Un diplomate libanais estime qu'il est encore trop tôt pour évaluer avec précision les conséquences de l'accord conclu samedi à Genève entre l'Iran et les grandes puissances sur le nucléaire. Tout ce que l'on peut dire pour l'instant, c'est qu'un accord a été conclu et qu'il faut attendre voir comment il va être appliqué pour être en mesure de juger.
L'attentisme à ce niveau est d'autant plus de mise que l'accord lui-même prévoit une première phase (renouvelable) de six mois destinée à tester les bonnes intentions. De plus, on sait que l'accord ne porte que sur la question du nucléaire et exclut par conséquent l'épineux dossier du rôle de la République islamique d'Iran et ses rapports difficiles avec nombre d'États arabes de la région.
Anticipant sur l'accord du week-end dernier, les responsables de ces États s'étaient efforcés ces dernières semaines de dissuader les États-Unis de lever les sanctions financières pesant sur l'Iran avant la conclusion d'un accord plus large, portant à la fois sur le nucléaire et sur les relations irano-arabes.
Quoi qu'il en soit, une source diplomatique considère que l'accord intervenu samedi entre dans le cadre du grand marché conclu entre les Américains et les Russes à la suite de la menace de frappe occidentale contre le régime syrien pour l'empêcher d'utiliser l'arme chimique, l'été dernier. On sait que Damas a accepté par la suite de se défaire de son stock d'armes chimiques, ce qui a amené Washington à annuler la frappe programmée.
Depuis, il est apparu que l'entente russo-américaine couvrait l'ensemble des contentieux essentiels de la région, allant du nucléaire iranien à la question palestinienne, en passant par Genève 2 et le règlement du conflit syrien.
Pour cette source diplomatique, la période de six mois dans laquelle nous sommes entrés est absolument décisive. D'une part, les ministres des Affaires étrangères des grandes puissances vont mettre à profit cette période pour expliquer les tenants et aboutissants de l'accord à leurs alliés dans la région et essayer de venir à bout de leurs craintes.
D'autre part, en Iran, cette période sera un test pour le nouveau président iranien Hassan Rohani. Ce dernier jouit jusqu'à nouvel ordre du soutien du guide de la République Ali Khamenei. Sera-t-il en mesure, à l'aide de ce soutien, de faire face avec succès à ses opposants, notamment aux Pasdaran qui tentent d'entraver sa politique d'ouverture à l'extérieur ? C'est ce que les prochains mois diront.
Au Liban
Et pour ce qui est des retombées de l'accord sur la scène libanaise, un ancien ministre fait valoir que, partant de toutes les considérations évoquées plus haut, il est encore trop tôt pour parler d'éventuelles embellies. Pour l'instant, note-t-il, chacune des parties prenantes à l'accord cherche à tirer la couverture de son côté. L'Iran affirme avoir obtenu une reconnaissance internationale de son droit à jouir du nucléaire et les grandes puissances assurent que Téhéran ne pourra disposer que du nucléaire pacifique et que l'Iran restera sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Pour le reste, estime-t-il, en l'absence d'une réconciliation irano-saoudienne et d'un nouveau départ dans les relations entre l'Iran et ses voisins du Golfe, la situation au Liban est appelée à rester la même.
Elle pourrait même s'aggraver dans le cas où le président Rohani échouerait à faire cesser l'opposition active des gardiens de la révolution, dont le Hezbollah libanais est considéré comme une extension.
Or, ajoute-t-il, il n'y a pas pour le moment des signes annonciateurs d'un éventuel rapprochement entre Téhéran et Riyad. D'une part, la position saoudienne revêt un caractère plus religieux et confessionnel que politique et technique. Et d'autre part, la persistance de l'Iran et du Hezbollah dans leur politique de soutien actif au régime syrien ne facilite pas les choses. L'Arabie saoudite considère, en effet, que ce sont précisément l'Iran et le Hezb qui sont à blâmer pour l'apparition et le développement des groupes sunnites extrémistes dans le cadre du conflit syrien.
Un responsable sécuritaire libanais va dans le même sens en soulignant que le double attentat-suicide de la semaine dernière contre l'ambassade d'Iran, à Bir Hassan, est directement tributaire de l'approche religieuse et sectaire que l'Iran et le Hezbollah mettent en œuvre dans leur participation à la crise syrienne.
Toujours est-il qu'à la suite de l'accord conclu samedi, la visite qu'effectue à Téhéran le président de la Chambre, Nabih Berry, depuis dimanche, à l'invitation de son homologue iranien, Ali Larijani, a pris une tournure nouvelle. Avant de s'envoler pour la capitale iranienne, M. Berry s'est entretenu avec des responsables du 14 Mars, dont certains se trouvaient dernièrement en Arabie saoudite. Le chef du législatif va donc clairement profiter de son séjour pour sonder les dirigeants iraniens sur leurs intentions.
En tout état de cause, un ministre du gouvernement sortant pense que le Liban va continuer à faire antichambre et que rien n'est appelé à y changer au moins jusqu'à la fin de l'année en cours. L'intérêt de la communauté internationale va désormais se porter sur Genève 2, après l'annonce de la date à laquelle devra se tenir la conférence, le 22 janvier prochain. En cas de début de règlement de la crise syrienne, des embellies seraient alors envisageables sur la scène libanaise.


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ACCORD ! QUEL ACCORD ? ÇA UN ACCORD ?
00 h 16, le 27 novembre 2013