Au lendemain de l’assassinat de cheikh Saadeddine Ghiyé, à Kobbé, la dépouille mortelle de la victime a été transportée à son village natal de Tekrit, où elle a été inhumée. L’assassinat de cet uléma prosyrien et proche du Hezbollah, abattu par des motards cagoulés, a suscité de vives réactions au sein du 8 et du 14 Mars, alors que des informations véhiculées par les médias faisaient état de la présence d’indices qui prouvent l’implication d’un groupe
takfiriste dans l’attentat.
Le président du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, a condamné l’attentat, déclarant que « les autorités judiciaires sont appelées à ouvrir une enquête pour découvrir les motifs de ce crime odieux et à en arrêter les auteurs ». Les Forces libanaises ont, de leur côté, estimé que « l’assassinat de Ghiyé constitue un crime condamnable et ne devrait pas passer sous silence tout comme les autres assassinats perpétrés contre les Libanais et qui menacent la stabilité du pays ». « Les instances judiciaires et sécuritaires sont appelées à accélérer leur travail, à arrêter les criminels et à les sanctionner », ont-ils affirmé.
L’ambassade d’Iran a elle aussi condamné le crime, saluant cheikh Saadeddine Ghiyé, « lequel a consacré par sa vie et son martyre le modèle de l’islamiste résistant et la victoire des causes justes, notamment la résistance contre l’entité sioniste ». Le communiqué de l’ambassade a dénoncé le meurtre « qui sert les convoitises des ennemis de la nation et du Liban, à savoir le projet sioniste ».
Pour sa part, le ministre Fayçal Karamé n’a pas accepté de situer l’incident dans le cadre du refus de la liberté d’expression à Tripoli. « Le chaos sécuritaire prévaut dans le pays et nous demandons aux forces de l’ordre de prendre les choses en main. Mais il n’est pas vrai que l’on n’accepte pas l’opinion des autres à Tripoli », a-t-il clamé, refusant aussi de juger que le meurtre est le résultat de discours provocateurs. « Il ne faut pas oublier que certains de ces discours ont été prononcés par des proches des victimes qui ont péri dans les deux attentats des mosquées al-Salam et al-Taqwa », a-t-il noté, tandis que le secrétaire général du Mouvement Tawhid islamique, cheikh Bilal Chaaban, estimait que le meurtre était le fruit d’une provocation systématique de la part du cheikh.
Le bureau de presse du Parti socialiste progressiste a publié de son côté un communiqué dans lequel il a condamné l’assassinat de cheikh Ghiyé. Le parti s’est dit étonné du timing du meurtre, « à l’heure où les tensions régressent progressivement dans la capitale du Nord, suite à la découverte des circonstances du double attentat à la voiture piégée, perpétré en août dans la ville ». Le PSP a réitéré son refus de l’assassinat politique, quelles que soient les divergences entre les parties, appelant les autorités compétentes à assumer leurs responsabilités à ce sujet, et les forces politiques à ne couvrir aucun coupable.
L’uléma Ali Fadlallah et le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, ont quant à eux mis en garde contre une escalade sur le plan de la sécurité. « L’État se doit de régler le dossier sécuritaire de Tripoli, car les événements ont pris un tournant dangereux qui menace la stabilité du Liban », a souligné Ali Fadlallah, alors que le mufti Kabbani jugeait que le pire serait à venir si l’insécurité continuait de prévaloir sur la scène locale.
Le ministre sortant de l’Intérieur, Marwan Charbel, a enfin mis l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre le plan de sécurité élaboré pour la ville de Tripoli, « le plus vite possible afin de préserver la sécurité de la ville et contrôler la situation ». Le ministre Charbel, qui a dénoncé l’assassinat du leader du Front du travail islamique, a contesté le recours aux assassinats pour régler les différends politiques, indiquant que les forces de sécurité œuvraient pour arrêter les criminels et élucider les circonstances de l’incident.

