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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Apatride dans sa propre patrie

Ça y est, les Libanais sont devenus complètement dingues. D'un patelin à l'autre, il est devenu dangereux de passer quitte, si votre horoscope du jour est favorable, à y laisser un pied, une jambe, une main. Sinon, c'est tout bonnement la vie que vous laisserez aux barrages de l'ignominie sectaire dans toute sa laideur.
Encore heureux que ces pratiques de l'âge de pierre restent confinées à une région que la République a oubliée, mais qui demeure à vol d'oiseau de notre capitale, que de drôles d'oiseaux sont en train petit à petit de gouverner à leur guise. À ce compte-là, elle proclamera bientôt son indépendance (attention au a) et battra monnaie, s'affublant du titre d'émirat, duquel toute machine à raser serait bannie.
Je ne suis pas Madame Soleil ou une diseuse de bonne aventure, je ne lis pas dans le marc de café, je ne prévois pas l'avenir, je n'ai pas plaisir à jouer les cassandres, mais rien qu'à parcourir la presse, écouter les nouvelles ou les suivre sur le petit écran, aller sur les réseaux sociaux, bavarder avec quelques personnes au raisonnement pointu, il n'est pas difficile de se faire une idée de ce qui advient autour de vous et d'alimenter vos pensées à partir des appréhensions des gens.
Se peut-il que la seconde capitale du pays puisse lentement mais sûrement échapper au pouvoir de l'État libanais ?
Les ruelles de Tripoli sont devenues un véritable coupe-gorge. Est-il admissible de revenir aux enlèvements sur appartenance religieuse ou sectaire ? C'est inouï comment des hommes de religion, censés prêcher l'amour du prochain, font dans la surenchère, appelant pratiquement au meurtre, toutes dents dehors, étalés qu'ils sont sur les écrans de télévision, sans être inquiétés le moins du monde ?
Du déjà-vu, diriez-vous, du copié-collé. C'est à l'identique de ce qui se passe à un jet de pierre de la capitale, à peu de choses près : au lieu d'avoir en arrière-plan des jeunes débraillés aux mines le plus souvent patibulaires, il se trouve un parterre choisi de ministres, anciens ministres, députés actuels ou passés, hauts fonctionnaires, galonnés ou sous-fifres, dignitaires religieux de tout bord et autres aspirants à la notoriété.
Là aussi personne ne trouve à redire, même que dans ce genre de rassemblements où des apparitions ont lieu, le discours ne diffère pas trop de celui de la rue. Le rictus est identique, la voix tonne, l'index pointé vers le ciel, menaçant que des têtes, des mains, des bras seront coupés. Tout cela en présence des représentants des plus hautes instances de l'État, qui dirait-on cautionnent ces discours pour le moins contraires aux positions de neutralité affichées par le gouvernement.
Dans un pamphlet célèbre, l'illustre Georges Naccache avait écrit : « Deux négations ne font pas une nation ». Or, nous n'en sommes plus à ce stade ; nous allons allègrement vers la douzaine, sinon plus. Heureusement que la Chine n'est pas partie prenante à ce conflit, sinon nous aurions dû également entrer dans les méandres de ses dialectes et là, c'est par centaines qu'il faut compter.
Mais trêve de plaisanteries. Ce n'est pas ainsi qu'on édifie un pays, un État, une nation, appelez-le comme vous voulez, en se tenant au garde-à-vous, prêt à exécuter les instructions qui vous parviennent de l'étranger, dussent-elles être contraires à vos convictions ou préjudiciables pour vos concitoyens.
Dites-vous bien que vos concitoyens sont également propriétaires, au même titre que vous, de ce lopin de terre qui fait 10 452 kilomètres carrés ; ils ont autant de droits et de devoirs que vous sur et envers lui. Vous détruisez leur plafond, c'est sur votre tête que vont retomber également les gravats.
La vie humaine n'a plus semble-t-il aucune valeur. On tue juste pour tuer, pour faire mal, semer la panique ; il n'y a aucun fondement qui puisse couvrir ces agissements inconsidérés, sauf obtenir le satisfecit des commanditaires de ces actions ignobles et sans doute les bonus conséquents en retour.
Cette frénésie de toujours se référer au dehors pour obtenir sa bénédiction est une aberration. Déjà notre Constitution porte une connotation étrangère : Taëf. Elle fut doublée par un accord plus catastrophique encore : Doha. Et si le troisième point de chute était la Lune, ce serait une aubaine. Qu'ils aillent batailler là-haut et nous laissent tranquilles.
Désormais, c'est le Libanais lui-même, et non ses dirigeants, qui recommence à s'en aller. Il se sent apatride dans sa propre patrie, ne se reconnaît plus en des dirigeants qui à plus d'une reprise ont montré leur incapacité à contenir les tempêtes qui n'ont de cesse de souffler en bourrasques au-dessus de sa tête.
Un de mes interlocuteurs à l'esprit alerte, qui m'inspire souvent le fond de mes pensées, me dit tout de go, juste après l'accord sur le nucléaire iranien : « C'est d'un nouveau Yalta qu'il s'agit, la donne va changer drastiquement et, comble de malheur, nos dirigeants sont piètrement équipés intellectuellement pour faire face à l'ouragan qui se prépare et dont nous vivons les prémices. »
Puisse-t-il avoir tort !

Georges TYAN

Ça y est, les Libanais sont devenus complètement dingues. D'un patelin à l'autre, il est devenu dangereux de passer quitte, si votre horoscope du jour est favorable, à y laisser un pied, une jambe, une main. Sinon, c'est tout bonnement la vie que vous laisserez aux barrages de l'ignominie sectaire dans toute sa laideur.Encore heureux que ces pratiques de l'âge de pierre restent confinées à une région que la République a oubliée, mais qui demeure à vol d'oiseau de notre capitale, que de drôles d'oiseaux sont en train petit à petit de gouverner à leur guise. À ce compte-là, elle proclamera bientôt son indépendance (attention au a) et battra monnaie, s'affublant du titre d'émirat, duquel toute machine à raser serait bannie.Je ne suis pas Madame Soleil ou une diseuse de bonne aventure, je ne lis pas dans le marc de café,...
commentaires (2)

IL N'Y A DE PLUS AVEUGLE QUI CELUI QUI VOIT LE MAL D'UN SEUL CÔTÉ... ET L'IGNORE DE L'AUTRE ! ON RÊVE DE VOIR NAÎTRE UN ETAT... QUAND UN AUTRE EST DÉJÀ ADOLESCENT ET BRIGUE LE VRAI ETAT DEPUIS BELLE LURETTE !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

20 h 10, le 07 décembre 2013

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Commentaires (2)

  • IL N'Y A DE PLUS AVEUGLE QUI CELUI QUI VOIT LE MAL D'UN SEUL CÔTÉ... ET L'IGNORE DE L'AUTRE ! ON RÊVE DE VOIR NAÎTRE UN ETAT... QUAND UN AUTRE EST DÉJÀ ADOLESCENT ET BRIGUE LE VRAI ETAT DEPUIS BELLE LURETTE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    20 h 10, le 07 décembre 2013

  • Ben ,c'est çà...mais en même temps ce n'est pas QUE de la faute des dirigeants...les Libanais y sont pas pour rien, n'est ce pas? Au quotidien, les Libanais font allégeance à ceux dont ils se plaignent à longueur de journée, non? Et puis,foin d'hypocrisie...il ne faut plus dire "les libanais",mais les différentes sortes de gens qui ont une hawiyyé libanaise...deux négations ne font pas une nation,certes...un bout de plastique non plus ne fait pas une nation! A Tripoli;,ce ne sont pas des drapeaux libanais qui ont été hissés,mais les deux drapeaux syriens...finalement,on aurait mlieux fait d'en faire un plus petit,mais plus libanais aussi,de Liban!

    GEDEON Christian

    15 h 27, le 06 décembre 2013

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