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Moyen Orient et Monde - Allemagne

Merkel tend la main aux sociaux-démocrates pour un gouvernement de coalition

Malgré son score historique, la chancelière conservatrice a été privée de son allié libéral et d’une majorité absolue.

Photo d’archives montrant Angela Merkel aux côtés de Sigmar Gabriel. Kay Nietfeld/POOL//AFP

Après son triomphe aux législatives, la chancelière conservatrice Angela Merkel, privée de son allié libéral et d’une majorité absolue, a tendu la main hier à ses adversaires sociaux-démocrates en vue de former un gouvernement.
Mme Merkel est contrainte de s’allier soit aux sociaux-démocrates du SPD, soit aux Verts pour avoir une majorité au Bundestag, malgré son score historique aux législatives de dimanche. « Nous sommes ouverts pour mener des discussions (...). J’ai eu un premier contact avec le président du SPD » Sigmar Gabriel, a déclaré Mme Merkel, lors d’une conférence de presse. Mais ce dernier a demandé à en parler d’abord, en interne, au sein de la direction du SPD, qui se réunit vendredi. La chancelière a jugé cela « bien compréhensible ».


Avec 41,5 % des voix et 311 sièges sur les 630 que comptera le prochain Bundestag, Chambre basse du Parlement allemand, les conservateurs (CDU/CSU) de la chancelière ont enregistré leur meilleur résultat depuis la réunification allemande en 1990, ratant de peu la majorité absolue. L’échec de leurs alliés libéraux FDP à franchir les 5 % – une première en 65 ans – ne leur laisse que deux partenaires possibles : le SPD (25,7 %, 192 sièges) et les Verts (8,4 %, 63 sièges).

 

(Lire aussi: Angela Merkel, "chérie de l'Allemagne")


Mme Merkel ne s’attend pas à une conclusion rapide des négociations. « Cela prendra un certain temps, (mais) la CDU est prête à mener ces discussions et nous verrons bien », a-t-elle indiqué.
En moyenne, les négociations postélectorales pour former un gouvernement en Allemagne devraient durer un mois. Mais lors de la précédente grande coalition, en 2005, elles avaient mis deux mois et quatre jours à se conclure. Ayant déjà l’expérience, concluante pour elle, d’une coopération gouvernementale avec le SPD lors de son premier mandat (2005-2009), il est naturel que la chancelière se tourne vers lui en priorité. « Merkel n’aurait pas trop de mal à trouver un compromis sur le salaire minimum, les retraites ou les impôts » avec le SPD, selon l’hebdomadaire Die Zeit.
Mais le SPD, qui fut politiquement la grande victime de la dernière « grande coalition », promet de vendre chèrement son soutien. La secrétaire générale des sociaux-démocrates, Andrea Nahles, a averti hier matin les conservateurs qu’il n’y avait « aucune automaticité » menant à la formation d’une « grande coalition », alors que la vice-présidente du parti, Manuela Schwesig, a estimé qu’un accord « semble très compliqué, au vu des thèmes que nous défendons ».

Majorité mathématique de la gauche
Mme Merkel a également laissé ouverte la porte à des contacts avec les Verts, même si cette alliance est considérée comme « a priori très peu vraisemblable » par Ulrich von Alemann, politologue de l’Université de Düsseldorf.
Des négociations « seraient certainement très délicates », a reconnu Volker Kauder, chef du groupe parlementaire CDU, un proche de la chancelière.
Elles risqueraient d’être particulièrement houleuses avec la CSU, branche bavaroise et très conservatrice de la CDU, dont la philosophie paraît difficilement compatible avec la culture libertaire des écologistes.
La CSU avait par exemple obtenu la création d’une prime aux mères au foyer lors de la législature précédente, baptisée « prime au fourneau », aux antipodes des positions sociétales des Verts. La CDU devra en tout cas vivre avec la pression d’une majorité mathématique des partis de gauche dans les deux Chambres du Parlement (Bundestag et Bundesrat). L’attelage SPD-Verts associé à la gauche radicale Die Linke dispose de 319 sièges sur 630 au Bundestag. S’ils s’alliaient, ils seraient en mesure à tout moment de faire tomber Angela Merkel. Le SPD comme les Verts ont toujours rejeté cette éventualité, estimant que Die Linke n’était pas « mûre » pour gouverner.


Une autre première pour l’Allemagne : le Bundestag compte désormais des députés d’origine africaine, le Germano-Sénégalais Karamba Diaby, élu dimanche sous l’étiquette sociale-démocrate, et l’acteur allemand d’origine sénégalaise, Charles M. Huber, élu des conservateurs d’Angela Merkel.
« Si je peux apporter ma contribution au fait que d’autres soient sensibilisés aux chances et possibilités offertes aux personnes ayant des racines immigrées, c’est très bien », a déclaré M. Diaby, réjoui.

Plus d’intégration ?
De plus, cette « grande coalition » entre conservateurs et sociaux-démocrates laisse entrevoir une légère inflexion vers plus de tolérance envers les partenaires européens en crise.
C’est dans cette perspective-là que l’ancien chef du gouvernement italien, Mario Monti, a jugé que le FDP avait « souvent fait obstacle aux politiques européennes », espérant des « avancées dans l’intégration européenne » en cas de grande coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates.
Un tel scénario permettrait aussi d’alléger la pression des eurosceptiques de la CDU-CSU sur Mme Merkel, pour laquelle le scrutin de dimanche a été « un vote clair pour une Europe unie ».


Pour autant, les analystes considèrent que la chancelière ne va pas bouger concernant sa volonté de rigueur, en échange du soutien financier apporté aux pays les plus fragiles de l’UE. « Les Allemands ont voté pour la ligne adoptée par Merkel », affirme le directeur de Carnegie Europe, Jan Techau, soulignant que ni les sociaux-démocrates, qui ont voté la plupart des plans d’aide, ni les Verts ne soutiennent un changement de cap.


Toute avancée dans ce domaine passe aussi par les deux autres grandes capitales européennes, Paris et Londres. Jusqu’à présent, les initiatives communes, que beaucoup appellent de leurs vœux en Europe pour relancer le traditionnel moteur franco-allemand, semblent patiner.
Hier, la France a clairement appelé de ses vœux une grande coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates, jugeant que cela permettrait un « rapprochement » entre les deux pays. Le ministre français des Affaires européennes, Thierry Repentin, a notamment souhaité plus de « souplesse » de Berlin en matière sociale.
Quant à David Cameron, il a pu compter sur le soutien de Mme Merkel dans la bataille du budget européen, pour obtenir des coupes draconiennes dans les dépenses et un budget en baisse pour la première fois depuis le début de la construction européenne. Pendant la campagne électorale, la chancelière a aussi fait écho aux préoccupations du Premier ministre britannique, qui a promis un référendum sur l’appartenance de son pays à l’UE en 2017, en se prononçant pour une Europe moins bruxelloise. « Il y a peu de chances que le prochain gouvernement allemand fasse des cadeaux » à M. Cameron, déclare pour sa part Peter Wilding, directeur de British Influence.


Angela Merkel ne souhaite pas que les affaires européennes soient traitées uniquement au niveau des États, note une source européenne. Elle veut une Commission « à sa place », notamment dans son rôle de « facilitateur du dialogue avec les petits pays ».

 

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