On ne trouvera pas deux personnes ayant la même perception des choses, au Liban.
L'un trouve mauvais ce que l'autre trouve bon, et inversement.
L'un se moque de l'autre et de son idéologie lorsque l'autre n'en pense pas moins. Et les deux ricanent ouvertement ou en secret en croyant détenir la vérité, ignorant qu'il n'existe pas une vérité, mais des vérités dépendantes du vécu de chacun, de son bagage culturel et des traces que la vie a laissées derrière elle, a forgées au plus profond de lui.
L'un considère que l'autre est moins libanais que lui et vice versa.
Rares sont celles et ceux qui acceptent la différence, et s'ils sont là, ils sont surtout las de ramer à
contre-courant.
Combien de temps une main tendue résiste-t-elle aux adversités ? Pourquoi pensons-nous que la saisir nous avilit au lieu de nous dire, bien au contraire, qu'elle pourrait nous grandir ? Pourquoi dans nos relations, à commencer par celles de la vie de tous les jours, presque tout le monde pense qu'il est réducteur d'être diplomate, ouvert et d'accepter l'autre ?
Faire la guerre, c'est bien plus facile que faire la paix. La paix se cultive avec infiniment plus de peine, de soins, et ses fleurs sont rares et difficiles à faire grandir.
Semer le désordre est d'une aisance désarmante. Détruire est plus rapide que construire, comme monter, s'élever, nécessite plus d'efforts que descendre.
Chacun est convaincu que l'autre a tort, et ce mot qui l'emprisonne fait de lui dans ce cas précis un « non-intelligent-vaincu » d'office, parce que l'entêtement n'est pas signe d'intelligence, et demeurer captif d'une prise de position par principe prône le suivisme, voire le panurgisme, tellement exécré mais inconsciemment adopté par beaucoup si l'on s'attarde sur leurs agissements.
L'autre arrive avec son passé. S'il n'est pas ce que tu es, c'est parce qu'il n'a pas vécu ta vie mais la sienne qui a construit sa perception des choses.
Je ne sais plus si le « Vous avez votre Liban, et j'ai le mien » de Gibran ne serait pas en train de nous éloigner d'une possibilité de construire un Liban au lieu de le rêver, puisque l'unique choix qui nous reste serait de prendre conscience que le pays est à la dérive à cause de nos divisions.
Vivre ensemble en établissant un plan d'urgence remplumera notre unique bouée de sauvetage, basée sur le partenariat.
Comment définir la société libanaise ? Elle est tout sauf une entité, elle n'est certainement pas un corps homogène. Et nous avons intérêt à cultiver cette diversité et faire en sorte à ce qu'elle nous enrichisse au lieu d'y opposer une résistance et d'essayer de tirer la corde d'un côté ou d'un autre. Ce jeu mène inévitablement à la chute d'un côté qui ne gardera de cette expérience que rancœur et amertume.
Nous devons comprendre que nos fossés ne font que nous affaiblir, piège tendu (par qui ? Là aussi les avis divergeront, et on n'en finira pas !) qui nous divise pour mieux nous dominer. Pas de gagnants possibles à l'horizon. Que des perdants.
S'il faut espérer un changement quelconque, chacun devrait travailler sur lui-même et tendre la main à cet autre, aussi détestable soit-il.
Cet autre, ce miroir inversé de soi.
Peut-être.
Mais qui porte notre identité et que nous avons le devoir d'aimer.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Tres bel article! Vous avez une grande profondeur dans la pensee....Bravo!
21 h 30, le 26 novembre 2013