Roquettes et défense
Il est bon de retourner un demi-siècle en arrière. En 1960, l'ambitieux Liban voulait lui aussi conquérir l'espace, défiant ainsi l'URSS et les USA. Tout commence donc avec la passion de M. Manougian, un physicien inspiré probablement par Jules Verne, qui développa, avec vingt-cinq étudiants du Haigazian College, la Société de la roquette. Disposant au début de peu de moyens, sacrifiant son salaire, il réussira avec l'aide de sa femme à mettre au point la première roquette pouvant atteindre une altitude de mille mètres ; puis deux mille mètres avec la suivante. Ce qui attira l'attention d'un jeune officier, le lieutenant Youssef Wehbé, responsable des armes balistiques à l'époque. Les équipements nécessaires ne tardèrent pas à être assurés par la France et les USA. M. Manougian sera reçu par le président Chéhab en 1963 avant de faire breveter son invention et d'élever ainsi le pays du Cèdre à la hauteur des grands. La poste émettra en édition limitée des timbres à l'effigie de la fusée. Mais comme la politique dans notre pays détruit tout, et avant la guerre de 1967, les USA empêchèrent notre jeune inventeur de poursuivre son projet. La Grande-Bretagne, en constatant qu'une de ces roquettes était tombée aux frontières maritimes de Chypre, combattit le projet. Lors de la guerre de 1975, tous les papiers et documents furent dispersés.
Antoine SABBAGHA
Le lac Mandela
Étonnant : le lac Victoria, en Afrique orientale, le deuxième plus grand lac d'eau douce du monde, « découvert » et dénommé ainsi par le Britannique John Hanning Speke en 1858 en l'honneur de la reine Victoria, n'a pas encore officiellement recouvré son ancien nom « Nyanza » (qui signifie la « grande masse d'eau » ) ou été rebaptisé. Pourquoi ne pas revenir aux sources et le rebaptiser du nom d'une figure de proue africaine du XXe siècle, Nelson Mandela, qui vient de rendre l'âme ?
Il en va de même des spectaculaires chutes Victoria, en Afrique australe, « découvertes » et dénommées par le Britannique David Livingstone en 1855, qu'enserrent la Zambie et le Zimbabwe, à mi-chemin entre les villes de... Livingstone et... Victoria Falls. Avant cette « découverte », déjà, les Nguni les avaient dénommées « Mosi-oa-Tunya » (qui signifie la « fumée qui tonne » ).
La dénomination actuelle de plusieurs grands sites naturels africains, connus à travers le monde, apparaît comme une noire empreinte du colonialisme, mais délébile. Plusieurs pays d'Afrique ayant déjà modifié leurs noms pour affirmer leur indépendance et célébrer leur histoire, pourquoi n'en irait-il pas de même des sites les plus prestigieux qui, avant la venue des colonisateurs et des « grands découvreurs », étaient « pure laine » africains ? Les cinq pays en question en auraient le pouvoir.
Sylvio Le BLANC
Montréal (Québec)
Alexa, ou la prévoyance
Exagérée, la peur de la tempête Alexa ? La polémique suscitée par les précautions prises par les autorités a fait couler beaucoup d'encre et suscité maintes discussions. Mais l'image lors du journal télévisé d'un pied d'enfant nu bleui de froid, dépassant une boule blottie contre le cœur de sa mère au seuil d'un campement de fortune, reste d'une poignante actualité. Et c'est là toute la tragédie.
Qu'a-t-on prévu pour les milliers de personnes dans des conditions précaires, y compris les sans-abri de nationalité libanaise, pour un hiver qui s'annonce rude ? La question s'adresse non seulement aux autorités, mais surtout aux multiples organisations locales et internationales censées avoir levé des fonds à cet effet.
Peut-on laisser mourir de froid ces enfants et ces vieux ?
Dolly TALHAMÉ
Sexy Alexa
Mois de décembre typique sauf que... Panique en république bananière. Il faisait 10 degrés à Beyrouth. Une pseudo-tempête répondant au doux nom d'Alexa est arrivée à grands pas. Il faut dire que son nom tellement sexy a fait frémir tous les bien-pensants du gouvernement soucieux de préserver la bonne morale de la plèbe. Résultat : les ministères de l'inculture, de l'incompétence publique et de l'immobilité publique décident à l'unisson et d'une même voix de fermer les écoles. Il y a danger pour nos petites têtes. Rare entente nationale lorsqu'il s'agit du nivellement par le bas. Il faut dire que durant quinze ans, ils ont appris à l'école que les chandails tricotés par les tétas centenaires devant la cheminée, telles que décrites dans les livres d'arabe au chapitre hiver, ne suffiront pas à réchauffer nos morveux par des températures polaires. Il y avait risque de s'enrhumer. Ça plombera le budget médical de la CNSS. Ce n'est pas sans rappeler que lors de la dernière éclipse solaire il y a quelques années, le ministère de l'insalubrité publique a recommandé aux bons citoyens de s'enterrer dans les abris, Moyen Âge oblige. De toute façon, l'éducation représente un danger majeur car elle pousse les nouvelles générations à réfléchir. Dangereux, ça...
Alexa ne fut finalement qu'un bref crachin. Il est vrai que les crachins « y a pas bon » pour les bananes, unique richesse nationale. Bref, le monde avance, nous on recule à grands pas, mais nos moutards sont contents. Ils ont raté quelques cours d'arabe. C'est l'important et certainement un avantage ces jours-ci, vu le niveau.
Jo HADDAD
Quatre bougies pour le Liban
A- La bougie de la paix : cette paix tant recherchée, tant désirée et si souvent malmenée... Les vents de la violence ont eu raison d'elle et elle s'est éteinte.
B-La bougie de la foi : la foi en un Liban fort et uni par sa fidélité au pacte national établi par les héros de l'indépendance. Là aussi, hélas, des souffles maléfiques ont éteint cette belle bougie.
C- La bougie de l'amour : l'amour pour cette patrie unique dans le monde par sa formule de coexistence communautaire. Des courants extérieurs ont disloqué cette formule et éteint cette bougie.
D- La bougie de l'espérance : plus de larmes de colère et de désespoir, car il nous reste la bougie de l'espérance que rien ne peut atteindre, ni éteindre. Avec l'espérance, nous ferons renaître la flamme de la paix, de la foi, de l'amour.
L'espérance fait renaître... comme Noël chaque année.
Christian MATHIEU


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef