Économie

Le macropotentiel de la microfinance

03/01/2014

L'essence de la microfinance est de fournir des services financiers à des personnes qui ne sont pas desservies – ou sont sous-servies – par le système bancaire formel. Grâce à des services financiers appropriés, accessibles et à prix juste, les gens peuvent construire leurs économies, couvrir les coûts de situations d'urgence imprévues et investir dans la santé, le logement et l'éducation de leur famille.
La Société financière internationale estime que la microfinance a atteint quelque 130 millions de personnes dans le monde entier au cours des 15 dernières années. Au cours de cette période, la microfinance a été saluée pour son potentiel à faire progresser l'inclusion financière et permettre aux gens de sortir de la pauvreté. Mais elle a aussi essuyé de vives critiques, certains prêteurs étant accusés de mercantilisme.
Malgré les écueils largement médiatisés de l'industrie, son potentiel d'amélioration de la vie des pauvres ne peut être ignoré. La question est maintenant de savoir comment faire en sorte que la microfinance devienne l'industrie dont le monde a besoin. À cet effet, trois mesures importantes doivent être prises.
La première est une meilleure réglementation. Les institutions de microfinance (IMF) revêtent des formes multiples – des banques traditionnelles, des banques spécialement autorisées, des sociétés non financières, des sociétés de financement et de crédit-bail, des organisations non gouvernementales, des coopératives, des fiducies – et suivent une variété de modèles d'affaires. Tous ces intermédiaires doivent être reconnus et réglementés en fonction des besoins de l'économie dans laquelle ils opèrent.
Une réglementation inadéquate est dommageable d'abord et avant tout pour ceux qui ont le plus besoin des services de la microfinance. Cela n'a jamais été aussi apparent que dans la crise du secteur de la microfinance en 2010 dans l'État indien de l'Andhra Pradesh – qui concentre de nombreuses IMF – lorsqu'une décennie de croissance explosive, alimentée par des pratiques de prêt agressives et irresponsables, s'est brusquement arrêtée.
Le surendettement ainsi que des pratiques de recouvrement coercitives ont conduit à une série de suicides très médiatisés, incitant les autorités locales à mettre en œuvre de nouvelles restrictions sur les IMF et à décourager les emprunteurs de rembourser leurs dettes. La chute des taux de remboursement a mis fin au microcrédit.
Afin d'éviter de tels résultats, les gouvernements doivent concevoir des réglementations qui favorisent un modèle d'inclusion financière durable, qui permette aux IMF d'offrir un soutien de long terme aux emprunteurs. En même temps, la réglementation doit dissuader les IMF de se comporter imprudemment avec un segment de clientèle vulnérable. Enfin, la réglementation devrait être fondée non pas sur l'expérience passée, comme c'est le cas maintenant, mais sur les possibilités futures ; en d'autres termes, le cadre réglementaire doit être suffisamment souple pour s'adapter à de nouvelles innovations.
La deuxième mesure, à prendre par le secteur de la microfinance lui-même, est de créer des mécanismes efficaces pour évaluer l'impact de l'industrie. À l'heure actuelle, certains gouvernements et universitaires sont mal à l'aise avec le fait que les IMF, qui sont censées fournir un bien public en faisant progresser l'inclusion financière, cherchent à faire des bénéfices.
Pourtant, le fait que certaines IMF aient confondu recherche de profit et abus des emprunteurs en vue de réaliser des profits excessifs ne signifie pas que la microfinance durable ne doive obtenir des rendements supérieurs aux coûts. La fourniture de services financiers aux pauvres exige un engagement. Sans profits, les IMF sont incapables d'investir dans le talent et le développement de produits nécessaires pour servir les gens sur le long terme.
De nombreux gouvernements ont maintenant mis en œuvre des plafonds de taux d'intérêt et des casquettes de marge pour réduire les profits excessifs pour les IMF, tout en ignorant les marges d'alternatives non organisés du marché, comme les prêteurs sur gages. Afin de fournir une perspective plus équilibrée sur le secteur de la microfinance par rapport à d'autres types de fournisseurs de services financiers, les IMF doivent faire davantage pour mesurer et expliquer leur valeur sociale et économique.
La bonne nouvelle est que les acteurs de l'industrie, les investisseurs et les gouvernements ont déjà mis en place des paramètres d'évaluation de facteurs allant de la tarification au comportement. Bien que que cela ait abouti à un ensemble assez disparate d'indicateurs, qui doivent être normalisés, ces efforts sont un signe encourageant de l'engagement du secteur de la microfinance à assumer son rôle dans l'écosystème des services financiers.
La troisième mesure concerne la technologie. La connectivité mobile est en train de transformer le système financier mondial, permettant aux populations rurales isolées d'accéder aux services financiers pour la première fois. Des systèmes de paiement mobiles comme M-Pesa changent la façon dont les gens transfèrent, reçoivent et économisent de l'argent dans de nombreux pays en développement, dont le Kenya, le Pakistan et les Philippines.
Pour le secteur de la microfinance, ces systèmes représentent une occasion importante, car ils permettent aux emprunteurs de demander, de recevoir et de rembourser les prêts sur leurs téléphones mobiles, en utilisant un réseau d'agents locaux pour déposer et retirer de l'argent. Mais, sans régulation robuste, les IMF ne peuvent pas tirer complètement parti de ces développements.
En outre, la révolution des paiements mobiles a jusqu'ici été menée en grande partie par les fournisseurs de télécommunications. S'il veut offrir de réels avantages aux exclus du système financier, l'industrie des services financiers devra jouer un rôle beaucoup plus actif.
Bien sûr, la microfinance ne suffira pas à elle seule à éliminer la pauvreté ni même l'exclusion financière, indépendamment de la façon dont elle fonctionne. Pour avoir un impact véritablement transformateur, l'action des IMF doit être complétée par des efforts menés par le gouvernement pour améliorer l'accès à l'éducation, la formation et l'emploi.
Bien que la microfinance ait déjà aidé d'innombrables personnes dans le monde, la Banque mondiale estime que quelque 2,5 milliards d'adultes n'ont toujours pas accès aux services financiers. Il est de la responsabilité de tous les acteurs – y compris les gouvernements, les régulateurs, les banques et la société civile – de veiller à ce que la microfinance continue de faire partie de la solution.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont

© Project Syndicate, 2013.

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