De temps en temps, je pioche dans mes CD afin d'en choisir un que j'écoute en boucle dans ma voiture. Cette semaine (allez comprendre pourquoi cette semaine), ma main guidée par le hasard saisit un album de Brassens. Voilà qu'il égrène sur sa guitare les airs de son Je vous salue Marie et la chanson démarre... Immédiatement, je revois défiler les images d'un certain jour...
Ce jour-là, j'accompagnais mon maître René Tarabo à la CLT où il devait intervenir dans l'émission de Monique Haddad consacrée à Noël. Imaginez l'effervescence d'une fillette de 12 ans qui allait vivre concrètement l'émission qu'elle attendait tous les jeudis.
Le studio, immense fouillis à la porte blindée, éclairé de mille soleils par endroits et complètement obscur par d'autres, me donna le sentiment d'un lieu où tout est possible : est-ce là que les rêves deviennent réalité ? Mes yeux avides et curieux scrutaient et observaient, imprimant à jamais le moindre détail dans ma mémoire. Je découvrais l'envers du décor, les superbes panneaux rutilants se dressaient sur des bouts de bois cassés, derrière eux, des pots de peinture dégoulinants, des mégots, des papiers froissés, sans parler des fils électriques entrecroisés au sol, formant un tapis bosselé. Un technicien s'exerçait au texte du générique : une série de cartons posés sur un chevalet qu'il effeuillait devant la caméra, dévoilant les noms de ceux qui avaient préparé l'émission.
Monique Haddad et Noha Hatem (que je me permets de citer) étaient debout derrière leurs micros, répétant en duo le Je vous salue Marie de Brassens accompagnées à la guitare par Tarabo. « Zut ! Erreur ! On reprend. » Erreur, encore et encore ! Damnation! « Mais qu'est-ce qui nous a pris de choisir cette chanson, elle est trop difficile, on n'y arrivera jamais. On reprend. » Et on rerereprend. Tout a commencé à 10 heures du matin, il fallait être prêt pour le direct à 10 heures. Top ! Lancement du générique. Métamorphose. Tout le monde affiche de superbes atours, des visages détendus et souriants, la musique roule, la chanson aussi, tout roule et se déroule à la perfection, aucun effort ne fut vain. Fin. On rigole, on s'embrasse,
soulagés, heureux de l'accomplissement.
Tiens ! Je respire et réalise soudain que j'étais en apnée depuis huit heures !
Quand vient un jour dans votre vie où vous oubliez de respirer grâce à l'intensité des émotions qui vous envahissent, vous souhaitez que ce jour-là devienne votre vie entière.
Je te le dois, Monique, il fallait le dire. Aujourd'hui, tu as dû saluer Marie au passage, sans répétitions et sans erreurs. Va respirer ton coin de paradis.


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