Marie Darrieussecq, Paris 2011.
Aujourd’hui, changement de cap en douce, avec une narration qui se saisit d’un coup de foudre amoureux, pour faire l’apologie des barrières à abattre. Car, avec l’amour et la passion, toutes les digues sautent. Des limites que la société érige en frontières, de préférence à ne pas franchir...
Pour l’auteure de Bref séjour chez les vivants, toujours cette fidélité à se battre contre les clichés, les idées reçues, fermes et tenaces comme du béton, qui s’enracinent et restent chevillées au cœur et aux attitudes des gens. Et bloquent tout comportement naturel et sain.... Aussi bien sur le racisme que sur le rôle ou les attentes d’une femme. Surtout blanche, en compagnie d’un homme noir.
Ouverture sur un monde hollywoodien au clinquant rutilant. Avec la prééminence de l’image et des apparences. Une centaine de pages où Cloony, Damon, Soderbergh et autres célébrités planétaires sont évoqués en toute familiarité comme un anonymat banal dans un monde de star-system aux lois particulières.
C’est là où se croisent Solange et Kouhouesso. Tous les deux acteurs. Donc déjà en partage une certaine complicité. Foudroyée par ce jeune homme noir, mélancolique et rêveur, acteur qui voudrait être metteur en scène et qui se laissera aimer sporadiquement, Solange (la jeune fille de Clèves qui revient dans ces pages tumultueuses en femme mûre) va affronter l’amour. Sous ses multiples facettes sociales, à travers le regard des autres.
«C’est quoi un Noir? Et d’abord, c’est de quelle couleur?» Ce sont les mots de Jean Genet dans Les Nègres... Confrontation d’une auteure et de son personnage à cette réalité. Et l’histoire a pour cadre des paysages divers : après les États-Unis, c’est la France et Paris, ensuite l’Afrique.
Kouhouesso finit par réaliser son rêve: mettre sur pellicule Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Et Solange, au fil de la narration, apprend ce qu’aimer veut dire tout en menant sa rébellion contre un entourage et un environnement finalement peu permissifs.
Même si les décors changent (d’une soirée en salon à l’américaine, aux frontières du Cameroun et de la Guinée Équatoriale, au bord du fleuve Ntem), en tout modernisme ou lyrisme d’une nature sauvage, il ne s’agit guère là d’un roman d’aventure.
Loin de là, même si l’on prend des avions, des trains, des pirogues et des 4x4, les personnages, tout à leur préoccupation de se retrouver, sont captés dans leur essence même et leurs rapports minutieusement scannés, décortiqués.
Avec une langue drue, des phrases frondeuses et un flot de vocables qui ne craint ni les excès ni les débordements, Marie Darrieussecq interroge les interdits et les tabous, affronte les stéréotypes stériles et tente de casser le carcan d’un esprit limité par la culture, la civilisation, l’éducation, les normes sociétales. Et se fraye un chemin pour aller plus loin... En toute audace et transparence. Pour un meilleur être, pour la liberté, la réalisation de soi, l’épanouissement. Points essentiels pour une identité humaine et un sens existentiel.
Sous des dehors d’une aventure entre plusieurs continents et des êtres pris aux pièges et miroitements de l’amour, une belle réflexion et une leçon sur la notion de soi et de l’altérité.


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