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Nos lecteurs ont la parole - Sabine Chamoun

Réflexions lointaines

Je suis là, un stylo et un papier blanc entre les mains, désormais des milliers de kilomètres loin de chez moi. En jetant un coup d'œil à la télé sur les nouvelles du Liban, je comprends plus que jamais la gravité de la situation. Plus on s'éloigne, plus notre vue devient globale et stratégique. Aujourd'hui, j'avoue que mon pays va très mal. Mais la critique de l'État – ou de son absence – devient le pain quotidien. Ce n'est plus qu'une exposition de la blessure, et cela ne sert plus à grand-chose. Il est urgent que se produise un changement. Mais est-ce possible? Au vu de la situation en Syrie et de l'implication du pays dans cette guerre immonde, les quelques restes d'espoir s'effondrent. De nature, je suis très optimiste et je sais qu'il y aura une solution tôt ou tard. Cette solution, comme je la vois, doit passer inévitablement par certains axes de base.
Tout d'abord, il ne faudra plus se cacher derrière son doigt pour avouer que l'on a échoué dans la gestion du pays, et cela depuis de longues années. C'est le peuple, et non pas les politiciens, qui a échoué, puisque, sans lui, eux n'existeraient pas. Un point de départ consisterait à se débarrasser de cette arrogance héritée de nos ancêtres. Ce sentiment de supériorité qu'on ressent, j'ignore pour quelle raison. Eh bien, je pense qu'on se trompe d'époque. Il y a quelques centaines d'années, cela était encore vrai, le Liban était un des axes les plus importants de la région. Mais, dans la vie, les choses changent, et plus on est conscient de nos faiblesses, plus on saura se renforcer. Nous devrions accepter que notre pays passe par une crise non seulement à cause de la politique mondiale mais aussi de notre faute, nous tous. Arrêtons de blâmer les autres.
Il y a une réponse que je reçois quand je parle de la nécessité de changer tout cela: «Ça a toujours été comme ça, c'est le Liban.» C'est comme de trouver un ami accidenté et que, au lieu d'appeler l'ambulance, on se dit simplement que c'est trop tard, qu'il est paralysé à vie maintenant, et que ça ne sert à rien de le soigner. C'est une condamnation!
La situation actuelle des Libanais peut être résumée comme suit: le peuple est fanatiquement divisée entre 14 et 8 Mars, et une minorité est contre les deux. Cela n'a pas changé depuis au moins 2005, date de l'assassinat de Rafic Hariri. Ce n'est pas qu'auparavant la situation était meilleure, mais parce que depuis cette date, la division entre les Libanais n'a cessé de s'accroître. Je suis sûre que si l'on prend les résultats du vote d'une génération donnée sur les huit dernières années les résultats seraient les mêmes. Cela est dû à deux problèmes. Premièrement, le Libanais est têtu. Il est capable de voir les erreurs et reconnaît l'urgence de changer, mais a perdu toute confiance en ses compatriotes. En bref, avant chaque élection, Il reconsidère ses choix et pense qu'il ferait mieux de changer, de voter pour des gens non impliqués ni avec 14 ni avec 8. À la dernière minute, il se dit que ses compatriotes des autres partis ne feront pas la même chose, et qu'ils gagneront en profitant de ce changement. Il ne supporte pas la réussite des «pires» et donne de nouveau sa voix aux mêmes marionnettes. Un renforcement de la confiance entre les Libanais s'avère cruciale.
Deuxièmement, et là nous ne sommes pas loin de l'absurde. Le Libanais est-il prêt à mourir pour le parti auquel il adhère? Non. La réponse se résume en un seul mot: la religion. Tout en étant croyante, je suis consciente que la religion, la gestion administrative et la politique sont hétérogènes. Une laïcisation est donc essentielle. Mais elle doit passer obligatoirement par le désarmement de tous les partis sans exception. Cela créera une certaine égalité préliminaire et fondatrice. Parler de laïcité en ce moment, avec toutes les armes qui circulent, n'a aucun sens. Malheureusement, le désarmement du pays me paraît actuellement loin. Mais peut-être que les changements dans la politique mondiale nous préparent des surprises.
Enfin, il faut dire aussi qu'en comparaison avec des pays en paix, développés et solides, l'équation à résoudre au Liban est beaucoup plus compliquée. Les différences culturelles pouvant être parfois source de richesse, elles constituent malheureusement une des plus grandes raisons pour laquelle on n'avance plus depuis des années.
Je sais une seule chose, en tant que libanaise: je ne cesserai d'œuvrer au rétablissement de la confiance entre les Libanais, à l'instauration de la laïcité et à la neutralisation des partis en place.

 

 

Je suis là, un stylo et un papier blanc entre les mains, désormais des milliers de kilomètres loin de chez moi. En jetant un coup d'œil à la télé sur les nouvelles du Liban, je comprends plus que jamais la gravité de la situation. Plus on s'éloigne, plus notre vue devient globale et stratégique. Aujourd'hui, j'avoue que mon pays va très mal. Mais la critique de l'État – ou de son absence – devient le pain quotidien. Ce n'est plus qu'une exposition de la blessure, et cela ne sert plus à grand-chose. Il est urgent que se produise un changement. Mais est-ce possible? Au vu de la situation en Syrie et de l'implication du pays dans cette guerre immonde, les quelques restes d'espoir s'effondrent. De nature, je suis très optimiste et je sais qu'il y aura une solution tôt ou tard. Cette solution, comme je la vois, doit passer...
commentaires (1)

QUAND L'ABRUTISSEMENT SECTAIRE... FANATIQUE ET MALSAIN... S'INSTALLE DANS LES HAUTES SPHÈRES (SIC) CAR ABASSÉES PLUTÔT QUE HAUTES... C'EST QU'IL EST INSTALLÉ AUSSI DANS LES BASES !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

14 h 57, le 19 décembre 2013

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Commentaires (1)

  • QUAND L'ABRUTISSEMENT SECTAIRE... FANATIQUE ET MALSAIN... S'INSTALLE DANS LES HAUTES SPHÈRES (SIC) CAR ABASSÉES PLUTÔT QUE HAUTES... C'EST QU'IL EST INSTALLÉ AUSSI DANS LES BASES !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 57, le 19 décembre 2013

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