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« Le quatrième mur », prix du Choix de l’Orient 2013

Salon du livre Un prix décerné par un jury d'étudiants de la région.
04/11/2013

Ils sont venus, ils sont tous là... sauf le représentant de la Palestine pour ce prix du Choix de l’Orient 2013. De plus, la vidéoconférence prévue pour pallier cette absence a fait défaut en raison de la coupure d’électricité à Gaza. On se croirait au Liban ! En fait, le réel libanais, guerres, explosions et conflits confessionnels inclus, semble tourner à l’obsession presque mondiale puisqu’il s’affiche en tête des sujets abordés par la littérature francophone, aux dires du représentant de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel.


Aux côtés des 17 étudiants représentant des jurys estudiantins qui ont pris part à la sélection du livre lauréat du Choix de l’Orient 2013, Philippe Claudel et Mathias Énard, parrain de cette édition et lauréat 2012, ainsi que Charif Majdalani. La guerre, guerre des idées, des opinions, la guerre du Liban s’impose en fond d’écran de l’ouvrage de Sorj Chalandon Le quatrième mur, primé lauréat du Choix de l’Orient 2013.


« Ce choix a été fait pour couronner une œuvre dont l’originalité est de faire jouer à des personnages romanesques une pièce de théâtre afin d’exprimer les réalités de la guerre et de chercher à les dépasser, une œuvre qui traite de la guerre tout en éveillant les désirs de paix... » Ainsi s’exprime le communiqué du jury universitaire.


Sorj Chalandon l’avait déjà clairement affirmé : « Sorj c’est Georges », personnage principal du livre. En effet, Chalandon, jadis reporter de guerre au Liban, a puisé sa victoire littéraire dans les pages gauches de son carnet de journaliste, pages sur lesquelles il se permettait de pleurer les malheurs libanais, alors que sur celles de droite il notait les larmes des autres.


Dolly el-Beayni (Université islamique du Liban) apprécie surtout « la réunion des frères ennemis » qui pourrait éventuellement servir de modèle aux communautés libanaises incapables de surmonter leurs divisions. L’extrémiste chrétien tué dans le roman de Chalandon fait écho à l’extrémiste musulman mort dans le livre de Mathias Énard... « Pourquoi ne pas rêver à la paix ? Nous en avons le droit ! » renchérit Nisrine Khoury (Université libanaise – Section 2, Liban).

 

 

Le jury des jeunes entourant l’ambassadeur de France, M. Patrice Paoli, et Charif Majdalani. Photo Michel Sayegh

 


« La guerre... pas très original »
Pourtant le choix du livre de Chalandon ne fut pas unanime. Onze voix contre sept ont fait palpiter de joie le cœur de Chalandon, comme il l’affirme dans sa réponse au message lui annonçant sa victoire. Mais ce sont ces sept voix qui ont critiqué « le cliché confessionnel » et clamé haut et fort leur rejet de la guerre en tant que réalité imposée au quotidien des peuples arabes, mais surtout en tant que thème ressassé à l’infini dans les écrits littéraires. Les romans sont censés affranchir les lecteurs des minables conditions qui envahissent leurs vies. « On a toujours vécu la guerre. Ce n’est pas très original », souligne Hiba Sous (Université an-Najah, Palestine). Et ce déjà-vu-et-vécu s’avère aussi « trop réducteur » au goût de Bassima Makki (Université libanaise – Section 5, Liban), qui souhaite une projection vers le futur, vers le meilleur. « On a compris nos problèmes. Réfléchissons à nos ressemblances ! » s’exclame-t-elle. Et cela non seulement à l’échelle du Liban mais de tous les pays arabes, puisque même si le livre de Chalandon met en scène le conflit libanais, « les thèmes de la guerre et de la paix concernent le monde entier », insiste Rim Abo Warda (Université
d’Alexandrie, Égypte). Et Philippe Claudel de renchérir : « Pourquoi autant de romans francophones qui parlent de la guerre ? On a l’impression qu’il y a une mémoire maladive qui nous fait fouiller ce thème morbide. »


Plus encore, cette répétition incessante d’images de corps et de destructions génère désormais une anesthésie des sentiments que Samar Najjar (Université libanaise – Section 3, Liban) dénigre : « Chalandon a pleuré la terre libanaise qui saigne alors que nous, nous nous sommes familiarisés avec la violence. Plus encore, à ce malentendu confessionnel qui nous pousse à nous entre-tuer s’ajoute une dimension économique à la guerre. Beaucoup en profitent. Nous devons dire “non”, “assez !”. »
Et Énard de conclure ces échanges intellectuels : « La littérature est à la fois ce qu’on ne veut pas voir et ce dont on veut sortir. La littérature doit savoir concilier ces deux tendances complémentaires. Et c’est bien d’entendre ces deux voix dans vos débats. »
Note finale au programme : la remise de la version arabe de Rue des Voleurs délivrée à Mathias Énard par le directeur du bureau du livre de l’Institut français du Liban, Thierry Quinqueton. La traduction en arabe est un destin également réservé à Le quatrième mur, mais surtout passage obligé pour la chute des murs... culturels.


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