Le chef de l’État a évoqué hier le dossier gouvernemental avec le Premier ministre désigné. Photo Dalati et Nohra
Dans un pays comme le Liban, prévoir l’imprévu devrait être dans l’ordre naturel des choses. Il y a moins de dix jours, alors que le président de la République s’envolait à destination de New York pour y recueillir un soutien international à sa politique, la conviction prévalant à Beyrouth était que l’immobilisme dans le processus gouvernemental allait bientôt être brisée et qu’un cabinet répondant aux vues de Michel Sleiman et du Premier ministre désigné, Tammam Salam, allait voir le jour.
Cette conviction avait été bien entendu confortée par les déclarations du chef de l’État au Figaro, annonçant du nouveau sur ce plan dès les premiers jours d’octobre.
Sauf imprévu... Or justement, nous y voici. Dans un premier temps, alors même que le président n’avait pas encore entamé le chemin du retour, on apprenait que le chef du PSP, Walid Joumblatt, n’était plus très chaud pour la formule des « trois 8 » qu’il avait pourtant lui-même initiée et qu’il commençait sérieusement à envisager celle des 9-9-6, accordant le tiers de blocage au sein du Conseil des ministres à la fois au 8 Mars et au 14 Mars (M. Salam étant comptabilisé dans les rangs de ce dernier camp).
On apprenait simultanément que les milieux présidentiels faisaient une relecture plutôt restrictive des propos tenus par M. Sleiman au Figaro, tendant à dire qu’il n’a jamais été dans la volonté du chef de l’État de « se précipiter » dans ce processus. Le message est clair, même si, s’agissant d’une impasse gouvernementale qui est entrée dans son sixième mois, le terme de « précipitation » paraît logiquement impropre.
Enfin, et toujours de façon simultanée, le numéro deux du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, mettait les Libanais devant le choix suivant : soit un gouvernement est formé au goût du parti de Dieu, soit on perpétue ad vitam aeternam les jours du cabinet sortant.
Fondamentalement, cheikh Kassem, qui est revenu hier à la charge à ce sujet, ne disait rien de nouveau par rapport à ce que les caciques de son parti répètent depuis des mois. Mais ce qu’on dit est une chose et la façon de le dire en est une autre. Vue sous cet angle, la froide brutalité de l’alternative offerte par le numéro deux du Hezb est plus qu’éloquente : elle permet au Hezbollah de faire l’économie d’un stock de chemises noires !
Voici donc l’ « imprévu » en marche... Cependant, même après ces rebondissements, on pensait que la visite du président Sleiman en Arabie saoudite, qui aurait dû avoir lieu cette semaine, puis l’entrevue programmée pour le 13 entre le roi Abdallah d’Arabie saoudite et le président iranien Hassan Rohani, allaient avoir un impact certain sur le cours des choses au Liban et donc sur le processus gouvernemental.
Subitement, la première a sauté. La timide mise au point faite hier à ce sujet par l’ambassadeur d’Arabie saoudite n’a pas suffi à mettre un terme aux nombreuses spéculations sur les causes de l’ajournement de la visite.
Dans un communiqué, l’ambassadeur Ali Awad Assiri a souligné que le report a été décidé par suite de « concertations entre les deux parties saoudienne et libanaise » et indiqué que la visite allait avoir lieu à « une date proche qui sera fixée ultérieurement ».
Mais M. Assiri s’est abstenu de préciser les motifs pour lesquels ce report a été décidé. La veille, on avait d’abord invoqué l’état de santé du roi Abdallah, mais cette explication est démentie par le rapport des activités quotidiennes du souverain, qui ne paraissent pas avoir subi de modifications. Ensuite, il a été question, notamment dans les milieux de Baabda, de causes « techniques », et non pas « politiques », à l’origine du report. Certains médias proches du 8 Mars avancent pour leur part que la décision serait due au mécontentement de Riyad à la suite du (très relatif) réchauffement des rapports entre Washington et Téhéran, alors que d’autres sources y voient simplement une régression supplémentaire du Liban dans l’ordre des priorités saoudiennes, toujours dominé par la Syrie.
Quoi qu’il en soit, une seule chose est sûre : l’ajournement de la visite présidentielle en Arabie fait reculer davantage l’échéance gouvernementale au Liban. Malgré l’urgence qu’imposent la situation sécuritaire du pays, désormais secouée au cœur même des fiefs du Hezbollah, et la déplorable conjoncture économique et sociale, le blocage paraît à nouveau total.
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