Alors que le secteur financier chinois reste étroitement encadré par les autorités et dominé par les monopoles des grandes banques publiques, Pékin a notamment décidé d’autoriser progressivement les établissements bancaires à capitaux entièrement privés.
Le secteur bancaire en Chine reste très insuffisamment ouvert à la concurrence étrangère, a regretté hier le commissaire européen Michel Barnier à Pékin, où il a par ailleurs vanté auprès des autorités chinoises les réformes financières de la zone euro.
« Les banques chinoises sont parmi les plus grandes et les plus puissantes du monde. Elles ne peuvent pas, ne doivent pas craindre la concurrence », a estimé le commissaire en charge du Marché intérieur et des Services. « Il y a une marge de progrès », a souligné M. Barnier, rappelant que les firmes étrangères représentaient seulement « 1 % à 2 % » du marché des banques et assurances en Chine, alors que sur celui-ci, « les besoins sont importants ».
Le commissaire européen s'exprimait devant la presse à l'issue de rencontres avec plusieurs hauts responsables économiques chinois, dont le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei, et un vice-gouverneur de la Banque centrale chinoise.
Et de pointer les obstacles qui persistent en Chine, à l'unisson des complaintes régulières de la Chambre de commerce de l'Union européenne (EU) en Chine : « Il est difficile d'obtenir des licences (pour des établissements étrangers), il y a encore de nombreuses restrictions (...) il y a un problème de cadre juridique (...) un système administratif très compliqué », a-t-il indiqué.
M. Barnier s'est cependant félicité de l'ouverture déjà en œuvre du marché chinois de l'assurance automobile aux firmes étrangères, et a salué le vaste programme de réformes annoncées par le Parti communiste chinois (PCC) en novembre et « l'accent mis sur le renforcement de la règle de droit ».
Alors que le secteur financier chinois reste étroitement encadré par les autorités et dominé par les monopoles des grandes banques publiques, Pékin a notamment décidé d'autoriser progressivement les établissements bancaires à capitaux entièrement privés. Un régulateur chinois a justement indiqué hier que « trois à cinq banques » 100 % privées allaient opérer dans le pays cette année dans le cadre d'un « programme pilote ».
Autre dossier abordé lors du voyage de M. Barnier, la poursuite des négociations – en cours depuis 2007 – sur l'adhésion de la Chine au GPA (Government Procurement Agreement), un accord multilatéral dont 17 pays ou régions (dont l'UE) sont actuellement membres et qui garantit un accès réciproque de leurs entreprises à leurs marchés publics.
Des progrès dans ce dossier apporteraient des garanties juridiques pour les firmes européennes répondant aux appels d'offres publics en Chine, dont elles sont aujourd'hui « systématiquement écartées » selon M. Barnier. « Je pense que (les autorités chinoises) sont réceptives, mais leur dernière offre n'est pas à la hauteur », avait commenté M. Barnier lundi devant des journalistes, déplorant le nombre limité de secteurs concernés par la proposition de Pékin.
La Chine et l'UE avaient annoncé fin novembre, à l'issue d'un sommet à Pékin, avoir formellement décidé d'entamer des discussions sur un accord d'investissement destiné à doper leurs échanges commerciaux et financiers.
L'UE est le premier partenaire commercial de la Chine, tandis que la Chine constitue le deuxième partenaire de l'Union.
Lors de sa visite, Michel Barnier a eu à cœur de rassurer ses interlocuteurs sur la situation de la zone euro, leur remettant des brochures en mandarin détaillant les réformes financières entreprises par les États membres et le mécanisme de l'union bancaire récemment adopté – un gage de « crédibilité » selon lui. « Il n'y a plus du côté chinois le même niveau d'inquiétude qu'il y a deux ans à l'égard de la zone euro : l'inquiétude est passée, même si la vigilance demeure », a commenté M. Barnier.
« Nous avons été sensibles à la confiance que la Chine a maintenue dans la zone euro malgré ses inquiétudes. Cette confiance est maintenant justifiée par le programme de réformes que nous avons entrepris » et qui « commence à porter ses fruits », a assuré le commissaire européen.
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