C’est par ces lignes que le 14 novembre 1913, Paul Huvelin, professeur de droit romain à l’Université de Lyon, inaugurait l’École de droit de Beyrouth, qui allait devenir la faculté de droit et des sciences politiques de l’Université Saint-Joseph.
Cent ans plus tard, jour pour jour, c’est-à-dire jeudi dernier, 13 novembre 2013, le recteur de l’USJ, Salim Daccache s.j. inaugurait un colloque international « De la pérennité et de la temporalité du droit », marquant la clôture de l’année du centenaire d’une école que son principal promoteur, Paul Huvelin, inscrivait dans la continuité de l’École de droit de Béryte.
« Vous pardonnerez à un professeur de droit romain son innocente faiblesse, affirmait encore Paul Huvelin dans sa leçon inaugurale. il n’a pu voir s’estomper à l’horizon l’ombre de Papinien sans la saluer au passage, Et il s’est senti très fier – et un peu ému aussi, pour tout dire –,
de proclamer que l’École dont il vient d’annoncer l’ouverture (ou la réouverture) est une fille d’illustre lignée, et que sa noblesse lui impose le devoir de ne pas déroger. »
« Si la vocation de la France l’entraîne à exercer un peu partout son apostolat juridique, avait repris le célèbre romaniste, il existe des raisons particulièrement pressantes pour fixer son action vers l’Orient. (...) Grâce à l’élan généreux et dévoué de nombreux éducateurs français, notre belle langue s’est répandue depuis les rives du Danube jusqu’aux rives du Nil et à celles de l’Euphrate ; notre civilisation, sous toutes ses formes, a gagné de nombreux amis. Ne faut-il pas couronner cet effort en le complétant ? (...) Ne faut-il pas donner aux institutions françaises d’enseignement primaire et secondaire leur débouché normal dans des enseignements supérieur ? »
Nous sommes à la source de l’intuition à laquelle nous devons l’École de droit de Beyrouth. Le colloque a
réuni une vingtaine de conférenciers venus du Liban, mais aussi de France, du Koweït, de Mauritanie, d’Égypte, d’Allemagne, de Grèce, de Belgique et de Catalogne, durant trois jours d’exposés, de débats et d’échanges.
Rapport de synthèse
C’est à Jean-Louis Sourioux, professeur honoraire de la faculté de droit, doyen honoraire de la faculté de droit de l’Université d’Orléans, professeur émérite de l’Université Panthéon-Assas, qu’est revenu le redoutable honneur de rédiger le rapport de synthèse du colloque.
« Le centenaire d’une faculté de droit est toujours un événement très important non seulement pour les universitaires ou pour les juristes, mais également pour la société tout entière, puisque cette faculté constitue le point où se croisent les courants intellectuels qui fécondent l’âme sociale, tracent le chemin à suivre et font rajeunir une institution arrivée à sa maturité, puisqu’elle a déjà cent ans, en lui renouvelant l’enthousiasme de sa première jeunesse et en élargissant les horizons. Je suis vraiment très trouché d’avoir été invité à participer à cette fête, à ce banquet intellectuel », avait affirmé le premier jour Spyridon Vrellis, professeur émérite de l’Université d’Athènes.
Dans son rapport de synthèse, le Pr Sourioux devait, comme lui, aller à l’essentiel et parler du droit dans son rapport au temps : le temps dans sa continuité d’abord, dans sa divisibilité ensuite. Le droit, a-t-il affirmé en substance, n’imprègne les sociétés et le temps que progressivement, et si le droit positif s’engage dans le temps fragmenté, il reste adossé à des principes de justice et d’équité qui relèvent de la plus ou moins haute idée que chaque société se fait de l’homme. Les actes du colloque seront publiés par le Cedroma, ce qui permettra à ceux – hélas nombreux – qui ne se sont pas assis à la table du banquet de s’en faire une idée précise.


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