Rechercher
Rechercher

Culture - Installation

Ruines animées, avez-vous donc une âme ?

C’est entre 19h et 21h, tous les soirs, que les décombres de l’ancien théâtre al-Madina s’animent d’images et de sons orchestrés par l’esthète du pessimisme, Samir Khaddage.

Des masques et des acteurs, fantômes du passé. Photo Hassan Assal

Le choix du lieu n’est pas innocent. Il est même coupable. De trop de... tout. Mémoires, sentiments, perceptions, souvenirs, traces, paroles, textes dramatiques, bruits, fureurs, images et même des odeurs...

 

Imaginez un peu. Ce sous-sol qui fut jadis un cinéma, puis un ciné-club, puis un théâtre ayant accueilli durant une bonne décennie des créations scéniques, des acteurs de tout genre et toutes nationalités, des saltimbanques des planches, des metteurs en scène vivants ou disparus, des spectacles de marionnettes, des pièces dramatiques, comiques, expérimentales, musicales, des pièces où les acteurs sont pieds nus et d’autres où ils mettent leur âme à nu. Des représentations avant-gardistes et d’autres superclassiques. De celles où les corps s’enroulent dans les draps et d’autres où les masques interrogent l’expression humaine. Imaginez alors ce lieu, délaissé depuis des années, tombant en ruine, éventré, mis à nu. Et tout ce qui précède exhumé de ses tréfonds et exposé. Par un artiste passé maître dans l’art de disséquer les noirceurs de l’âme et les chaos du monde moderne. Le tout emballé de décombres et présenté sous forme d’installations vidéo (une vingtaine dispersées entre les écrans de télé et les projections à même les murs ou les vitres), d’objets et d’ordures de tout genre, de quelques peintures esquissés et d’une sculpture qui trône, inébranlable, au milieu de la scène.

 

 

Samir Khaddage, l'esthète devant ses "Déferlements".


Samir Khaddage, l’esthète du crime, explore dans cette installation, avec talent et cynisme, l’art de la destruction. D’autrui et de soi-même. Des bâtiments et du passé. Des visages et des mémoires. Des villes et des personnes. Le tout s’imbrique et constitue un maelström à vous choper le trauma. Le sang se change en encre. Ce « Déferlement », ce jaillissement, ce jersey de scènes en vrac vous gicle le visage. Et ce dernier se fige dans un rictus.


Ces images sont soumises à la compulsion de répétition. Elles passent en boucle. Comme un cercle vicieux. Comme pour exorciser nos démons intérieurs. Et happer les fantômes qui hantent les lieux. Avant que ces derniers ne se transforment... en quoi au juste ? Vous savez, Monsieur Khaddage ? On dit que Saleh Barakat (galerie Agial) a des projets en tête pour l’ex-Masrah al-Madina. « Je ne sais pas », répond l’artiste en détournant la tête et en effectuant un large geste comme pour dire « je ne veux pas savoir ». Et d’ajouter : « Je lui ai demandé de me prêter les lieux pour y faire cette installation et il l’a fait généreusement car c’est un ami. »


 

 

Sous les néons, une peinture grisâtre accueille le visiteur d'un "ya marhaba".


Masques sauvages
Cette fois-ci, Khaddage a-t-il mis la barre trop haut ? Nombre de visiteurs l’accostent (il est là presque tous les soirs, ne ratez pas l’occasion d’échanger quelques mots avec lui). Lui posent des questions. Expliquer ? Il ne sait pas faire cela. Parler de ses obsessions, les thèmes qui lui sont chers ? Pas pour lui, merci, circulez. « Si je savais mettre tout cela en mots, je n’aurais pas utilisé la vidéo, la peinture ou la sculpture », murmure-t-il.


Ce « Déferlement » est certes déroutant, l’on ne sait trop que penser. Les thèmes sont difficiles à saisir. Car ils se cachent sous des masques sauvages et hétéroclites. Sous des accoutrements et des poupées, des découpages et des collages. Au deuxième niveau, dans une sorte de limbes, on découvre, à la lumière des néons, deux ou trois peintures de bâtisses esquissées en gris.


L’on descend au sous-sol, au troisième niveau (encore un autre, de lecture). Là, plus de sièges. Le béton au sol amortit les pas. Une sculpture d’homme est montée sur un piédestal, au milieu de la scène. Sa première pulsion est le retour à l’inanimé. On entend un dialogue enregistré. La voix de Khaddage demande où l’on se trouve. « Dans le présent, dans le noir... C’est peut-être un théâtre. Ce n’est pas une gare. »
À chaque instant, à chaque parole, il ouvre le tombeau archaïque. La chasse aux chimères est ouverte. Qui peut entendre ici le cri du désespoir ?
On reviendra un autre soir. Pour être dérouté de nouveau. Mais aussi pour retrouver ce lieu. Désormais mythique.

* Descente Clemenceau, jusqu’au 15 octobre. De 19h à 21h.

 

 

Pour mémoire

Raëd Yassine brode le passé avec le fil de la mémoire 

 

Des photos... pour que plus jamais ça

 

Les deux cents visages du Liban, en photos

 

« Beyrouth Objets trouvés »... dans un album-coffret

 

Le choix du lieu n’est pas innocent. Il est même coupable. De trop de... tout. Mémoires, sentiments, perceptions, souvenirs, traces, paroles, textes dramatiques, bruits, fureurs, images et même des odeurs...
 
Imaginez un peu. Ce sous-sol qui fut jadis un cinéma, puis un ciné-club, puis un théâtre ayant accueilli durant une bonne décennie des créations scéniques, des acteurs de tout genre et toutes nationalités, des saltimbanques des planches, des metteurs en scène vivants ou disparus, des spectacles de marionnettes, des pièces dramatiques, comiques, expérimentales, musicales, des pièces où les acteurs sont pieds nus et d’autres où ils mettent leur âme à nu. Des représentations avant-gardistes et d’autres superclassiques. De celles où les corps s’enroulent dans les draps et d’autres où les masques...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut