L’Or bleu propose plusieurs initiatives pour le redressement du secteur de l’eau : pour accroître l’approvisionnement (stockage, nouvelles sources, réduction des pertes...), pour optimiser la demande (en d’autres termes réduire la demande), pour améliorer la qualité de l’eau et pour améliorer la gestion des ressources.
Le plan quinquennal pour le redressement du secteur de l'eau, « Blue Gold » ou Or bleu, a été lancé mardi en présence du président de la République Michel Sleiman et du ministre de l'Energie Gebran Bassil, lors d'une cérémonie à l'hôtel Phoenicia à Beyrouth.
«L'objectif de ce plan est d'assurer l'eau 24h/7jours aux Libanais et d'améliorer la qualité de l'eau», a affirmé une des membres du «Civic Influence Hub» (CIH), l'entité derrière ce programme.
Le plan, publié dans un livret d'une centaine de pages et déjà disponible sur le marché et en ligne, est une base de travail soumise aux autorités libanaises pour qu'elles en débattent. Ce plan entend surtout apporter des solutions aux défis techniques que pose la gestion des ressources hydrauliques au Liban, jusque-là entachée de multiples lacunes.
Le CIH est un groupe de pression créé en 2012 par une trentaine d'hommes et de femmes d'affaires, qui se donne pour objectif d'élaborer des politiques dans divers domaines socio-économiques, basées sur l'idée d'«économie fédérative», en d'autres termes qui rassemble.
Interrogé par L'Orient-Le Jour sur les caractéristiques des solutions proposées dans Blue Gold, le directeur exécutif du CIH, Ziad Sayegh évoque les trois « 5 » : le plan est quinquennal et devrait être lancé en 2015, il a un coût de 5 milliards de dollars financés par le secteur privé « sans privatisation du secteur », et un résultat escompté d'un surplus d'eau de 500 millions de mètres cubes par an (par comparaison, l'État propose une stratégie à 7,4 milliards de dollars pour assurer les besoins de la population sans surplus).
« Blue Gold repose sur quarante initiatives qui forment un tout : barrages, collecte de l'eau de pluie dans les bâtiments, reboisement (les racines des arbres retiennent l'eau dans la terre), adoption de techniques d'irrigation plus économes comme le goutte-à-goutte, et autres, poursuit-il. L'approche technique que nous avons adoptée se fonde sur l'idée que l'eau est une richesse nationale plutôt qu'une simple commodité de besoin. La nuance est de taille : nous ne pensons plus à l'eau en tant qu'un besoin qui doit être simplement assuré à l'abonné 24 heures sur 24, mais en tant que richesse que nous pouvons avoir en termes de surplus, de qualité accrue et de répercussions sur la balance commerciale, la sécurité alimentaire et la santé. Dans notre esprit, la question de l'eau ne se résume pas au stockage, elle a beaucoup plus d'ampleur que cela. »
« Nous ne voulons pas endosser le rôle de l'État »
Le plan prévoit aussi la création d'un centre national de contrôle de la qualité de l'eau, relié à des centres régionaux dans les mohafazats, ainsi qu'un centre de formation à la préservation de la qualité de l'eau, destiné à tous ceux qui sont concernés d'une façon ou d'une autre, comme les agriculteurs, les sociétés qui vendent l'eau...
Le plan quinquennal Blue Gold est un plan complet en bonne et due forme. Comment donc concevoir de l'intégrer aux stratégies de l'État et quelle est la politique du CIH en ce sens ? « Nous ne voulons en aucun cas endosser le rôle de l'État, nous comptons l'aider au contraire à dépasser tous les conflits d'intérêts qui handicapent le secteur, souligne Ziad Sayegh. Le plan vise à optimiser et repenser d'une manière plus stratégique la stratégie nationale de l'eau qui a été approuvée en 2010. Nous sommes en collaboration avec le ministère de l'Énergie et de l'Eau. Et pour régler ces problèmes, la clé de voûte du plan reste l'établissement du Conseil national de l'eau, qui nécessite l'adoption d'un projet de loi au Parlement. »
Sur le statut et les prérogatives de ce Conseil national de l'eau, il précise qu'il est conçu comme « une personnalité légale nationale autonome sous la supervision d'une institution étatique ». « Son statut peut être comparé à celui de la Banque du Liban : celle-ci dirige le secteur des banques, elle est présidée par un gouverneur, elle élabore les politiques financières loin des interférences politiques, mais reste sous la tutelle du ministère des Finances et du gouvernement, poursuit-il. Pour un résultat similaire, il sera important de mettre à la tête de ce Conseil national de l'eau une personnalité neutre, non partisane et experte dans le secteur. »
Outre le Conseil national de l'eau, Blue Gold propose, dans sa réforme institutionnelle, la création de trois autres institutions : une autorité de régulation au rôle plus exécutif (pour réglementer la coordination entre secteurs public et privé), des associations des utilisateurs de l'eau (à travers lesquelles les citoyens pourront devenir actionnaires du secteur et contribuer à son développement, selon un mécanisme qui reste à étudier), et une organisation civile de surveillance (pour le contrôle indépendant).
À bien lire le texte du plan, on se rend compte que toutes les prérogatives qui sont aujourd'hui celles du ministère ou des offices autonomes de l'eau passeront à l'une ou l'autre de ces quatre institutions. N'est-ce pas mettre les fondements d'un nouveau conflit d'intérêt ? Ziad Sayegh nie catégoriquement que cela soit dans les intentions du CIH. Selon lui, « la création de ces institutions vise justement à mettre un terme aux conflits d'intérêts puisque le Conseil national de l'eau sera formé entre autres des représentants des ministères concernés, ainsi que du secteur privé, des experts et de la société civile ». Il ne trouve pas non plus qu'il est contradictoire que le CIH propose la création d'une institution qui chapeaute le tout, et l'organisation civile censée la surveiller. « Celle-ci sera créée par la société civile et restera indépendante », assure-t-il.
Des « actions d'eau » en Bourse
Dans la vision Blue Gold, le financement des projets viendra du secteur privé qui va exécuter les projets. « Le plan prévoit de charger le secteur privé également des services liés à l'eau, mais ne lui confère en aucun cas la propriété des ressources, d'où le fait que nous parlons de participation du privé sans privatisation, tient à préciser le directeur exécutif du CIH. Dans cette équation, et parce que nous sommes convaincus que le secteur de l'eau peut engendrer des bénéfices, l'État récolterait 23 % des bénéfices et le secteur privé 12 %. La philosophie qui sous-tend le plan y intègre un troisième pilier, le citoyen libanais, dont la participation se fera à travers les associations de l'eau. »
Peut-on considérer que les cinq milliards seront assurés d'ici à 2015 si le plan est lancé cette année-là ? « Je ne crois pas que le secteur privé ait un problème à assurer cette somme s'il trouve que le projet a du potentiel, souligne-t-il. Je pense aussi que si un projet de loi sur le PPP (partenariat public-privé) est adopté, le secteur privé ne tardera pas à être de la partie. »
Il précise cependant que les membres du CIH ne seront en aucun cas des investisseurs dans les projets de Blue Gold.
Pour mettre en marche cette réforme institutionnelle, encore faut-il adopter des projets de loi spécifiques. « Des textes ont déjà été élaborés, notamment pour la création du Conseil national de l'eau et pour le partenariat public-privé (PPP), affirme-t-il. Nous avons rencontré les différents chefs des blocs parlementaires ainsi que le ministre de l'Eau pour discuter de cette question. »
Un « vrai » vote
Le CIH appelle le public à voter pour son plan quinquennal à travers son site Internet
www.bluegoldlebanon.com, ainsi qu'en envoyant un message au 1329 à partir d'aujourd'hui. Mais que recherche-t-il à travers ce vote ? « C'est notre manière de rester en contact avec le public, dit Ziad Sayegh. Le vote des Libanais est essentiel, car il concrétise le soutien du public à notre plan, qui sera une arme dans nos mains le jour où nous irons au Parlement. Et ce n'est pas un vote virtuel. Nous collectons les noms de ceux qui auront voté pour le plan afin de former une base de données. Ces votants deviendront le réseau du CIH. »
À notre remarque selon laquelle le CIH, si soucieux de l'opinion publique, n'a pas appelé au débat avant de proposer un plan aussi complet sur le redressement du secteur de l'eau, il rappelle que « ce plan a été élaboré par quarante experts de toutes les universités du Liban et qu'il aurait été impossible d'y associer tous les Libanais ». « Mais le document reste ouvert au débat », ajoute-t-il.
Pour mémoire
L'eau, un grand gâchis libanais ?
Du Rhin aux conflits hydrauliques du Moyen-Orient : quelles leçons tirer ?
Le plan quinquennal sur l'eau proposé soulevant diverses idées nouvelles, nous avons demandé des explications à Ziad Sayegh, directeur exécutif du CIH, notamment sur la place qu'occuperait un tel plan complet dans le paysage libanais alors que le gouvernement a déjà une stratégie en place, ainsi que sur le financement et le lien au public.
Le plan quinquennal entend surtout apporter des solutions aux défis techniques que pose la gestion des ressources hydrauliques au Liban, jusque-là entachée de multiples lacunes. Interrogé sur les caractéristiques des solutions proposées dans Blue Gold, Ziad Sayegh commence par évoquer les trois « 5 » : le plan est quinquennal et devrait être lancé en 2015, il a un coût de 5 milliards de dollars financés par le secteur privé « sans privatisation du secteur », et un résultat escompté d'un surplus d'eau de 500 millions de mètres cubes par an (par comparaison, l'État propose une stratégie à 7,4 milliards de dollars pour assurer les besoins de la population sans surplus).
« Blue Gold repose sur quarante initiatives qui forment un tout : barrages, collecte de l'eau de pluie dans les bâtiments, reboisement (les racines des arbres retiennent l'eau dans la terre), adoption de techniques d'irrigation plus économes comme le goutte-à-goutte, et autres, poursuit-il. L'approche technique que nous avons adoptée se fonde sur l'idée que l'eau est une richesse nationale plutôt qu'une simple commodité de besoin. La nuance est de taille : nous ne pensons plus à l'eau en tant qu'un besoin qui doit être simplement assuré à l'abonné 24 heures sur 24, mais en tant que richesse que nous pouvons avoir en termes de surplus, de qualité accrue et de répercussions sur la balance commerciale, la sécurité alimentaire et la santé. Dans notre esprit, la question de l'eau ne se résume pas au stockage, elle a beaucoup plus d'ampleur que cela. »
« Nous ne voulons pas endosser le rôle de l'État »
Le plan prévoit aussi la création d'un centre national de contrôle de la qualité de l'eau, relié à des centres régionaux dans les mohafazats, ainsi qu'un centre de formation à la préservation de la qualité de l'eau, destiné à tous ceux qui sont concernés d'une façon ou d'une autre, comme les agriculteurs, les sociétés qui vendent l'eau...
Le plan quinquennal Blue Gold est un plan complet en bonne et due forme. Comment donc concevoir de l'intégrer aux stratégies de l'État et quelle est la politique du CIH en ce sens ? « Nous ne voulons en aucun cas endosser le rôle de l'État, nous comptons l'aider au contraire à dépasser tous les conflits d'intérêts qui handicapent le secteur, souligne Ziad Sayegh. Le plan vise à optimiser et repenser d'une manière plus stratégique la stratégie nationale de l'eau qui a été approuvée en 2010. Nous sommes en collaboration avec le ministère de l'Énergie et de l'Eau. Et pour régler ces problèmes, la clé de voûte du plan reste l'établissement du Conseil national de l'eau, qui nécessite l'adoption d'un projet de loi au Parlement. »
Sur le statut et les prérogatives de ce Conseil national de l'eau, il précise qu'il est conçu comme « une personnalité légale nationale autonome sous la supervision d'une institution étatique ». « Son statut peut être comparé à celui de la Banque du Liban : celle-ci dirige le secteur des banques, elle est présidée par un gouverneur, elle élabore les politiques financières loin des interférences politiques, mais reste sous la tutelle du ministère des Finances et du gouvernement, poursuit-il. Pour un résultat similaire, il sera important de mettre à la tête de ce Conseil national de l'eau une personnalité neutre, non partisane et experte dans le secteur. »
Outre le Conseil national de l'eau, Blue Gold propose, dans sa réforme institutionnelle, la création de trois autres institutions : une autorité de régulation au rôle plus exécutif (pour réglementer la coordination entre secteurs public et privé), des associations des utilisateurs de l'eau (à travers lesquelles les citoyens pourront devenir actionnaires du secteur et contribuer à son développement, selon un mécanisme qui reste à étudier), et une organisation civile de surveillance (pour le contrôle indépendant).
À bien lire le texte du plan, on se rend compte que toutes les prérogatives qui sont aujourd'hui celles du ministère ou des offices autonomes de l'eau passeront à l'une ou l'autre de ces quatre institutions. N'est-ce pas mettre les fondements d'un nouveau conflit d'intérêt ? Ziad Sayegh nie catégoriquement que cela soit dans les intentions du CIH. Selon lui, « la création de ces institutions vise justement à mettre un terme aux conflits d'intérêts puisque le Conseil national de l'eau sera formé entre autres des représentants des ministères concernés, ainsi que du secteur privé, des experts et de la société civile ». Il ne trouve pas non plus qu'il est contradictoire que le CIH propose la création d'une institution qui chapeaute le tout, et l'organisation civile censée la surveiller. « Celle-ci sera créée par la société civile et restera indépendante », assure-t-il.
Des « actions d'eau » en Bourse
Dans la vision Blue Gold, le financement des projets viendra du secteur privé qui va exécuter les projets. « Le plan prévoit de charger le secteur privé également des services liés à l'eau, mais ne lui confère en aucun cas la propriété des ressources, d'où le fait que nous parlons de participation du privé sans privatisation, tient à préciser le directeur exécutif du CIH. Dans cette équation, et parce que nous sommes convaincus que le secteur de l'eau peut engendrer des bénéfices, l'État récolterait 23 % des bénéfices et le secteur privé 12 %. La philosophie qui sous-tend le plan y intègre un troisième pilier, le citoyen libanais, dont la participation se fera à travers les associations de l'eau. »
Peut-on considérer que les cinq milliards seront assurés d'ici à 2015 si le plan est lancé cette année-là ? « Je ne crois pas que le secteur privé ait un problème à assurer cette somme s'il trouve que le projet a du potentiel, souligne-t-il. Je pense aussi que si un projet de loi sur le PPP (partenariat public-privé) est adopté, le secteur privé ne tardera pas à être de la partie. »
Il précise cependant que les membres du CIH ne seront en aucun cas des investisseurs dans les projets de Blue Gold.
Pour mettre en marche cette réforme institutionnelle, encore faut-il adopter des projets de loi spécifiques. « Des textes ont déjà été élaborés, notamment pour la création du Conseil national de l'eau et pour le partenariat public-privé (PPP), affirme-t-il. Nous avons rencontré les différents chefs des blocs parlementaires ainsi que le ministre de l'Eau pour discuter de cette question. »
Un « vrai » vote
Le CIH appelle le public à voter pour son plan quinquennal à travers son site Internet
www.bluegoldlebanon.com, ainsi qu'en envoyant un message au 1329 à partir d'aujourd'hui. Mais que recherche-t-il à travers ce vote ? « C'est notre manière de rester en contact avec le public, dit Ziad Sayegh. Le vote des Libanais est essentiel, car il concrétise le soutien du public à notre plan, qui sera une arme dans nos mains le jour où nous irons au Parlement. Et ce n'est pas un vote virtuel. Nous collectons les noms de ceux qui auront voté pour le plan afin de former une base de données. Ces votants deviendront le réseau du CIH. »
À notre remarque selon laquelle le CIH, si soucieux de l'opinion publique, n'a pas appelé au débat avant de proposer un plan aussi complet sur le redressement du secteur de l'eau, il rappelle que « ce plan a été élaboré par quarante experts de toutes les universités du Liban et qu'il aurait été impossible d'y associer tous les Libanais ». « Mais le document reste ouvert au débat », ajoute-t-il.
Pour mémoire
Le plan quinquennal de « l'Or bleu » : pour une gestion plus rationnelle des ressources hydrauliques au Liban
L'eau, un grand gâchis libanais ?
Du Rhin aux conflits hydrauliques du Moyen-Orient : quelles leçons tirer ?
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Le plan, publié dans un livret d'une centaine de pages et déjà disponible sur le marché et en ligne, est une base de travail soumise aux autorités libanaises pour qu'elles en débattent. Ce plan entend surtout apporter des solutions aux défis techniques que pose la gestion des ressources hydrauliques au Liban, jusque-là entachée de multiples lacunes.
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00 h 09, le 11 décembre 2013