Évidemment, tout cela repose sur un modèle ; celui-ci n’est qu’une simplification de la réalité ; il ne prend pas en compte les chocs qui arriveront d’ici à 2020, qu’ils soient politiques ou économiques. Toutefois, ce modèle n’en est pas moins intéressant. Il nous montre que l’avenir est beaucoup plus ouvert que nous ne le pensions.
La soutenabilité des dettes périphériques qui nous semblait très aléatoire peut désormais s’envisager comme une hypothèse de travail raisonnable. Si la trajectoire des dettes périphériques est soutenable, le risque d’éclatement de la zone euro est quasiment nul à l’horizon des dix prochaines années. En effet, les structures existantes (EFSF, OMT...) peuvent largement assurer le financement des pays périphériques dans les dix prochaines années. D’autre part, si les investisseurs, notamment anglo-saxons, prennent conscience de la soutenabilité possible de la dette périphérique, un cercle vertueux peut se mettre en place : afflux de capitaux dans la zone euro, allègement de la charge de la dette, croissance, baisse des taux...
Tout cela a des conséquences importantes en termes d’allocation d’actifs. En premier lieu, la prime de risque sur les dettes périphériques peut se réduire. Si la soutenabilité des dettes périphériques est avérée, le secteur bancaire européen en profitera pleinement. Selon les critiques les plus répandues, ce dernier a deux faiblesses : il est sous-capitalisé et trop exposé aux dettes publiques nationales. Sur le premier point, de gros progrès ont été faits ; l’Asset Quality Review par la BCE, qui vise à harmoniser les politiques de provisions au sein des banques européennes, permettra de lever les dernières hypothèques. Si, en outre, les emprunts d’État qui garnissent les bilans des banques apparaissent comme des actifs d’une qualité supérieure à celle que l’on estimait jusqu’ici, on voit que le risque bancaire gagne lui aussi en qualité.
Débarrassées de la triple menace que constituaient l’explosion de l’euro, l’insuffisance de capital et le risque de défaillance des États, les banques voient soudainement leur horizon s’éclaircir.

