Nicole Chalhoub, initiatrice du symposium, souhaitant la bienvenue à l’assistance.
Dans l'auditorium Jean el-Hawa à l'USEK, une foule d'intellectuels, d'enseignants universitaires libanais et étrangers et d'étudiants était au rendez-vous le jeudi 5 décembre. Autour du mot « plagiat », tout un mythe s'est construit. S'agit-il de fraude ? De pastiche ? De reproduction innovante ? Les interrogations sont multiples et la réponse ne saurait être tranchante dans cet univers d'interrogations hétéroclites.
La professeure Nicole Saliba-Chalhoub, présidente du collège doctoral et organisatrice de symposium, affirme : « Dans le lexique employé par le collège doctoral de l'USEK chargé d'expertiser les travaux scientifiques des doctorants, on fait usage de l'expression " détection des similarités ". » Et de poursuivre : « Si nul ne peut être un créateur ex nihilo, il n'en demeure pas moins que le rêve de parvenir à un monde meilleur ne saurait sans doute se concrétiser sans la reconnaissance du legs qu'on loue ou bien auquel on s'oppose et qu'on cherche à transcender. » Mme Salwa Nacouzi, directrice régionale du l'Agence universitaire de la francophonie – bureau Moyen-Orient (BMO), place le plagiat au cœur des préoccupations du bureau Moyen-Orient de l'AUF et s'interroge sur un point sensible : « Où commence le plagiat et où finit l'inspiration ? » Son intervention, émaillée de traits d'esprit, s'est conclue sur une citation de Picasso, « à méditer » : « Les grands artistes copient, les très artistes pillent. » Le Dr Ahmad Jammal propose quant à lui une feuille de route bien définie en guise de remède à ce phénomène en expansion. A été suggérée la mise en vigueur de chartes harmonisées dans les différents établissements universitaires pour accepter ou refuser les travaux que les chercheurs ou les étudiants soumettent. Le recteur de l'USEK, le père Hady Mahfouz, a de son côté fait la lumière sur le voyage rapide des informations qui fait que la notion du plagiat est d'une « brûlante actualité, dans le monde d'aujourd'hui où l'information est donnée à tous, par différents moyens et sous diverses formes ».
Une épidémie qui menace tous les domaines
« Rien de plus original, rien de plus « soi » que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé », dixit Paul Valéry. Entre lions et moutons, un énorme fossé se creuse. Les panélistes ont examiné les différentes manifestations de ce phénomène alarmant. Alain Mansour, enseignant vacataire au département de multimédia à l'USEK, s'indigne : « Ces dernières années, nous avons été confrontés, dans le jury de licence en multimédia, à les étudiants qui ont tenté de convaincre les professeurs et le public qu'ils sont les auteurs du travail présenté ! »
Le Pr André Vladimir Heiz de l'École cantonale des arts de Lausanne perçoit le problème sous un angle réaliste : « Nous nous répétons par nos gestes et nos signes de vie. À partir d'un premier souffle, apprendre à faire " quelque chose " repose sur nos compétences génératrices de la répétition. » Christophe Schmitt, titulaire de la chaire « Entreprendre » à l'Université de Lorraine, affirme que le plagiat n'est pas nouveau et que « la lunette astronomique de Galilée ou encore plus récemment la thèse universitaire de Martin Luther King reposent sur du plagiat ». Leila Geagea, vice-présidente du Centre supérieur de la recherche de l'USEK, avance des chiffres alarmants : « 93 % des auteurs-plagiaires contactés ne sont pas conscients du plagiat effectué ! »
Enseignants contre étudiants
Richart Khalil, enseignant à la faculté des beaux-arts et arts appliqués de l'USEK et modérateur de la séance inaugurale, salue les efforts déployés par le collège doctoral pour organiser un tel symposium qui met au jour la question épineuse du plagiat. Il précise : « Nous sommes très vigilants sur le plagiat. Pour moi, tout étudiant tricheur est sévèrement puni. » Christina Azar, étudiante en 1re année de langue et littérature françaises, constate que « les jeunes du XXIe siècle ne jurent que par l'équation suivante : copier + coller = réussite garantie ! " Faute de temps " est le justificatif le plus courant, hélas ! ». Karine, étudiante en master à l'Université des arts, sciences et technologie au Liban (AUL), avoue sans complexe recourir régulièrement à Internet pour compléter ses notes de recherche. « Tant que les universités ne prennent pas de mesures pour sanctionner une telle pratique, je la considère légitime ! » Quoi qu'on dise, le débat sera toujours ouvert. Innove-t-on ou n'est-on que des copieurs habiles ?
Recommandations
À l'issue du symposium, la professeure Nicole Saliba-Chalhoub a énoncé une série de recommandations telles que la systématisation de l'usage de logiciels de détection des similarités tant pour les étudiants que pour les enseignants chercheurs ; la création d'un réseau de militants contre le plagiat dans les universités du Moyen-Orient ;
la création d'un logo d'authenticité du travail effectué, émanant des travaux des deux journées scientifiques, en promettant que ceux-ci seront reconduits en vue de continuer la lutte contre le plagiat.
Maya KHADRA


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