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Huile d’olive, baklawa, pluies et autres mœurs

Ce pays semble totalement disloqué. Évidemment, ce n'est pas cette partition dont tout le monde a fantasmé tout au long de notre guerre de 15 ans : chacun chez soi et tous contre tous. On y a mis du temps, mais on a fini par comprendre que ce territoire était trop petit pour être divisé et que, de toute manière, on ne pouvait pas survivre longtemps, chaque communauté dans son réduit. Donc, en dépit des chantres d'une République fédérale et des rêveurs d'une principauté de contes de fées, toute mignonne et proprette, avec fanfares, rosiers manucurés et kiosques à musique, le Liban n'a subi de division ni territoriale ni administrative. Tel qu'en lui-même, tel que la guerre nous l'a rendu, le voilà, sous nos pieds, l'héritage entier de nos aïeux. Entier, indivis et indivisible, à vivre sur le mode collectif, abstraction faite des incompatibilités de culture, de mœurs, de religion, de civisme, d'humeur, d'allégeances, de goûts, d'huile d'olive, de marques de voitures, d'accents, de cuisine et tout le reste. Après tout, quoi de plus sain ? Sauf que chez nous, on préfère rester entre soi et engendrer des monstres, plutôt que se frotter au silex des autres et peut-être provoquer l'étincelle du génie.

 

Le mal, le vrai, ce n'est pas tant l'allergisante différence que la cruelle indifférence, jubilatoire quand ce sont les autres qui dégustent. Et ce baklawa, dessert haineux, douceur fielleuse que depuis quelques années on distribue sur les routes pour célébrer les malheurs des autres. Un attentat dans la banlieue sud. Vous avez des invités fraîchement débarqués d'Europe? On leur téléphone pour s'enquérir de leur sécurité ? Vous riez. C'est loin, ça, pas chez nous, chez les autres, ailleurs, dans un autre... un autre quoi, déjà ? L'enfer s'ouvre à nouveau à Tripoli. Oui mais c'est loin Tripoli. Chez nous, c'est si petit que nous avons un sens tout relatif des distances. Une heure de voiture, une distance modeste pour d'autres, ici, le bout du monde. Tripoli, au bout de quel monde ? Au nom de quoi cette ville doit-elle jouer les plaies purulentes d'un corps qui par ailleurs prétend se porter comme un charme ? Serions-nous prêts, de notre nombril beyrouthin, à laisser cette ville millénaire en pâture aux étroites stratégies régionales ?


Mais non, le Liban n'est pas divisé. Voyez, on peut se déplacer partout, aller dans toutes les régions si ça nous chante. Mais ça ne nous chante rien. Il y a régions et régions. Régions qui méritent de vivre et d'autres pas, parce qu'elles l'ont cherché. Cherché où ? L'histoire ne le dira pas. L'histoire ne racontera plus les humiliations et les tortures subies par nos aïeux, ni les potences qui les ont emportés au début du siècle dernier pour que ce pays mérite de vivre. Pour l'heure, la seule chose qui nous unit, c'est cette première pluie, vicieux crachin qui nous noie aussitôt qu'il crache. Parce que ne rien prévoir, ça fait tellement partie de notre patrimoine commun que c'en est presque émouvant.

Ce pays semble totalement disloqué. Évidemment, ce n'est pas cette partition dont tout le monde a fantasmé tout au long de notre guerre de 15 ans : chacun chez soi et tous contre tous. On y a mis du temps, mais on a fini par comprendre que ce territoire était trop petit pour être divisé et que, de toute manière, on ne pouvait pas survivre longtemps, chaque communauté dans son réduit. Donc, en dépit des chantres d'une République fédérale et des rêveurs d'une principauté de contes de fées, toute mignonne et proprette, avec fanfares, rosiers manucurés et kiosques à musique, le Liban n'a subi de division ni territoriale ni administrative. Tel qu'en lui-même, tel que la guerre nous l'a rendu, le voilà, sous nos pieds, l'héritage entier de nos aïeux. Entier, indivis et indivisible, à vivre sur le mode collectif,...
commentaires (3)

Si le Liban est malheureusement divisé.Le baklawa est devenue mascarade au nom de l' hypocrisie .

Sabbagha Antoine

13 h 23, le 05 décembre 2013

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Commentaires (3)

  • Si le Liban est malheureusement divisé.Le baklawa est devenue mascarade au nom de l' hypocrisie .

    Sabbagha Antoine

    13 h 23, le 05 décembre 2013

  • Vive la Répulsion et à Bas la Frilosité ! Le monde entier avec certitude le sait, l'autoritarisme Oriental dans ce Kottor-conTrée de ce "croissant! fertilisé?", tant conFessionnel que pseudolaïcisé, trouve l'essentiel de sa Clientèle dans les couches Moyennes et précisément chez les plus démunies d'entre elles. Cette fade Masse-là est, avant tout, une frange de paumés, d'angoissés que quelques sinistres idé(i)ologues et escouades de tous Petits "zaïïïms" aux nuques raides cravachent et tentent de structurer, vers le Mauvais ! En sus du culte de ce zaïïïm ou l'exaltation des vertus autoritaires, c'est le sectarisme conFessionnel largement teinté de racisme qui constitue le point d'ancrage et la focalisation de leur désarroi. Or, sur ce dossier, les politiciens Indigènes en sont restés à de médiocres raisonnements tac-ticiens. Mous et comPlaisants surtout, ou hypocrites et coincés pour le coup. En tout, état de cause, ils se sont à ce jour préoccupé surtout de l'impact électoraliste et phénomène bouseux. Il est donc impératif que s'opère une sorte de générale mobilisation, toutes tendances confondues, de "l'intelligence! et du volontarisme?" ; yîîîh ; de tous les Libanais(h). Que dans ce patelin tous les moyens nécessaires soient fournis en vue d’abattre ce phénomène national-social Pseudo-laïc et/ou religieux. La Répulsion, elle aussi, peut être enfin un incitant Sain....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 14, le 05 décembre 2013

  • Le baklawa de la mort, c'est only in Lebanon ! Et personne n'a pensé à offrir le baklawa hier à ceux qui étaient bloqués sur toutes les voies de Beyrouth pendant presque 24 heures ? Pourtant les douceurs et leurs délices, ça excite la patience. Mais les Libanais n'ont aucune idée de ce qu'est la ptience, dîtes-vous ? Bien rappelé en effet.

    Halim Abou Chacra

    06 h 13, le 05 décembre 2013

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