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Nos lecteurs ont la parole - Stéphane Bazan*

Le Liban et la cyberguerre

Nous avons été agréablement surpris de retrouver en une de L'Orient-Le Jour en ligne, daté du 18 décembre 2013, un article de M. Michel Touma construit autour d'une déclaration du député israélien Meir Sheetrit, ancien ministre en charge des Services de renseignements israéliens et ancien membre du cabinet restreint de sécurité. Cet article était intitulé : « La guerre de 2006 a inclus de multiples cyberattaques, indique un député israélien ».
Nous avons été agréablement surpris car nous sommes une équipe de chercheurs et d'étudiants basés au Liban, à l'Unité interdisciplinaire de recherche en Web Science (Centre d'études pour le monde arabe moderne – Cemam / faculté des lettres et des sciences humaines / Université Saint-Joseph). Notre équipe, fondée en 2008, réalise depuis des recherches innovantes en Web Science et plus précisément sur le thème de la cyberguerre. Notre approche est multidisciplinaire et repose sur une méthodologie mixte : le Web est à la fois un objet technique, et une construction informationnelle et sociale. Pour l'observer, les outils classiques des sciences humaines ne suffisent pas : le Web évolue à une vitesse tellement grande qu'il ne permet pas à la recherche classique de s'installer. Et n'observer que l'outil ne permet pas d'en comprendre l'impact.
Le cyber est aujourd'hui reconnu comme étant la cinquième dimension de la guerre, après terre, mer, ciel et espace. La cyberguerre est régie par des règles établies, et de nombreux États ont des stratégies claires à ce sujet, si l'on en croit les propos du député israélien. Pourtant, le chercheur en Web Science ne peut s'en tenir au simple constat que les choses évoluent : nous, à l'UIR Web Science du Cemam, avions envisagé dès 2008 que le Web deviendrait un nouvel enjeu stratégique pour les États, surtout ceux de la région. Nous avons donc remonté légèrement le temps pour fouiller le Web et retrouver les traces de cette confrontation virtuelle ayant eu lieu durant les 33 jours de l'été 2006. Et, combinant les compétences de chercheurs en relations internationales et de spécialistes du Web, nous avons produit une étude intitulée « Asymmetric Cyber-Warfare between Israel and Hezbollah – The Web as a new strategic Battlefield » (Saad, Bazan, Étienne, Varin), qui a été présentée à la conférence internationale en Web Science, en mai 2011 à Coblence, en Allemagne. Notre étude a reçu à cette occasion le premier prix du poster scientifique de la part de la communauté présente à la conférence. Une première pour une conférence ACM, qui attribue généralement ses prix à des recherches plus « informatiques ».
Notre étude proposait une recherche contextualisée d'un phénomène difficile à détecter et à décrypter : fournir une typologie des attaques, mesurer leur impact en ligne et hors-ligne, lire les stratégies derrière chaque type d'action, repérer les stratégies de tromperie, les acteurs impliqués, étatiques ou non. 2006 a été un laboratoire de la cyberguerre asymétrique, et de nombreuses expériences de « PsyOps », « DDos » et autres « defacement attacks » ont été identifiées et décryptées.
Nous sommes donc très heureux de voir que la cyberguerre, que nous observons depuis 2008, fait aujourd'hui les titres des journaux. Il serait temps également que les universités et centres de recherches ajoutent à leur curriculum et à leurs projets ces nouveaux phénomènes qui transforment irrémédiablement notre société. M. Touma propose en conclusion de faire réfléchir les Libanais sur cette question de la cyberguerre. Si certaines organisations libanaises ont développé des compétences certaines dans le domaine, comme notre étude nous l'avait montré, il reste encore à informer la société libanaise de façon intelligente sur les risques que posent pour le Liban les conflits cybernétiques.

Stéphane BAZAN*

* Chargé de recherche
Unité interdisciplinaire de recherche en Web Science
Centre d'études pour le monde arabe moderne (Cemam)
Faculté des lettres et des sciences humaines
Université Saint-Joseph de Beyrouth
webscience.blogs.usj.edu.lb

 

Nous avons été agréablement surpris de retrouver en une de L'Orient-Le Jour en ligne, daté du 18 décembre 2013, un article de M. Michel Touma construit autour d'une déclaration du député israélien Meir Sheetrit, ancien ministre en charge des Services de renseignements israéliens et ancien membre du cabinet restreint de sécurité. Cet article était intitulé : « La guerre de 2006 a inclus de multiples cyberattaques, indique un député israélien ».Nous avons été agréablement surpris car nous sommes une équipe de chercheurs et d'étudiants basés au Liban, à l'Unité interdisciplinaire de recherche en Web Science (Centre d'études pour le monde arabe moderne – Cemam / faculté des lettres et des sciences humaines / Université Saint-Joseph). Notre équipe, fondée en 2008, réalise depuis des recherches innovantes...
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