Si la lettre d’excuses de Gide à Proust datée du 11 janvier 1914 est fameuse, ce brouillon autographié signé de cinq feuillets est un document exceptionnel, en partie inédit, assure Sotheby’s. Écrit à l’encre noire, sur papier à en-tête de l’Hôtel de Flandres, à Bruges, il comprend de nombreux passages raturés.
Longtemps, ce brouillon a été la propriété du cardiologue lyonnais Roger Froment, disparu en 1984, ami de Roger Martin du Gard qui l’avait fait relier dans une plaquette intitulée «Marcel Proust et André Gide». L’ensemble est estimé entre 100000 et 150000 euros. La lettre originale est conservée à la Urbana University of Illinois, aux États-Unis.
On y lit notamment: «Mon cher Proust. Depuis quelques jours je ne quitte plus votre livre; je m’en sursature avec délices, je m’y vautre (...). Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la NRF et (car j’ai cette honte d’en être beaucoup responsable) l’un des regrets, des remords les plus cuisants de ma vie (...). Pour moi, vous étiez resté celui qui fréquente chez Mme X et Z celui qui écrit dans Le Figaro»...
Gide confesse aussi être distraitement tombé sur des passages, comme celui «de la tasse de camomille», qui l’ont empêché d’aller plus loin.
En 1913, quand Proust soumet le premier tome de À la recherche du temps perdu à la NRF, futures éditions Gallimard, André Gide, l’un des piliers de la maison, rejette le manuscrit. «Trop de duchesses et de comtesses, ce n’est pas pour nous...», estime-t-il, jugeant trop snob le jeune Proust, croisé dans des salons.
La reconquête de l’écrivain sera l’une des priorités de Gide. Après son refus du manuscrit, Du côté de chez Swann est publié le 13 novembre 1913 à compte d’auteur chez Grasset. Gaston Gallimard parviendra finalement au printemps 1916 à persuader l’écrivain de lui confier ses prochains livres.
Sous la pression de Proust, Bernard Grasset renonce à poursuivre la publication de La Recherche. À l’ombre des jeunes filles en fleurs, revenu dans le giron de Gallimard, décrochera le Goncourt en 1919.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine