Comment exprimer autrement ce qui m'a envahi à la vue du triste spectacle offert lundi par les étudiants de l'USJ ?
Comment continuer à croire en de lendemains meilleurs quand les acteurs de ces lendemains nous ont livré cette piètre performance ?
Comment convaincre mes enfants d'entamer leurs études universitaires ici, de continuer d'égayer un peu la maison quand le sanctuaire chargé d'en faire des femmes et des hommes de bien, d'honneur, de dialogue et de responsabilité se transforme en une journée en poudrière embrasée par la haine et le refus d'autrui ?
Il est inutile de rechercher le responsable de ce gâchis à plus ou moins grande échelle : nous sommes tous responsables de cette situation. Quatre millions de coupables.
Nous, les mères, nous sommes coupables de ne pas avoir pris du temps avec nos enfants pour leur montrer l'autre. Pour leur parler d'humanité, de valeurs universelles, d'unité de l'être humain. Obsédées par la course à la performance on les a gavés de sciences et on a oublié l'essentiel.
Coupables aussi, les pères qui, consciemment ou non, encouragent le culte du plus fort, des muscles et des biscotos. De la virilité dopée aux hormones et au langage ordurier. Et qui oublient qu'il n'est pas honteux d'arriver à ses fins par la voie du dialogue. Que le cerveau est un outil bien plus puissant que les biceps à condition de savoir s'en servir, et que la virilité, le courage et la force ne sont pas proportionnels a l'abondance du système pileux.
Coupables, les écoles qui, du primaire au lycée, ont abandonné depuis longtemps leur mission éducative et formatrice, se contentant d'insérer presque de force des notions matérielles et physiques en échange de frais de scolarité de plus en plus abusifs. Mais des heures de civisme, de morale, de vivre ensemble, de savoir-vivre tout court, il n'y en a point. Et qu'on ne me sorte pas ce ridicule cours de civisme d'une sécheresse telle qu'il râpe les langues des pauvres enfants obligés de l'apprendre par cœur...
Coupables, les universités, lieux de mélange et d'échanges. Car au bout du compte, et qu'on le veuille ou non, c'est là que nos enfants se mélangent et se rencontrent enfin et réellement. Coupables de penser qu'au-delà de 17 ans, l'éducation est terminée et qu'il n y a plus rien à y faire. Qu'il suffit de transmettre alors les notions qui donneront à ces jeunes un métier mais qui ne donneront pas au pays un peuple.
Coupables, les hommes de religion. Hommes de peu de foi ! Obnubilés par les apparences et le pouvoir, ils ont oublié leurs rôles de pasteurs et de passeurs. Mitres ou turbans, ils ont tous oublié qu'il n'y a qu'un seul Dieu, quel que soit le nom qu'on Lui donne. Et que c'est un Dieu d'amour et de miséricorde. Agrippés à leurs perchoirs, ils haranguent les foules. Leurs discours sont fielleux, méprisants, suffisants, narquois, imbibés de menaces, attisant la haine et la peur.
Coupables, les politiciens. Tous et de tous bords.
Coupable, le 8 Mars. Coupable de trop de diversités. Plusieurs chefs et plusieurs voix. Pas une seule voix de dialogue !
D'un côté on traite les autres de vendus, de corrompus, de voleurs et on fait taire la différence. De l'autre, fort de ses armes, on dénie aux autres le droit même de vivre et penser autrement. On dénie aux autres leurs combats, leurs luttes, leurs martyrs, leurs disparus, leur version de l'histoire aussi vraie que la sienne. Les deux camps ont isolé la voix de la modération, lui ont tapé sur les doigts, du matin au soir, la poussant au repli sur soi d'abord et au recours au fanatisme et a l'intégrisme ensuite, extrémisme dont nous sommes tous les victimes aujourd'hui.
Coupable, le 14 Mars. Coupable de ne pas avoir eu la vue plus longue. De ne pas s'être donné les moyens de ses ambitions. D'avoir dilapidé le capital populaire, pourtant indéniable, dont il disposait. Coupable d'avoir déçu car ce sont les seuls à avoir promis.
Coupables, les indépendants. Coupable d'être timorés. Coupables de ne pas taper le poing sur la table et de renverser une situation moribonde qui menace de tuer tout le monde à petit feu.
Tous coupables de penser individuellement et d'oublier le collectif. Tous coupables d'égoïsme, de nombrilisme, de mégalomanie.
Tous coupables de cécité. Car le bateau coule. À bord il n a y a pas de capitaine, pas de barques de secours, pas de gilets de sauvetage.
Quatre millions de coupables. 4 millions de victimes.
Amen.
Nos lecteurs ont la parole - Dr Carine Chammas
La nausée
OLJ / le 27 novembre 2013 à 00h00


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Oui, bon, d'accord...c'est bien bisounours tout çà. A part que comme dirait l'autre, y en a qui sont quand même un peu plus coupables que le petit copain. C'est tout mignon, tout gentil, mais un peu neuneu quand même, ce renvoi dos à dos.
17 h 04, le 27 novembre 2013