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Nos lecteurs ont la parole - Lina Sleiman

Engagement pseudo-social

Ce n'est qu'à l'approche des fêtes (Noël, Adha, Pâques, Fitr, etc.) que le sens social se réveille en nous. Pourquoi ? Peut-être parce que nous sommes harcelés par les panneaux publicitaires nous rappelant qu'il faut aider les autres ou que nous nous souvenons que les autres existent.
En effet, nous Libanais avons l'art de nous bander les yeux pour ne pas voir. C'est comme camoufler un bouton sur le visage sous une tonne de fond de teint pour que les autres ne le remarquent pas, et surtout pour que nous-mêmes en oubliions jusqu'à l'existence.
Ne pas voir quoi ? Que des gens vivent dans la misère la plus totale. Que certains sont démunis de leurs droits les plus élémentaires : pouvoir manger à sa faim, jouir d'une vie saine dans un environnement sain, pouvoir aller chez le médecin quand on est malade, aller à l'école pour apprendre à lire et à écrire et, surtout, sourire. Mais comment sourire quand on croule sous le poids écrasant de la misère alors que d'autres personnes, pour l'esbrouffe, payent les yeux de la tête une bouteille de champagne dans les boîtes de nuit ? Cette même somme qui, si elle était donnée à une famille dans le besoin, en tirerait les membres du fond de l'abîme, ne serait-ce que pour une durée de quatre mois !
Nous blâmons l'État. Oui, l'État est fautif. Mais nous sommes bien plus fautifs que lui ! Pourquoi ? Parce que, pour arriver au pouvoir, il faut éradiquer l'autre. Alors, comment demander aux dirigeants de regarder l'autre ? La grande part de responsabilité retombe sur la société civile. C'est elle, et elle seule, qui doit se tourner vers ces gens et leur tendre la main. Beaucoup d'initiatives personnelles sont prises – personne ne peut le nier –, mais elles demeurent insuffisantes pour la simple raison qu'elles ne sauraient sauver une grande majorité des personnes en besoin. Si nous nous mobilisons tous ensemble, nous pouvons faire une différence, mais il faut bien que nous ayons la volonté de le faire. Nous, Libanais, sommes le peuple le plus empathique de la planète, mais nous sommes aussi léthargiques. Nous sommes les seuls à pleurer quand un séisme frappe la Chine ou qu'un tsunami détruit le Sri Lanka. Nous sommes les seuls à lever les prières dans nos églises et nos mosquées pour ces gens-là. Mais nous regardons notre propre misère les bras croisés. Pourquoi ? Parce que nous avons peur que les autres voient le revers de la médaille de notre pays. Or, c'est notre point de force, notre unité ! La perfection réside dans l'union des contraires. Et notre pays, que nous le niions ou pas, abrite de la misère. Beaucoup de misère. Nous n'avons pas besoin de copier les autres. De faire comme la Suède ou comme l'Australie. Nous faisons ce que nous pouvons. Autant que nous le pouvons. Il suffit juste que nous en prenions la décision. Chacun de nous peut faire une différence, si minime qu'elle soit. L'important est de vouloir la faire.
Que contenait ma liste pour le père Noël cette année ?
Que nous nous tenions les mains, que nous tendions les mains aux autres, que nous fassions une chaîne d'aide qui commencerait à Noël et qui ne se briserait plus jamais.

 

Ce n'est qu'à l'approche des fêtes (Noël, Adha, Pâques, Fitr, etc.) que le sens social se réveille en nous. Pourquoi ? Peut-être parce que nous sommes harcelés par les panneaux publicitaires nous rappelant qu'il faut aider les autres ou que nous nous souvenons que les autres existent.En effet, nous Libanais avons l'art de nous bander les yeux pour ne pas voir. C'est comme camoufler un bouton sur le visage sous une tonne de fond de teint pour que les autres ne le remarquent pas, et surtout pour que nous-mêmes en oubliions jusqu'à l'existence.Ne pas voir quoi ? Que des gens vivent dans la misère la plus totale. Que certains sont démunis de leurs droits les plus élémentaires : pouvoir manger à sa faim, jouir d'une vie saine dans un environnement sain, pouvoir aller chez le médecin quand on est malade, aller à l'école pour...
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