Le second tour de l'élection présidentielle, hier au Chili, ne devrait être qu'une formalité pour Michelle Bachelet, qui s'apprête à retrouver le palais de la Moneda quatre ans après l'avoir quitté.
Au premier tour, le 17 novembre, la candidate sociale-démocrate qui faisait face à huit autres prétendants a recueilli 46,7 % des voix, soit près de deux fois plus qu'Evelyn Matthei, membre de la coalition de droite sortante Alianza (25,03 %), qu'elle affrontait hier. Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 08h00 (11h00 GMT), devaient fermer à 18h00 (21h00 GMT), et les premiers résultats étaient attendus dans les deux heures suivant la fin des opérations de vote. Aucun sondage national n'a été réalisé dans l'entre-deux tours, tant les jeux semblent faits.
Michelle Bachelet, à qui la Constitution interdisait de briguer un deuxième mandat consécutif en 2010, est revenue à la vie politique chilienne après avoir dirigé ONU-Femmes, l'organisme des Nations unies pour l'égalité des sexes. Au cours de sa campagne, cette pédiatre de 62 ans a promis de réduire les inégalités et de réformer le système éducatif en y instaurant davantage de gratuité. Pour financer cette mesure, elle propose de porter l'impôt sur les bénéfices des sociétés de 20 à 25 % et de supprimer des dispositifs d'optimisation fiscale. « Il ne s'agit pas de choisir entre deux femmes, ainsi que la presse aime le dire. De profondes divergences nous séparent », a estimé Mme Bachelet lors de son dernier meeting électoral, jeudi.
Prochaines réformes ?
Michelle Bachelet a par ailleurs annoncé son intention de réformer la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) et de dépénaliser l'avortement en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère ou de l'enfant à naître. La mise en œuvre de ces projets dépendra en grande partie du rapport des forces au Congrès. Sa Nueva Mayoria (nouvelle majorité) a remporté les législatives qui se sont déroulées en même temps que le premier tour, sans toutefois atteindre la majorité absolue. Or, si la majorité simple suffit à modifier la fiscalité, une majorité qualifiée est en revanche requise pour réformer l'éducation et le code électoral.
Evelyn Matthei, ex-ministre du Travail âgée de 60 ans, s'inscrit, elle, dans la continuité de la politique économique libérale du président Sebastian Pinera (droite), qui comme Michelle Bachelet en 2010, ne peut se représenter. Mais elle a été pénalisée par les liens ayant existé entre sa famille et la junte de Pinochet, et handicapée par l'impopularité du pouvoir sortant, ainsi que par les conditions de son investiture par la coalition de droite Alianza, après le désistement des deux premiers candidats successivement choisis. Dans la dernière ligne droite, elle a affirmé que Michelle Bachelet souhaitait importer au Chili le modèle socialiste vénézuélien. « Ils veulent changer la Constitution pour ressembler au Venezuela, où chaque jour, il est plus difficile de se procurer à manger », a-t-elle affirmé.
Les deux candidates, qui ont voté tôt dans la matinée, ont appelé leurs concitoyens à se rendre dans les bureaux de vote. « Les Chiliens sont fatigués et mécontents, et cela se verra dans le niveau de l'abstention », avance Pablo Salvat, professeur à l'université Alberto Hurtado, qui table sur une participation en recul par rapport au premier tour. À la mi-journée, les bureaux de vote étaient d'ailleurs quasiment déserts. Pour César Gonzalez, président du bureau de vote, « le fait que pour tout le monde l'élection est jouée d'avance peut expliquer le manque d'affluence ».
(Source : Reuters)

