Je ne comprends pas cette rage que met de plus en plus le monde matériellement avancé à gommer toute trace du spirituel chez l'être humain. Cet entêtement à vouloir éradiquer à tout prix la réalité et la poésie... que dis-je, la poésie de la réalité qu'illustre Noël. Non pas tant ce Noël chrétien remontant à plus de deux mille ans, mais la Noël de toute la sensibilité humaine censée associer l'innocence et la pureté à la représentation d'un enfant nu, né dans un cadre encore plus nu que lui.
Le chemin de la vérité est bien plus réel que ne veulent le signifier toutes les manifestations de la tradition et des coutumes. Et ce n'est ni la date choisie par les chrétiens ni la crèche de l'imagerie populaire avec ses anges et ses bergers qui vont témoigner à eux seuls de l'avènement de ce prodige divin.
L'apparition, à un tournant de l'histoire, d'un être exceptionnel qui révolutionnera tous les concepts des vivants ne peut ni ne doit être le prétexte à festoyer bruyamment chez ceux qui en sont les disciples, ni l'occasion, pour les mécréants, d'en dévoyer grossièrement le sens. Car la naissance de Jésus, fils de Marie, est et restera l'événement le plus prodigieux, le plus renversant, le plus sublime et le plus déconcertant de notre présence sur terre. Il importe, par conséquent, de le respecter par-dessus tout, malgré l'usage plaisamment irrévérencieux que l'on en a fait à travers les siècles et les mentalités. Et ce n'est pas l'indifférence des sceptiques, ou la gloutonnerie des matérialistes, ou encore l'hypocrisie des détracteurs de l'esprit qui pourront estomper le moins du monde cet impact phénoménal du Verbe sur le genre humain.
L'histoire du monde étale à nos yeux les mille et une tentations, de la part des ignares que nous sommes, à banaliser, et toujours dans le sens du divertissement, un fait-choc qui est le pic sacré de l'existence entière.
« Fête du sapin », suggèrent les uns. « Fête des enfants », nous disent les autres. « Fête saisonnière », se contentent de rappeler les plus enragés parmi les humains qui n'ont souvent, de l'humain, que l'appellation.
Et si, en réalité, ce n'était tout simplement que la célébration de l'amour dans sa plus grande dimension ?
Notre monde, et pas seulement le monde chrétien, ne s'y est pas trompé, qui vibre tous les ans à l'approche d'un anniversaire devenu institution universelle. Parce que Noël est l'évocation de l'innocence, de l'espoir et du renouvellement de la vie. Il y a, dans cet avènement, quelque chose de supranaturel qui interpelle tous les hommes, toutes races confondues.
Il est bon que des voix s'élèvent pour rappeler aux vivants qu'il y a autre chose en eux que des corps qui exultent. Il est bon qu'on se souvienne de l'esprit qui nous anime, de ce miracle inouï qui fait de nous les auxiliaires de la force créatrice et les contremaîtres de l'évolution des choses et des idées.. Et que, sans l'amour que nous nous devons les uns envers les autres, nul développement harmonieux ne peut s'établir. Un monde sans âme n'est qu'un chaos sans rémission, destructeur de la valeur même de toute vie.
Noël appartient à toutes les consciences sans distinction. Il n'est pas l'apanage de ceux qu'on appelle chrétiens. Car il y a, au fond de chacun, un Noël qui sommeille et qui ne demande qu'à se manifester à toutes les étapes de l'existence. Noël est le sursaut irréversible de notre nature intime. Alors, célébrons-le avec ardeur et sobriété ! Dans la joie et la discrétion. Sans les excès inhérents è cette société de consommation qui est en train de « consommer » en fait la raison d'être de la monade humaine.
Il y a un temps pour naître, un temps pour mourir et un temps pour réaliser tout le bonheur d'aimer et d'être aimé durant cet intervalle entre les deux bouts d'une vie terrestre.
Noël est le symbole même de cette prise de conscience. Il est le message, l'annonce et la certitude que la vie vaut la peine d'être vécue, à condition de savoir maintenir au fond de soi la fraîcheur de l'enfant de la crèche et son divin sourire.
Nonobstant les rides qu'aura inévitablement tracées le passage des ans et les misères coutumières qui l'accompagnent.
Joyeux Noël !
Louis INGEA


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