Une dizaine de patriarches et archevêques orientaux vont rencontrer le pape François demain afin de réfléchir aux moyens de maintenir leurs fidèles, menacés par l’islamisme et les conflits, sur leurs terres d’origine, notamment dans les foyers les plus chauds : la Syrie, l’Irak, le Liban et l’Égypte.
Présentes avant l’islam, les communautés chrétiennes – catholiques de rite oriental rattachées à Rome et orthodoxes – se trouvent dans des situations religieuses, sécuritaires, sociales, économiques, très difficiles. Les chrétiens d’Orient sont aujourd’hui estimés entre 10 et 13 millions. Ils représentent 36 % des Libanais, 10 % des Égyptiens, 5,5 % des Jordaniens, 5 % des Syriens, 1 à 2 % des Irakiens, 2 % des Israéliens, 1,2 % des Palestiniens, selon les statistiques de l’Œuvre d’Orient.
Après son élection, plusieurs patriarches ont souhaité que le pape François vienne dans la région et la journée de prière pour la paix en Syrie, début septembre, a été très suivie par ces Églises qui ne veulent aucune intervention étrangère. À la réunion annuelle du Conseil pontifical pour les Églises orientales, qui a débuté hier, et la rencontre demain avec le pape, toutes les grandes figures des Églises catholiques orientales ont été invitées : de Béchara Boutros Raï, patriarche maronite, au Syrien Antoine Audo, évêque chaldéen d’Alep, du patriarche grec-melkite Grégoire III Lahham au patriarche irakien des chaldéens Louis-Raphaël I Sako.
Garants de la diversité culturelle
Alors que les chancelleries occidentales répètent que les chrétiens garantissent la diversité culturelle de la région, leurs Églises leur demandent de ne pas vendre leurs terres. Mais certains chrétiens d’Orient ressentent une pression délibérée pour émigrer, sous l’influence des groupes islamistes désireux d’introduire la charia, et certains pays musulmans qui les soutiennent. Le patriarche irakien Sako a ainsi dénoncé sur Radio Vatican la délivrance de visas aux chrétiens d’Irak. « Il y a toute une stratégie pour aider les chrétiens à quitter l’Irak », même dans les zones du nord où ils ne sont pas menacés, a fait valoir Mgr Sako qui entend aborder ce thème avec le pape. Selon lui, « le Moyen-Orient va se vider des chrétiens » alors que « leur présence, leur qualification, leur ouverture sont vitales ».
Les flux migratoires se font principalement vers l’Europe, les Amériques, l’Australie, mais aussi à l’intérieur de la région. Ainsi, des dizaines de milliers de chrétiens syriens ont émigré vers le Liban, la Jordanie, la Turquie et même le nord de l’Irak. Le flux migratoire syrien tend à l’extrême la situation de l’emploi et l’équilibre entre communautés dans des pays fragiles comme le Liban et la Jordanie.
Selon le directeur général de l’Œuvre d’Orient, Mgr Pascal Gollnisch, les patriarches apportent aussi à Rome leur « expérience de l’œcuménisme, car presque toutes les Églises catholiques orientales ont des sœurs orthodoxes ». « Le mode propre de gouvernance des Églises orientales – mode synodal – peut aussi enrichir la réflexion de l’Église latine sur sa propre gouvernance », a-t-il encore relevé.
La rencontre, a-t-il dit, devrait « préparer une éventuelle visite du Saint-Père en Terre sainte et faire le point sur les négociations diplomatiques avec le gouvernement israélien ».
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