Les inconvénients d’une inflation trop basse étaient encore largement ignorés jusqu’à une période récente. Ils ne sont devenus apparents qu’à partir du moment où les banques centrales ont mis leur taux directeur à zéro ou peu s’en faut. Dans cette situation, si l’inflation ralentit, les taux réels (définis comme les taux nominaux moins l’inflation) se mettent à monter, ce qui est précisément ce qu’on veut éviter, car cela met en péril l’investissement et le crédit. L’inflation trop basse pose un premier problème qui touche à l’efficacité de la politique monétaire.
Par ailleurs, quand l’inflation, déjà faible, continue de se réduire, on approche d’une situation de déflation, c’est-à-dire de baisse générale des prix. La déflation donne aux ménages un signal extrêmement fort : épargnez ! Mais si tout le monde, en même temps, veut épargner ou se désendetter, la demande globale s’atrophie, les prix baissent davantage, la valeur réelle des dettes augmente, etc. C’est le deuxième problème : l’inflation très basse (inférieure à 1 %) peut conduire à la déflation (« inflation négative »). Ce risque est particulièrement aigu dans certains pays de la périphérie européenne car, pour restaurer leur compétitivité, ils doivent avoir une inflation plus faible que la moyenne ou que le centre. Or si l’inflation moyenne/centrale est elle-même très basse, seule la baisse absolue des prix et des salaires peut permettre de parvenir à leurs fins, avec les conséquences négatives qu’on vient de rappeler. Dans son dernier World Economic Outlook, le FMI juge la vulnérabilité à la déflation moyenne en Irlande, élevée en Espagne, très élevée en Grèce. Notons que près de 20 % des postes du CPI européen sont aujourd’hui en « inflation négative ».


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