Ras le bol – et c'est le cas de le dire – de s'attendre systématiquement, tous les ans, dès le début des grosses pluies, à être littéralement engloutis non seulement dans les eaux diluviennes qui s'abattent sur eux, mais surtout dans les embouteillages monstres et inimaginables ailleurs qui se déclenchent aussitôt, prenant en otages ces milliers ou centaines de milliers de Libanais qui n'ont eu d'autre tort que de vivre dans ce pays.
Ras le bol de voir ce pays qui attend depuis des mois qu'un nouveau gouvernement soit formé, pourrir et se désagréger dans un contexte aussi bien gangrené qu'explosif,
saturé par la tentative impossible d'absorber plus d'un million de réfugiés syriens dont une partie d'ailleurs est loin d'être aussi inoffensive et démunie que le reste des réfugiés...
Ras le bol de constater amèrement que ce qui importe essentiellement à nos politiciens, c'est la quote-part juteuse de ministères qu'ils recevront pour accepter de faire partie du nouveau gouvernement ou alors de les voir persévérer à en bloquer la formation tant que lesdites parts ne sont pas assurées.
Ras le bol de voir comment ces mêmes ministres, qui veulent se perpétuer ad vitam aeternam, n'arrivent même pas à gérer notre quotidien, à prévoir ce qui est archi-connu depuis des années et qui se répète infailliblement tous les ans, à la même période, sans nul besoin d'avoir recours aux lumières de Leila Abdellatif.
Ras le bol de voir les soi-disant responsables se rejeter la responsabilité du non-nettoyage des égouts, regards ou autres, permettant l'absorption du trop-plein d'eau en cas d'averses, et finir par tout laisser tel quel, dans l'attente des catastrophes qui en découlent immanquablement.
Que chacun fasse son boulot ! Que le président de la République tape du poing et que le Premier ministre
désigné forme au plus tôt un gouvernement réduit à quelques ministres technocrates, jeunes, civilisés et n'étant affiliés à aucun parti politique. Il doit bien quand même s'en trouver une dizaine ou une douzaine parmi ces 3 millions et quelques de Libanais vivant dans ce pays maudit. Et qu'il n'en réfère à aucun parti politique au moment de cette formation, sinon on pourrait encore attendre des lustres, en subissant les inepties des formules arithmétiques exigées par les uns et les autres.
Après tout, la majorité des Libanais en a vraiment marre de subir ces soi-disant responsables qui ne semblent responsables que d'assurer leur pérennité au pouvoir et leur jouissance des biens publics, alors que le pauvre citoyen s'échine à essayer de joindre les deux bouts en subissant les conséquences désastreuses de la mauvaise gestion et incompétence des gens au pouvoir.
Qu'ils laissent donc la place à d'autres ; peut-être les nouvelles recrues sauront-elles mieux se débrouiller dans la gestion de la chose publique et pourront-elles – on l'espère vivement – alléger un peu les souffrances de ce peuple qui n'aspire qu'à une simple vie normale.
Éliane KONISKI

