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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Un conte pour Noël

Bon alors aujourd'hui nous parlons demain. Le Libanais fatigué, démoralisé, abattu, a relevé la tête, se tenant droit comme un « i », les courbatures de son dos ployant sous le joug de la pauvreté, de la misère, ont tout d'un coup disparu. Les plus âgés même, comme sous l'effet d'une potion magique, gambadent alertes, heureux, le visage fendu d'un large sourire qui transcende leur bonheur.
Les automobilistes s'arrêtent aux feux rouges, respectent les priorités, se cèdent courtoisement le passage. Les deux mains sur le volant, les cellulaires restent sagement dans les sacs de ces dames et les boîtes à gants. Les enfants devant leurs écoles traversent sereinement les passages cloutés. Il fait bon se balader sur les trottoirs d'où les inégalités et les immondices ont disparu. Les employés de la voierie traquent la saleté dans le moindre recoin.
Au Palais de justice, les juges sans se hâter rendent en toute équité leurs verdicts à la plus grande satisfaction des plaignants, de leurs avoués. Même que les assignés, tout grognons qu'ils sont, ne trouvent pas à redire. Du côté des déboutés, c'est du pareil au même, ils sont sous l'impression que la justice dans ce pays est devenue plus humaine.
Désormais la loi s'applique à tous, les forces de l'ordre avec une approche exemplaire veillent, les récalcitrants et autres fortes têtes filent doux et se font oublier. Bien entendu, il persiste quelques resquilleurs, mais le ver n'est plus dans le fruit, le bras de la justice retrouvée est assez long pour les remettre au pas.
Un bon coup de plumeau a été passé sur les administrations publiques, les bureaux sont repeints, l'éclairage ajusté, il n'y a plus de coin d'ombre pour traiter les magouilles. On dirait que les employés ont été visités par l'Esprit saint. Ils sont d'une affabilité surprenante, se coupent en quatre pour vous servir. Et si par mégarde le culot vous prend de leur glisser le moindre petit billet pour aller boire à votre santé, c'est un procès pour outrage public à agent dans l'exercice de ses fonctions qui vous attend.
Au crépuscule, les avenues, les rues, les ruelles et même les cul-de-sac s'éclairent comme en plein jour, l'électricité rationnée et les branchements illicites sont une vieille blague dont se gaussent les jeunes. Même qu'EDL chercherait dit-on à écouler hors frontières son surplus de production, ayant renoué comme dans les années 1960 avec les bénéfices.
Mus par un sens civique inouï, les habitants de ce pays se précipitent pour régler les factures.
L'eau revient à flots dans les robinets. Des barrages ont été érigés dans des lieux appropriés pour la retenir et alimenter les ménages durant la saison d'étiage. Fini la rituelle des camions-citernes crachant leur mazout pour déverser dans nos réservoirs de l'eau pour le moins suspecte. L'écologie est tout a fait respectée, l'on voit fleurir autour des lacs artificiels faune et flore
nouvelles.
Les potaches prennent sagement le chemin de l'école, les universitaires s'attellent uniquement à leurs études avec sérieux et discipline, quoique pour certains, les parents fassent toujours de petits sacrifices afin de leur donner le niveau d'éducation auquel leur ambition prétend, l'État ayant mis en place un système d'allocations pour alléger le lourd fardeau que représente ce budget, sans pour autant léser les maîtres et professeurs qui y ont semble-t-il trouvé leur compte.
Seule l'armée libanaise, au prix d'énormes sacrifices, détient des armes. Les milices et autres organisations ont disparu du panorama politique. Le drapeau national flotte incontesté dans le ciel, porté par une union populaire sans précédent, où toutes tendances, religions et couleurs se sont subitement confondues. La rage du ras-le-bol transformé en une formidable lame de fond a balayé sans coup férir l'entente tacitement inique du clivage factice qui asservissait le peuple, détournait ses richesses et a failli avoir raison du pays.
Les Libanais ont fermé portes et fenêtres, se sont calfeutrés dans leurs 10 452 kilomètres carrés, ont ignoré l'appel des sirènes leur susurrant des mots doux, mis au pas leurs hôtes indésirables, sans pour autant verser dans la xénophobie. Ils ont pris eux-mêmes leur avenir à bras-le-corps et d'un pas assuré entrepris, unis comme un seul homme, les premiers mètres du long périple de la reconstruction et du remodelage de leur pays à leur image, celle du modernisme, de la loi et de la justice sociale.
C'est un véritable conte de fées que désormais nous vivons. La classe politique nouvelle se dépense sans compter au service des concitoyens. Les députés vont même jusqu'à faire des nuits blanches dans l'hémicycle pour légiférer, rattraper le temps perdu. Et c'est main dans la main qu'ils travaillent avec les ministres nommés au gouvernement uniquement sur base de leurs compétences et de leur probité.
Nos hôtels affichent complet, les avions en arrivée sont pleins à craquer. Les touristes se bousculent à nos portiques, rassurés par la sécurité devenue légendaire. De nouvelles routes ont été percées pour contenir le flot de véhicules qui y circulent. Le prix de l'essence est devenu dérisoire, notre pays étant entré de plain-pied dans le club des pays producteurs de pétrole.
La manne surgie du fond de nos eaux territoriales est équitablement distribuée sur la surface de tout le pays qui a renoué avec la prospérité. Partout des chantiers d'infrastructure voient le jour, même dans les zones les plus reculées, il n'y a plus de régions défavorisées. Les gens s'accrochent désormais à leurs hameaux ; de quoi revivifier l'agriculture.
Comme quoi heureux celui qui possède un petit lopin de terre au Liban.
Joyeux Noël et bonne année.

Georges TYAN

Bon alors aujourd'hui nous parlons demain. Le Libanais fatigué, démoralisé, abattu, a relevé la tête, se tenant droit comme un « i », les courbatures de son dos ployant sous le joug de la pauvreté, de la misère, ont tout d'un coup disparu. Les plus âgés même, comme sous l'effet d'une potion magique, gambadent alertes, heureux, le visage fendu d'un large sourire qui transcende leur bonheur.Les automobilistes s'arrêtent aux feux rouges, respectent les priorités, se cèdent courtoisement le passage. Les deux mains sur le volant, les cellulaires restent sagement dans les sacs de ces dames et les boîtes à gants. Les enfants devant leurs écoles traversent sereinement les passages cloutés. Il fait bon se balader sur les trottoirs d'où les inégalités et les immondices ont disparu. Les employés de la voierie traquent la...
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