Gros-Câlin, tout premier livre écrit sous le pseudonyme d'Émile Ajar par l'écrivain Romain Gary en 1974 et adapté au théâtre en 2003, est interprété avec beaucoup de finesse par Jean-Quentin Châtelain au Théâtre de l'Œuvre à Paris.
« Je vais entrer ici dans le vif du sujet », énonce avec un léger accent (suisse) l'acteur Jean-Quentin Châtelain, et d'emblée on comprend qu'il n'en fera rien, que l'histoire va faire des tours et des boucles, des circonvolutions et des nœuds, comme le python de plus de deux mètres adopté par son personnage, M. Cousin.
Ce comptable timide et solitaire s'est pris d'amitié pour un python. « Lorsqu'un python s'enroule autour de vous et vous serre bien fort, la taille, les épaules, et appuie sa tête contre votre cou, vous n'avez qu'à fermer les yeux pour vous sentir tendrement aimé », dit-il doucement.
Seul sur scène, dans un décor où le carrelage rappelle les couleurs du python, Jean-Quentin Châtelain incarne à merveille le doux M. Cousin, perdu dans ses rêves de mariage avec sa collègue de bureau Mlle Dreyfus, et si seul qu'il s'entoure de ses propres bras pour se réchauffer.
Romain Gary a expliqué que « ce fut seulement après avoir terminé Gros-Câlin que je pris la décision de publier le livre sous un pseudonyme. Je sentais qu'il y avait incompatibilité entre la notoriété, les poids et les mesures selon lesquels on jugeait mon œuvre, "la gueule qu'on m'avait faite", et la nature même du livre. »
Le « mystère Ajar » ne sera réellement levé qu'après la mort de l'écrivain en 1980. S'il change ainsi d'identité, c'est pour mieux réinventer son écriture : avec Gros-Câlin, l'auteur des Racines du ciel (prix Goncourt 1956) inaugure un style facétieux, truffé d'inventions, cru aussi parfois.
Bérangère Bonvoisin, qui signe la mise en scène, a eu envie que « le spectacle ne raconte pas seulement l'histoire d'un monsieur qui cherche quelqu'un à aimer et qui vit avec son python, mais que ce soit l'écrivain Gary qui fasse sa mue sous nos yeux en inventant de façon assez folle, il faut bien le dire, cette façon de penser et de parler, en même temps comique et désespérée ». Un pari parfaitement réussi.
Culture - Scène
« Gros-Câlin », condensé d’humour et d’émotion au Théâtre de l’Œuvre à Paris
OLJ / le 09 décembre 2013 à 00h00


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