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Culture - En Librairie

Quand la poésie sucre et sale une traversée humaine...

Un recueil de poèmes, serti dans une langue française ciselée. Poèmes sanglés dans leurs rimes et leurs métriques, témoins éloquents d'une traversée humaine. Regard sur « Sucre et Sel » de Jean Kyrillos (éditions Teya, 369 pages). Un joyeux et mordant auteur nonagénaire qui n'a pas fini de croquer la vie à belles dents...

Un croquis qui taquine le verbe coquin de Kyrillos.

Lire une vie, tel un roman captivant, à travers versets et strophes aux vers serrés comme mailles, n'est plus de ce siècle voué à la célérité et aux changements brutaux. Qu'à cela ne tienne, les poètes ont tous les pouvoirs et il est tentant de considérer leur proposition de voyage à travers le Parnasse comme un très réjouissant moment où lyrisme et jeu de mots ont toutes les vertus. Même celles de faire rêver ou réfléchir...
À ce propos, Jean Kyrillos, qui sait pimenter son verbe et user avec brio de l'aigre-doux (titre initial proposé par Jamil Jabre) des vocables, brosse un tableau pertinent, à la fois touchant et drôle, de ce qu'un être attend d'une vie... Mais le sait-on vraiment?
Pas «prolifique», cette production de plus de 160 poèmes, et de bon aloi comme s'interroge encore ce poète de dimanche doué? Alors cet avocat et professeur de droit social avait des ambitions de fertilités hugoliennes ou lamartiniennes...
Facéties, forfanteries ou coquetteries, probablement comme ces coquins aveux de jouisseur impénitent, aussi bien avec un juteux contrat de travail qu'avec un verre d'alcool ou avec ces dames, essence et dépassement de toute vie d'homme...
Et à son âge de grand-père aux cheveux blancs, cela prête le flanc à la critique mais aussi au sourire. Que la vie soit donc à la hauteur de la vitalité et de l'inépuisable appétit à tout consommer, encore et encore, de ce fringant jeune homme aux printemps qui touchent presque un siècle....
Pour ce gros pavé joliment et luxueusement édité, un avant-propos autobiographique qui se passe de tout commentaire. Jugez-en par ces quelques extraits:
«En fait, je crois avoir compris très tôt que la vie humaine n'est qu'une farce tragique, mais qu'il serait sot de ne pas la prendre quand même très au sérieux puisqu'on n'en aura pas d'autre.»
En tout cas, le lecteur averti ne manquera pas de remarquer au moins la facture classique de ces poèmes et le soin apporté à leur forme. En ce siècle friand de facilité où la poésie se caractérise le plus souvent par la triple absence de rimes, de rythmes et de sens, il notera l'alternance quasi constante des rimes masculines et féminines ainsi que le souci de leur relative richesse. Le style, toujours transparent, est bien loin de cette obscurité qui semble devenir l'apanage de tout poème moderne.
Et voilà pour ce recueil faisant feu de tout bois où les intermittences du cœur, un paysage touchant, les émois de l'adolescence, les grands et petits sentiments et les satires politiques se croisent en toute liberté. Non sans une certaine fantaisie et un certain humour.
Plus qu'un legs testamentaire, un témoignage ou un livret pour la famille, les amis ou tout simplement tout lecteur, Sucre et Sel est un recueil de poèmes qui fait, avec talent et une bonne dose de culture, le bilan d'une vie.
Les derniers mots, sans conteste, sont au poète:
«Loin de la candeur des gens satisfaits,
En jetant un œil sur ma trajectoire,
J'en ris de la voir autant dérisoire...
Au temps du bilan, tout semble imparfait.
Mais les jeux sont faits et plus rien n'y fait...»

Lire une vie, tel un roman captivant, à travers versets et strophes aux vers serrés comme mailles, n'est plus de ce siècle voué à la célérité et aux changements brutaux. Qu'à cela ne tienne, les poètes ont tous les pouvoirs et il est tentant de considérer leur proposition de voyage à travers le Parnasse comme un très réjouissant moment où lyrisme et jeu de mots ont toutes les vertus. Même celles de faire rêver ou réfléchir...À ce propos, Jean Kyrillos, qui sait pimenter son verbe et user avec brio de l'aigre-doux (titre initial proposé par Jamil Jabre) des vocables, brosse un tableau pertinent, à la fois touchant et drôle, de ce qu'un être attend d'une vie... Mais le sait-on vraiment?Pas «prolifique», cette production de plus de 160 poèmes, et de bon aloi comme s'interroge encore ce poète de dimanche doué?...
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