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Nos lecteurs ont la parole

Dites-le leur !

Louis INGEA
Depuis que j’étais enfant, je n’ai pas cessé de regarder vers les étoiles. Je ne me rendais pas compte, évidemment, que j’obéissais là à une pulsion réservée à certains.
Pour moi, les étoiles, c’était le rêve, c ’était la vie avec les possibilités d’évasion qu’elle nous donne. Et j’ai traversé le temps si prompt à avaler son propre avenir qu’arrivé à l’âge canonique où je me retrouve aujourd’hui, il ne me reste que l’impression d’avoir vécu dans un présent continu. Ni passé ni avenir, pour les êtres qui vibrent avec l’instant qui est, l’instant qui passe.
On m’a souvent accusé d’être « dans la lune » alors que je me sentais bien sur terre, mais les yeux fixés vers ce qui rutilait au-dessus de moi : les étoiles, l’azur, la lumière, accompagnés de pensées qui se bousculaient dans ma tête avec la fraîcheur d’une brise venue de l’au-delà.
J’ai respiré à l’aise grâce à ces bouffées d’oxygène mental et je me suis senti redevable aux étoiles pour avoir été, sinon le catalyseur, du moins le point de départ de toutes ces bienfaisantes illusions.
Le monde, m’a-t-on dit, n’a avancé qu’à coups de passion, par vagues successives. Je ne savais pas que je participais aussi inconsciemment à ce céleste ressac qui berçait mes visions autant qu’il les nourrissait.
Dans le caniveau terrestre où le caprice de l’existence nous aura plongés, j’ai dû accuser réception comme tout le monde du fatras des connaissances humaines : traditions et coutumes, interdits et tabous, devoirs et obligations, études, profession et préceptes religieux... J’ai subi les contretemps des échecs et des réussites. J’ai connu le bonheur et les ennuis. Fait face aux ruses et à l’adversité. Souffert, aimé, ri et pleuré selon les saisons et les situations. Ce qui a l’air de m’avoir relativement préservé, c’est, sans doute, ma constance à regarder plus loin, à espérer encore, à adorer toujours.
Je réalise à présent combien la vanité des uns et des autres, leur crispation sur des sujets, essentiels à leurs yeux mais tellement futiles au regard de leur destinée, constituent des freins à la montée en puissance de l’esprit censé les animer.
On me dira que telles sont les conditions de l’imperfection de la matière. Et qu’il faut faire avec. C’est vrai ! Et c’est ce que j’ai fait selon mes possibilités. Sauf que, afin que tienne l’ensemble de cette invraisemblable existence, il faille nécessairement, tout en pataugeant dans la boue, garder le cap de son regard vers les étoiles.
Est-ce vraiment cet axiome-là auquel se plient tous ceux qui prétendent diriger nos activités ? Qu’ils soient d’Orient ou d’Occident, du Nord ou du Sud, rares, très rares restent ceux qui ont pu voir juste et nous aider à mieux discerner.
Or ceux-là existent fort heureusement ! C’est grâce à eux que le monde progresse, ils sont la résultante de ce désir de tendre toujours vers le haut, et qui habite, qu’on le veuille ou pas, le fond de nos consciences. Le tout étant de le reconnaître et de vouloir l’incarner.
En ces temps où nous perdons la notion des certitudes, où nous ne voulons plus croire ni à Dieu ni à diable, ni à l’amour ni à l’espérance, ni à la justice ni à la vérité, où seules ont l’air de compter les oscillations de l’économie mondiale et du pouvoir politique ainsi que celles des passions qui les soutiennent, qui donc, autre que les rêveurs et les idéalistes, pourrait encore nous montrer le chemin d’une rédemption humaine susceptible de nous remettre sur pied ?
Si nous désirons vivre véritablement, il nous faut sonner le glas de nos inutiles comportements et ameuter de toutes nos forces les bonnes volontés endormies. Que diable ! À quoi nous sert par conséquent cette intelligence qui frétille dans nos cerveaux ? Avant de chercher à croire en la puissance de l’argent et de la domination qu’il suggère, croyons plutôt – et pas nécessairement aux idées libérales, aux tendances socialisantes, à l’ivresse du pouvoir, aux enseignements dogmatiques, aux sectes, aux églises, à la justice frelatée et aux vérités tronquées – en la valeur absolue et inattaquable de cette vibration unique en son genre qui nous fait lever le nez vers le ciel : l’Esprit.
Pour nous réconcilier avec nous-mêmes avant de nous réconcilier avec nos semblables, pour nous redonner le sens de l’honneur, de la dignité et du véritable orgueil de nous sentir « parcelle de Dieu », secouons-nous sans complexe malgré les émanations de notre environnement. L’air pur circule toujours par-dessus les caniveaux. Il ne dépend que de nous de l’aspirer. Alors il faut le dire tout haut à l’adresse de nos dirigeants. Si responsables ils sont, il leur incombe de le reconnaître.
Dites-le leur ! Dites-leur de regarder les étoiles, un soir de pleine lune dans le ciel magnifique de notre chère patrie.

Louis INGEA
Depuis que j’étais enfant, je n’ai pas cessé de regarder vers les étoiles. Je ne me rendais pas compte, évidemment, que j’obéissais là à une pulsion réservée à certains.Pour moi, les étoiles, c’était le rêve, c ’était la vie avec les possibilités d’évasion qu’elle nous donne. Et j’ai traversé le temps si prompt à avaler son propre avenir qu’arrivé à l’âge canonique où je me retrouve aujourd’hui, il ne me reste que l’impression d’avoir vécu dans un présent continu. Ni passé ni avenir, pour les êtres qui vibrent avec l’instant qui est, l’instant qui passe.On m’a souvent accusé d’être « dans la lune » alors que je me sentais bien sur terre, mais les yeux fixés vers ce qui rutilait au-dessus de moi : les étoiles, l’azur, la lumière, accompagnés de pensées qui se...
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