Les développements politiques sur la scène locale, notamment en ce qui concerne la crise gouvernementale, ainsi que l'évolution du conflit syrien, sous l'angle des agressions contre les lieux de culte chrétiens et musulmans et l'enlèvement des deux évêques d'Alep et des cinq religieuses de Maaloula, ont été au centre de la réunion que le métropolite de Beyrouth, Mgr Élias Audi, a tenue hier avec une délégation du bloc parlementaire du courant du Futur. Conduite par l'ancien Premier ministre Fouad Siniora, la délégation comprenait les députés Ahmad Fatfat, Atef Majdalani, Nabil de Freige et Amine Wehbé ainsi que l'ancien ministre Mohammad Chatah.
À l'issue de la réunion, M. Siniora a souligné que la délégation avait notamment évoqué avec Mgr Audi « les agressions contre les églises, les couvents et les mosquées ». « Il est apparu que plus de cinquante églises ont été la cible d'agressions en Syrie, de même que plus de 1 400 mosquées ont été saccagées et ont fait l'objet d'agressions de la part de gens qui sont soit désaxés, soit induits en erreur, et une grande partie d'entre eux sont des taupes qui ont été chargées de perpétrer ce genre d'actions. À partir de ce siège (l'archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth) nous soulignons en toute clarté que nous stigmatisons tout acte qui porte atteinte à ces lieux de culte. Ces lieux constituent un lien entre l'homme et son Créateur, et de ce fait, toute agression contre eux est une atteinte à l'homme, quels que soient son rite ou sa religion, qu'il s'agisse d'une église ou d'une mosquée. »
Et M. Siniora d'ajouter : « Le pire est que ces agressions ne se sont pas limitées aux lieux de culte, mais elles ont englobé aussi des personnes dont la seule mission est d'être au service de l'humanité et des citoyens. C'est le cas de l'enlèvement des deux évêques qui sont chers à tous les croyants en Syrie. Nous avons vu aussi comment les religieuses ont été séquestrées. De telles agressions, comme celles qui se sont produites à Maaloula et dans d'autres lieux de culte, nous en avons été témoins aussi au Liban lors des attentats qui ont visé les deux mosquées à Tripoli et qui ont fait de nombreux morts et blessés. Nous demandons à tous ceux qui peuvent apporter une aide de déployer des efforts sans relâche afin de faire pression sur les ravisseurs pour obtenir la libération de ceux dont le seul rôle est de servir les croyants. De tels actes ne servent nullement la cause de la Syrie ni la cause défendue par les ravisseurs. »
La crise gouvernementale
Abordant ensuite la crise ministérielle dans laquelle est plongé le pays, M. Siniora a mis l'accent sur la nécessité de former un gouvernement dans les plus brefs délais, rejetant le projet de renflouement du cabinet Mikati, préconisé par le 8 Mars. « Nous ne pouvons plus attendre davantage en raison de la détérioration perceptible au niveau de la situation gouvernementale, a déclaré M. Siniora. Le cabinet en place est un gouvernement d'expédition des affaires courantes qui ne peut, conformément à la Constitution, qu'expédier les affaires courantes dans un sens restrictif. De nombreux problèmes nécessitent la présence d'un gouvernement efficace, et par conséquent, nous exhortons le président de la République et le Premier ministre désigné à former le gouvernement dans les plus brefs délais. »
En réponse à une question, M. Siniora a souligné que la proposition de renflouement du cabinet démissionnaire est « anticonstitutionnelle et inacceptable ». « Nul ne peut ressusciter un mort », a-t-il déclaré avant de rendre un vibrant hommage au président de la République pour ses récentes prises de position nationales.
Bloc du Futur
Signalons par ailleurs que le bloc parlementaire du Futur a tenu hier à la Maison du Centre sa réunion hebdomadaire sous la présidence de M. Siniora.
À l'issue des discussions, le député Jamal Jarrah a donné lecture d'un communiqué soulignant que « le préjudice causé par le gouvernement en place a atteint une telle ampleur que ce cabinet ne saurait être renfloué constitutionnellement, de même qu'il ne peut expédier les affaires courantes que de manière restreinte, comme le stipule la Constitution ». « Le bloc du Futur, à l'instar d'une écrasante majorité de Libanais, souligne que la seule issue possible pour mettre un terme à la détérioration et pour sortir le pays de la crise est de former un gouvernement regroupant des ministres non partisans afin qu'ils puissent gérer la chose publique, avant qu'il ne soit trop tard », relève le communiqué qui rend d'autre part hommage au président Sleiman, soulignant que ses dernières prises position illustrent le fait qu'il est réellement garant « de la Constitution, du pacte et des institutions ».
Après avoir condamné l'assassinat du haut responsable militaire du Hezbollah, Hassan Lakkis, le bloc du Futur a stigmatisé les agressions contre les lieux de culte en Syrie et contre les dignitaires religieux, chrétiens et musulmans.
En conclusion, le bloc du Futur a exprimé sa satisfaction au sujet de l'initiative prise par la chaîne de télévision du Hezbollah, al-Manar, de présenter ses excuses à Bahreïn pour la campagne menée par les médias du Hezbollah contre le pouvoir bahreïni. « Il est nécessaire d'étendre ces excuses afin qu'elles s'adressent aussi au peuple libanais du fait des atteintes dont il a été la cible de la part du Hezbollah lors du 7 mai (2008) et à la suite de l'épisode des blousons noirs » (allusion au déploiement milicien effectué par le Hezbollah dans certains quartiers de Beyrouth-Ouest pour barrer la route à la nomination du leader du courant du Futur, Saad Hariri, à la présidence du Conseil, en janvier 2011).
Il convient d'indiquer enfin que le « Conseil orthodoxe » a appelé hier les forces actives de la communauté à s'associer aux prières qui seront dites dimanche prochain à 18 heures en l'église Saint-Georges des grecs-orthodoxes, à Jdeidé, à l'intention des deux évêques et des cinq religieuses enlevés en Syrie.


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