Autoportrait de l’artiste au polaroïd, milieu des années 80.
Si la remarque l’amuse – « vous auriez dû me voir hier! », dit-elle en s’esclaffant avant de reconnaître s’être quand même un peu assagie avec l’âge –, elle n’est pas totalement fausse. Car Maripol a du sang libanais dans les veines! « Ma grand-mère maternelle, à qui je ressemble beaucoup, était libanaise de la famille Saab », précise-t-elle. « C’était une femme très indépendante et très libre. Deux traits de caractère que je tiens d’elle. Par contre, elle avait plus le sens du commerce que moi, même si je me suis plutôt bien débrouillée jusque-là », confie en toute simplicité cette créatrice « multinationale » dont le parcours artistico-professionnel comprend tout aussi bien le stylisme, la création de bijoux et d’accessoires, la direction artistique (de la marque Fiorucci) que la photo, la réalisation et la production de films.
Reste qu’il est difficile de croire que cette personne BCBG est la même que celle qui avait abordé Madonna en 1982 dans une boîte new-yorkaise en lui demandant si sous son top elle portait un joli soutien ! La star elle-même a confié cette anecdote au cours d’une récente interview parue dans les médias américains. « En fait, on se connaissait de vue l’une et l’autre. J’avais un copain qui animait la soirée et qui m’avait demandé de lui envoyer de jolies filles pour l’accompagner sur scène. J’ai pensé qu’elle pourrait danser en soutien. Elle, par contre, s’est dit que j’étais folle », raconte Maripol dans un large sourire.
Au départ, rien ne prédestinait la petite Française, étudiante aux Beaux-Arts, partie faire un stage de 3 mois à New York en 1976 pour suivre son amoureux, un photographe italien, à se retrouver dans la bande des artistes les plus influents des années 80. Si ce n’est son sens du style. « Edo faisait des photos de mode que je mettais en scène et pour lesquelles il m’arrivait souvent de créer des accessoires. Quelqu’un de chez Fiorucci m’a repérée et m’a demandé de lui faire 300 paires de boucles d’oreilles de ma création. Gros succès. Suite à quoi j’ai été engagée comme directrice artistique de ces énormes magasins qui, jouant un peu la prolongation de jour du Studio 54, offraient une plateforme d’exposition aux nouveaux designers et artistes. C’est là que j’ai rencontré Jean-Michel Basquiat, Keith Haring, le designer Antonio Lopez avec qui j’ai collaboré... Puis Grace Jones, qui se lançait dans la chanson, a porté un de mes bracelets en gomme colorée... Elle m’a fait connaître Jean-Paul Goude de qui je suis devenue l’assistante. Comme son studio était proche de la Factory d’Andy Warhol, j’ai fini par croiser ce dernier. Nous vivions dans une sorte de village. On habitait tous Downtown. C’était l’époque du disco. On sortait dans les clubs, on faisait la fête, on faisait de la musique underground, des films indépendants... Après, le pop art, le hip-hop, le graff, le new wave ont fait éclore un énorme potentiel artistique. Il y avait un esprit de communauté, de pureté artistique qui, malheureusement, n’existe plus. »
Warhol, Basquiat, Madonna et les autres...
Dans son loft – qu’elle habite toujours d’ailleurs – Maripol accueillait Lou Reed, Brian Eno, Debbie Harry ou encore Madonna pour laquelle elle avait créé le fameux look de Like A Virgin ! Et comme elle avait toujours entre les mains un polaroid dont elle se servait pour photographier et archiver ses créations, il lui arrivait aussi de cliquer sur les visages qui l’entouraient « pour fixer le moment », dit-elle. Je prenais des instantanés de ces gens qui n’étaient pas encore célèbres juste pour l’énergie qu’ils dégageaient. »
Madonna toute jeune chez elle en train d’essayer une tenue pour une soirée en 1984, Andy Warhol en 1985, Matt Dillon, Vincent Gallo, Jerry Hall pas encore vamp, Tookie Smith, Shade, Keith Haring, Mylène Farmer, Naomie Campbell à 16 ans posant pour une collection de vêtements en caoutchouc que faisait Maripol...
Des images du new wave underground de ces années-là qu’elle prenait un peu « d’un œil de voyeur », dit-elle, qu’elle a retravaillées de manière artistique par la suite et qui sont devenues aujourd’hui comme un témoignage de journaliste.
« Je suis une survivante de ce Downtown NY. Beaucoup de gens autour de moi sont morts du sida ou d’overdose. Les autres ont perdu leur liberté avec la célébrité, sont devenus inaccessibles, hors de portée des gens. Alors c’est à moi qu’on demande régulièrement de parler de cette période courte, mais qui a eu une énorme influence sur l’art actuel. Je le fais par le biais d’expositions, de livres de photos ou encore de films (voir cadre ci-joint). C’est un moment de ma vie que je suis contente de faire partager – sans aucune nostalgie ! – à la jeune génération qui entend tout le temps parler des années 80 et qui ne comprend pas pourquoi c’était une décennie si spéciale. »
Pour comprendre, rendez-vous à la Station transformée jusqu’au 20 octobre en une galerie de portraits, ponctuée de nombreux autoportraits, des artistes cultes des années 80.
*Jisr el-Wati, près du Beirut Art Center. Tél. : 71/684218.


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