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Nos lecteurs ont la parole - Dr Carine Chammas

La nausée

Comment exprimer autrement ce qui m'a envahi à la vue du triste spectacle offert lundi par les étudiants de l'USJ ?
Comment continuer à croire en de lendemains meilleurs quand les acteurs de ces lendemains nous ont livré cette piètre performance ?
Comment convaincre mes enfants d'entamer leurs études universitaires ici, de continuer d'égayer un peu la maison quand le sanctuaire chargé d'en faire des femmes et des hommes de bien, d'honneur, de dialogue et de responsabilité se transforme en une journée en poudrière embrasée par la haine et le refus d'autrui ?
Il est inutile de rechercher le responsable de ce gâchis à plus ou moins grande échelle : nous sommes tous responsables de cette situation. Quatre millions de coupables.
Nous, les mères, nous sommes coupables de ne pas avoir pris du temps avec nos enfants pour leur montrer l'autre. Pour leur parler d'humanité, de valeurs universelles, d'unité de l'être humain. Obsédées par la course à la performance on les a gavés de sciences et on a oublié l'essentiel.
Coupables aussi, les pères qui, consciemment ou non, encouragent le culte du plus fort, des muscles et des biscotos. De la virilité dopée aux hormones et au langage ordurier. Et qui oublient qu'il n'est pas honteux d'arriver à ses fins par la voie du dialogue. Que le cerveau est un outil bien plus puissant que les biceps à condition de savoir s'en servir, et que la virilité, le courage et la force ne sont pas proportionnels a l'abondance du système pileux.
Coupables, les écoles qui, du primaire au lycée, ont abandonné depuis longtemps leur mission éducative et formatrice, se contentant d'insérer presque de force des notions matérielles et physiques en échange de frais de scolarité de plus en plus abusifs. Mais des heures de civisme, de morale, de vivre ensemble, de savoir-vivre tout court, il n'y en a point. Et qu'on ne me sorte pas ce ridicule cours de civisme d'une sécheresse telle qu'il râpe les langues des pauvres enfants obligés de l'apprendre par cœur...
Coupables, les universités, lieux de mélange et d'échanges. Car au bout du compte, et qu'on le veuille ou non, c'est là que nos enfants se mélangent et se rencontrent enfin et réellement. Coupables de penser qu'au-delà de 17 ans, l'éducation est terminée et qu'il n y a plus rien à y faire. Qu'il suffit de transmettre alors les notions qui donneront à ces jeunes un métier mais qui ne donneront pas au pays un peuple.
Coupables, les hommes de religion. Hommes de peu de foi ! Obnubilés par les apparences et le pouvoir, ils ont oublié leurs rôles de pasteurs et de passeurs. Mitres ou turbans, ils ont tous oublié qu'il n'y a qu'un seul Dieu, quel que soit le nom qu'on Lui donne. Et que c'est un Dieu d'amour et de miséricorde. Agrippés à leurs perchoirs, ils haranguent les foules. Leurs discours sont fielleux, méprisants, suffisants, narquois, imbibés de menaces, attisant la haine et la peur.
Coupables, les politiciens. Tous et de tous bords.
Coupable, le 8 Mars. Coupable de trop de diversités. Plusieurs chefs et plusieurs voix. Pas une seule voix de dialogue !
D'un côté on traite les autres de vendus, de corrompus, de voleurs et on fait taire la différence. De l'autre, fort de ses armes, on dénie aux autres le droit même de vivre et penser autrement. On dénie aux autres leurs combats, leurs luttes, leurs martyrs, leurs disparus, leur version de l'histoire aussi vraie que la sienne. Les deux camps ont isolé la voix de la modération, lui ont tapé sur les doigts, du matin au soir, la poussant au repli sur soi d'abord et au recours au fanatisme et a l'intégrisme ensuite, extrémisme dont nous sommes tous les victimes aujourd'hui.
Coupable, le 14 Mars. Coupable de ne pas avoir eu la vue plus longue. De ne pas s'être donné les moyens de ses ambitions. D'avoir dilapidé le capital populaire, pourtant indéniable, dont il disposait. Coupable d'avoir déçu car ce sont les seuls à avoir promis.
Coupables, les indépendants. Coupable d'être timorés. Coupables de ne pas taper le poing sur la table et de renverser une situation moribonde qui menace de tuer tout le monde à petit feu.
Tous coupables de penser individuellement et d'oublier le collectif. Tous coupables d'égoïsme, de nombrilisme, de mégalomanie.
Tous coupables de cécité. Car le bateau coule. À bord il n a y a pas de capitaine, pas de barques de secours, pas de gilets de sauvetage.
Quatre millions de coupables. 4 millions de victimes.
Amen.

Comment exprimer autrement ce qui m'a envahi à la vue du triste spectacle offert lundi par les étudiants de l'USJ ?Comment continuer à croire en de lendemains meilleurs quand les acteurs de ces lendemains nous ont livré cette piètre performance ?Comment convaincre mes enfants d'entamer leurs études universitaires ici, de continuer d'égayer un peu la maison quand le sanctuaire chargé d'en faire des femmes et des hommes de bien, d'honneur, de dialogue et de responsabilité se transforme en une journée en poudrière embrasée par la haine et le refus d'autrui ?Il est inutile de rechercher le responsable de ce gâchis à plus ou moins grande échelle : nous sommes tous responsables de cette situation. Quatre millions de coupables.Nous, les mères, nous sommes coupables de ne pas avoir pris du temps avec nos enfants pour leur...
commentaires (4)

Oui, bon, d'accord...c'est bien bisounours tout çà. A part que comme dirait l'autre, y en a qui sont quand même un peu plus coupables que le petit copain. C'est tout mignon, tout gentil, mais un peu neuneu quand même, ce renvoi dos à dos.

GEDEON Christian

17 h 04, le 27 novembre 2013

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Commentaires (4)

  • Oui, bon, d'accord...c'est bien bisounours tout çà. A part que comme dirait l'autre, y en a qui sont quand même un peu plus coupables que le petit copain. C'est tout mignon, tout gentil, mais un peu neuneu quand même, ce renvoi dos à dos.

    GEDEON Christian

    17 h 04, le 27 novembre 2013

  • Madame Vos talents litteraires n ont d egal que vos talents moraux Pour le reste je me demande dans quel pays vous vivez en cherchant a mettre a pied d egalite vos enfants et des hors la loi et en vous sentant coupable de n avoir pas appris a vos enfants de respecter et de connaitre l autre, celui qui par son education justement apprend a mepriser l autre qui n appartient pas a son clan, celui qui se croit tout permis au mepris des lois Libre a vous d apprendre a vos enfants a respecter les voyous et les hors la loi. Quant a moi je leur apprendrai a les eviter ou a defaut de combattre leur ignorance

    Jihad Mouracadeh

    13 h 19, le 27 novembre 2013

  • LES COUPABLES GÎTENT À L'ÉTOILE LES UNS, ET AUX DIRECTIONS DES FORMATIONS ET PARTIS LES AUTRES. UN ADAGE DIT : LE POISSON POURRIT PAR LA TÊTE AVANT LE CORPS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 18, le 27 novembre 2013

  • Après hier Michèle Gharios, Dr Carine Chammas aujourd'hui, de belles leçons d'humilité et de conscience citoyenne de la part de la femme libanaise, bravo et merci ! A quand celles des hommes libanais...A quand enfin, une vision nationale et des chefs dignes de ce titre, pour agir avec responsabilité et courage et rétablir la confiance dans un Etat de droit et des institutions loin de tous les bazars et aliénations politiques suicidaires...?

    Salim Dahdah

    11 h 13, le 27 novembre 2013

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