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Nos lecteurs ont la parole

Douceurs d’automne

Par Dr Carine CHAMMAS
Il y a des jours comme ça où l’actualité nous offre des oranges amères... La première bouchée riche de son jus nous fouette de plaisir. La seconde nous pique de son acidité et nous monte les larmes aux yeux. La dernière enfin nous enroule la langue et nous laisse penauds et confits.
La mort, il y a quelques jours, de Jameh Jameh m’a apporté un bon moment de sérénité (pardon mon Dieu, confession et contrition...). Ma première réaction de bien-être, découlant de la certitude qu’une justice divine existe, a fait place à une série d’interrogations. Pour nous les hommes, pour notre travail de mémoire, n’eut-il pas mieux fallu attendre et espérer la justice des hommes ? Un procès, des questions, des réponses, des explications. Encore un pan de notre douloureux passé qui se plie sans bruit et sans effet. Excepté pour les centaines de personnes tuées, torturées ou même terrorisées par lui, ce triste personnage vient de passer dans les oubliettes de l’histoire.
La libération des détenus d’Aazaz a été pour tous les Libanais sans exception un moment de grand bonheur. Dans l’inconscient de tout Libanais, toute geôle syrienne est synonyme d’aller sans retour. Quel que soit le geôlier. Au bonheur de les voir au bercail s’est ajouté le soulagement lié à l’éloignement du spectre de cataclysmes que leur disparition accidentelle ou volontaire aurait fait tomber sur nos têtes innocentes. Pourtant, dans beaucoup de foyers, ce retour a amèrement fait ressortir l’absence de centaines de personnes. Ces personnes n’existent plus que dans le cœur de leurs mères. Mères dont la vie n’est plus que ténue. Pour le régime assassin de nos frères, ils n’ont jamais existé. Pas plus que les armes chimiques d’ailleurs. Et le temps qui passe finira bien par leur donner raison. Pour nos dirigeants, ils sont ces taches sur leurs parcours, taches qu’on s’évertue de nier pour garder les biographies glorieuses, taches qu’on balaie de la main pour mieux dormir la nuit.
Mais s’il y a des oranges amères, il y a aussi du chocolat noir. Onctueux, doux au palais et au moral. Le chocolat de ma semaine a été Malala. À seize ans, cette enfant dame le pion aux politiciens de la terre entière. Avec la sincérité et l’inconscience de l’enfance, et le courage de ceux qui ont vu et défié la mort elle a dit l’unique vérité : la liberté n’a pas de prix.
Il y a des jours comme ça où l’actualité nous offre des oranges amères... La première bouchée riche de son jus nous fouette de plaisir. La seconde nous pique de son acidité et nous monte les larmes aux yeux. La dernière enfin nous enroule la langue et nous laisse penauds et confits. La mort, il y a quelques jours, de Jameh Jameh m’a apporté un bon moment de sérénité (pardon mon Dieu, confession et contrition...). Ma première réaction de bien-être, découlant de la certitude qu’une justice divine existe, a fait place à une série d’interrogations. Pour nous les hommes, pour notre travail de mémoire, n’eut-il pas mieux fallu attendre et espérer la justice des hommes ? Un procès, des questions, des réponses, des explications. Encore un pan de notre douloureux passé qui se plie sans bruit et sans effet....
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