Une cinquantaine de peintures font écho aux poèmes arméniens traduits en arabe.
Un livre-coffret (plus de 2 kg), lourd comme une paire de briques et, par conséquent, difficilement manipulable, luxueusement édité. Aux confins des ouvrages d'art avec couverture cartonnée et papiers glacés pour des pages ornées de fragments de dessins tirés des enluminures les plus anciennes au monde, cette édition reliée de la poétique arménienne (de surcroît dans une bonne traduction en langue arabe) est d'une nouveauté spectaculaire et éclairante.
Dans sa richesse de fragments de toiles illustrant et accompagnant les poèmes et l'élégance d'un graphisme aéré et aérien pour des lettres imprimées dans une calligraphie digne des plus talentueux calligraphes arabes, elle ouvre une fenêtre de culture et de connaissance, aussi bien historique que littéraire et picturale – un travail remarquable pour la partie illustrative – surtout pour des lecteurs non versés ou initiés à la langue de Grégoire l'Illuminateur.
Compilation sélective qui dépasse par sa qualité d'impression, surtout d'illustration, l'anthologie de Rouben Melik, en langue française, fourmillante d'informations lors de sa parution en 1973.
Avec Nos poètes faiseurs de la gloire de l'Arménie de Julie Mourad, romancière et traductrice, le lecteur est devant un ouvrage donnant sur un riche panorama, non seulement de l'art poétique du pays du mont Ararat, mais aussi de la spécificité et la variété de l'inspiration de ses maîtres du pinceau et de la palette. Car au souffle des mots correspondent ici le chant et le lyrisme des couleurs, comme une marche à deux au tempo et aux ondulations indissociables.
Des temps les plus reculés au rythme speedé du monde contemporain, de l'invention lumineuse de l'alphabet en trente-huit lettres par Mesrob Machots jusqu'à nos jours, des moments de la foi des premiers chrétiens, (les Arméniens étant les enfants aînés de l'Église), aux années de plomb et de sang du génocide, en passant par les remous de l'histoire, de la libération du joug soviétique et de la diaspora, tous les vocables, les évocations, les invocations et les images sont là.
En préambule, appendice, préface ou postface, des mots d'introduction, de présentation et des commentaires de plusieurs intellectuels et hommes politiques et religieux influents. On retient surtout l'intervention de Serge Sarkissian, président de la République d'Arménie, et de celle de Michel Eddé au texte respirant non seulement une analyse subtile mais une amitié chaleureuse.
Et s'égrène le chapelet d'historiens, de virtuoses des images et des mots, des chroniqueurs au verbe d'or ou d'acide, des inspirés de tous crins touchés par la grâce de Dieu, de l'amour, de la patrie, de la sensualité, de la nuit, de la beauté de la nature, de la nostalgie, de la solitude, de la solidarité, de la liberté, de la libération, des émotions, du rêve, de l'action, du combat.
De Movses Khorenatsi à Henrig Etoyan (c'est-à-dire de l'ère 440 à la frénésie contemporaine), les voyants et les mages, acteurs amplificateurs de la vie, témoignent. Et tissent, avec leurs vocables aux sonorités tendres ou sifflantes, les tableaux changeants du temps qui passe et d'une histoire mouvementée. Histoire d'un pays qui a toujours fait face avec dignité et tempérament à l'adversité. Avec un inaliénable credo pour les grandes valeurs morales, patriotiques et religieuses.
Dans le rang de ces «battants», plus de trente-cinq noms, soigneusement sélectionnés, avec notice biographique et extraits traduits de leur œuvre respective. Sont répertoriés dans ce peloton, sans que cette nomenclature soit exhaustive, Hovannes Shiraz, Vahé Vahian, Kegham Sarian, Missak Medzarents, Gostan Zarian, Daniel Varoujan, Vahan Tékéian, Avedik Isajakian, Arhag Tchobanian, Bedros Tourian, le trouvère Nahabet Kouchag et bien d'autres...
À cela s'ajoute la partie réservée aux artistes-peintres. Sans mentionner ces reproductions ou fragments de toiles maîtresses du panthéon pictural du pays de l'Araxe. À l'intérieur des frontières et au cœur de la diaspora aux quatre points cardinaux. Ainsi que les Khatch Kar (ces célèbres pierres tombales sculptées), les tapis (ces merveilleux kali et gorg) aux motifs ramagés et aux couleurs éclatantes, les dentelles finement tissées, les détails délicats de superbes enluminures où croix et symboles de la foi chrétienne s'imbriquent. Accessoires visuels panachés ornant fastueusement, telle une chevauchée fantastique, les poèmes déployés ici à tout vent...
Plus de soixante pages, pour plus d'une cinquantaine de peintres d'envergure internationale, avec planches colorées illustratives, sont dédiées aux parcours, à la musicalité et aux résonances des mots. On retrouve avec plaisir et émerveillement le monde, entre autres, de Toros Roslin, Ivan Aivazovski, Martiros Sarian, Yervant Kochar, Robert Elibekian, Minas Avetisian, Galentz, Arshille Gorky, Carzou, Jansem, Serguey Parajanoff...
Un livre riche d'images, jetant avec efficacité, en langue arabe, la lumière sur les sources et le dédale de la poésie arménienne. Document agréable et utile pour l'échange des cultures, à garder dans toute bibliothèque. Ou tout simplement à offrir en cadeau à l'approche des fêtes, car découvrir et mieux connaître les autres, c'est déjà s'en rapprocher...
Dans sa richesse de fragments de toiles illustrant et accompagnant les poèmes et l'élégance d'un graphisme aéré et aérien pour des lettres imprimées dans une calligraphie digne des plus talentueux calligraphes arabes, elle ouvre une fenêtre de culture et de connaissance, aussi bien historique que littéraire et picturale – un travail remarquable pour la partie...


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c'est certainement un livre merveilleux. Cette poésie je l'imagine comme le chant du peuple arménien dispersé un peu partout dans le monde. Je pense qu'elle doit être riche et exprime l'âme arménienne. Ne lisant pas l'arabe, à quand la version française?
00 h 12, le 30 novembre 2013