché, avant de s'engager, à connaître les orientations politiques qu'aurait le nouveau cabinet avant d'entrer dans le jeu des nombres.
Un ancien député affirme que des tentatives sont menées à l'heure actuelle à Aïn el-Tiné pour amadouer le 14 Mars et l'amener à accepter de participer à ce gouvernement. Dans ce cadre, il est question d'introduire la déclaration de Baabda dans le texte de la déclaration ministérielle. De plus, on parle d'une formule mixte qui joindrait des ministres partisans à des indépendants selon la répartition suivante : trois ministres partisans pour le 8 Mars (un pour Amal, un pour le Hezbollah et un pour le CPL) ; trois pour le 14 Mars (un pour le Futur, un pour les Forces libanaises et un pour les Kataëb) ; huit ministres pour les centristes (trois pour le chef de l'État, trois pour le Premier ministre désigné et deux pour M. Joumblatt) ; les dix ministères restants seront partagés également entre le 14 et le 8 Mars à condition que les titulaires soient des personnalités sympathisantes de l'un ou de l'autre camp, mais non adhérentes ou partisanes.
Cette formule s'accompagne, dans l'esprit de M. Salam, de règles bien précises comme le rejet de toute forme de tiers de blocage, apparent ou déguisé, l'adoption de la déclaration de Baabda dans le texte de la déclaration ministérielle du nouveau gouvernement, la mise en œuvre de la rotation ou de l'alternance dans les ministères et enfin l'application, pour ce qui est de l'attribution des portefeuilles, d'une procédure consistant à ce que chaque...

