Les soldats français patrouillent désormais dans tout Bangui, toujours traumatisée par les massacres, selon l'état-major français.
À bord de véhicules blindés ou à pied, les soldats français de l'opération « Sangaris » étaient pour la deuxième journée consécutive très visibles sur les boulevards, grandes artères et carrefours stratégiques, a constaté l'AFP. Les militaires de Sangaris patrouillent « dans l'ensemble » de Bangui, a affirmé le porte-parole de l'état-major français : « Là où nous sommes, nous ne constatons pas de menace à l'encontre de la population, mais la situation sécuritaire reste tendue. » Les soldats français ont notamment observé une certaine « tension » à l'approche d'éléments armés de l'ex-rébellion Séléka (au pouvoir), selon le colonel Jaron : « Je pense qu'ils ont compris qu'ils vont devoir être regroupés, désarmés, que la force française est en train de s'imposer à leurs dépens dans la capitale, ce qui crée une tension. »
Aucun accrochage n'a cependant eu lieu depuis un premier incident survenu jeudi près de l'aéroport, qui avait fait quatre morts dans les rangs de l'ex-Séléka. Les hommes en armes et les pick-up bondés de combattants de l'ancienne coalition rebelle ont quasiment disparu des rues de Bangui, après avoir reçu l'ordre des autorités (elles-mêmes issues de l'ex-Séléka) de rentrer dans les casernes.
Dans la ville, la peur est toujours dans les esprits. « On attend que les Français rentrent dans nos quartiers pour qu'on ne voit plus tous ces gens armés », déclarait hier un habitant de Bangui, ajoutant : « Quand on voit un pick-up (de combattants surarmés), on change de direction. » « On est fatigué d'avoir peur. On veut que ça s'arrête », ajoutait un autre habitant.
Retour à un calme relatif
« Le calme est revenu dans Bangui, même s'il y a encore ici ou là des exactions », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius. « On dénombre dans les trois derniers jours 394 morts », a-t-il indiqué, après les massacres interreligieux qui ont ensanglanté la ville jeudi. Un précédent bilan de la Croix-Rouge locale faisait état d'environ 300 morts. « Il y a un certain nombre d'opérations qui sont en cours dans l'ensemble du pays, et les opérations de désarmement (des ex-rebelles) de la Séléka vont commencer », a annoncé M. Fabius, ce qu'a confirmé le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, précisant que le désarmement commencerait aujourd'hui.
L'essentiel des forces françaises est concentré à Bangui, mais des unités sont également déployées dans l'ouest du pays, où les affrontements à caractère interreligieux sont réguliers depuis septembre. Arrivée la veille par la route du Cameroun, via les villes de Bouar et Bossembélé, une colonne de blindés français a fait son entrée hier soir à Bangui sous les vivats de la foule, a-t-on constaté. Une centaine d'autres soldats, venus eux de Bangui, se sont déployés à Bossangoa, à 270 km au nord-ouest de la capitale, une localité où la tension reste extrêmement vive entre la population, majoritairement déplacée, et les éléments locaux de la Séléka.
Un président « qui a laissé faire »
En attendant, le président centrafricain Michel Djotodia – arrivé au pouvoir en mars à la tête de la coalition rebelle Séléka, qu'il a ensuite dissoute – a décrété un deuil national de trois jours à compter d'hier, en mémoire des victimes « des tragiques événements » de ces derniers jours. Les États-Unis sont intervenus hier auprès du président Djotodia pour lui demander d'appeler au calme et de sanctionner les responsables des récentes violences en République centrafricaine.
Samedi soir, l'ancien chef rebelle, apparemment incapable de garder le contrôle d'une partie de ses troupes – supposées être intégrées aux forces de sécurité – avait également fait l'objet de vives critiques de la part de M. Hollande, plutôt inhabituelles dans la bouche d'un président français. « On ne peut pas laisser en place un président qui n'a rien pu faire, a laissé faire », a accusé le chef de l'État français, à propos de M. Djotodia, censé quitter le pouvoir fin 2014 avant l'organisation d'élections. À la fin du sommet France-Afrique samedi à Paris, le président français avait par ailleurs appelé à une « large mobilisation internationale » pour financer des opérations africaines de paix, pour permettre au continent d'assurer enfin sa propre sécurité via notamment la mise sur pied d'ici à 2015 d'une force d'action rapide.
(Source : AFP)

