Rita Makhlouf : Home of Hope est une place pour l’espoir.
Rita Makhlouf fronce les sourcils. Elle n'aime pas les questions qui se rapportent à la nationalité des enfants dont s'occupe Home of Hope, où elle travaille à Kahalé.
Depuis sa fondation en 1999, l'association œuvre en faveur des enfants maltraités, abandonnés ou orphelins, quelle que soit leur nationalité.
Mais depuis le début de la crise syrienne, la majorité des quelque soixante-dix enfants dont s'occupe l'ONG est syrienne. Ce qui, vraisemblablement, « déplaît » à l'entourage de l'association. « Beaucoup de gens n'aiment pas nos enfants », s'insurge cette ancienne professeure d'anglais qui travaille à Home of Hope depuis sa fondation. Ils refusent qu'ils jouent en dehors de l'aire de jeux. « Certains parents disent même à leurs enfants que les jeunes dont nous nous occupons seront de "futurs soldats", poursuit-elle. Mes voisins m'ont même dit que je nourris nos ennemis ! »
Home of Hope accueille des enfants, toutes religions et nationalités confondues. Au nombre de ces enfants, figurent aussi des sans-papiers. Son travail, explique-t-elle, consiste à pratiquer l'amour du prochain. « Il faut aimer son ennemi, insiste Rita Makhlouf. Cela est écrit dans la Bible. À Home of Hope, nous accueillons des enfants, donc des innocents. J'espère que nos voisins finiront par être d'accord avec moi, au fur et à mesure qu'ils apprendront à mieux les connaître. » Elle ajoute en souriant : « Au fait, les mentalités ont déjà commencé à changer. »
Un petit bonhomme s'approche de Rita Mahklouf, elle s'accroupit et l'enlace. « C'est Ahmad, dit-elle en le présentant. C'est notre plus jeune hôte. Il a 3 ans. Sa mère l'a mis dans un taxi avec son frère et sa sœur avant de s'enfuir. Elle était désespérée depuis que son mari l'a quittée pour une autre femme. Le chauffeur de taxi a conduit les enfants à la police qui nous les a confiés. »
La majorité des enfants logés à Home of Hope y a d'ailleurs été emmenée par la police. Dans le cas des enfants syriens, nombreux sont ceux qui ont été exploités par ceux qu'elle appelle « des profiteurs de la crise » dans leur pays. « Il existe des bandes de criminels qui appâtent des enfants syriens et les amènent au Liban grâce à de belles promesses, explique Rita Mahklouf. Ils racontent aux familles syriennes que leurs enfants pourront travailler au Liban et y gagner une vie. Mais lorsque les mineurs arrivent, les promesses sont vite oubliées. Trente à quarante enfants sont alors entassés dans une même chambre, forcés à mendier dans les rues et à remettre l'argent ainsi gagné à leurs tuteurs. »
Il n'existe pas de chiffres sur le travail des mineurs syriens au Liban. Mais selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), sur les quelque 400 000 enfants syriens réfugiés au Liban et officiellement enregistrés, seuls 25 % d'entre eux fréquentent une école publique.
À Home of Hope, Rita Makhlouf, le directeur de l'association Maher Tabarani et son équipe de dix collègues ont voulu créer un refuge pour ceux qui ont tout perdu. Le foyer d'enfants est soutenu par la Société évangélique du Liban. Il se veut un endroit qui redonne de l'espoir à ceux qui l'ont perdu. « Les enfants connaissent la violence et la guerre. À Home of Hope, ils peuvent apprendre la paix », conclut-elle.


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