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Moyen Orient et Monde - Révolte

La Syrie fournit une première liste d’armes chimiques

La réunion de l’OIAC reportée sine die ; Hollande défendra mardi à New York « une résolution aussi contraignante que possible » ; l’opposition accuse el-Qaëda d’être des instruments du régime.

Entrée dans Aazaz de la Brigade Tempête du Nord, alliée de l’ASL, après la trêve conclue avec les groupes liés à el-Qaëda. YouTube/AFP

La Syrie a fourni une première liste d’armes chimiques à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), dans un premier pas dans l’application de l’accord russo-américain sur le démantèlement de l’arsenal chimique syrien signé à Genève le 14 septembre. Rappelons qu’une équipe d’enquêteurs mandatés par l’ONU, dont neuf experts de l’OIAC, affirme avoir trouvé des « preuves flagrantes et convaincantes » de l’utilisation de gaz sarin lors d’un massacre le 21 août près de Damas ayant fait des centaines de morts, selon leur rapport publié lundi. Les pays occidentaux accusent le régime syrien d’avoir mené cette attaque ainsi que 13 autres à l’arme chimique depuis le début de la guerre civile en Syrie en mars 2011. 


Toutefois, les diplomates se heurtent toujours aux désaccords sur le projet de résolution à présenter au Conseil de sécurité des Nations unies. L’OIAC, qui devait se réunir demain pour étudier le début de ce programme de destruction et la demande d’adhésion de la Syrie à la Convention de 1993 sur l’interdiction des armes chimiques, a reporté la réunion sine die. Selon des sources diplomatiques, le texte, devant servir de base de travail à la réunion qui fait l’objet de discussions entre Américains et Russes, n’est pas encore prêt. Le secrétaire d’État américain, John Kerry, et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, se sont pourtant longuement entretenus hier à ce sujet. Au cours d’une « longue conversation » téléphonique, ils ont parlé de leur « coopération non seulement pour adopter les règles de l’OIAC, mais aussi pour une résolution ferme et forte au sein des Nations unies », a déclaré M. Kerry en recevant au département d’État son homologue néerlandais, Frans Timmermans. 

 

(Repère : Principaux points de l'accord russo-US sur l'élimination des armes chimiques syriennes)


Les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU ne parviennent pas à se mettre d’accord sur un projet de résolution malgré plusieurs réunions sur le sujet. L’inscription ou non d’une telle résolution sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui prévoit des « mesures coercitives » allant de sanctions économiques à l’usage de la force, cristallise les positions des uns et des autres. Selon des diplomates à l’ONU, les Occidentaux cherchent à convaincre la Russie, opposée à toute mention d’un éventuel recours à la force, que leur projet de texte n’implique pas la menace d’une action militaire immédiate.

 « Sanction maximum »
À ce sujet, le président français, François Hollande, défendra mardi à l’Assemblée générale de l’ONU « une résolution aussi contraignante que possible » sur le contrôle et la vérification de l’arsenal chimique syrien, avec ou sans référence au chapitre VII, prévoyant un recours à la force, selon son entourage. « Nous souhaitons une possibilité de contrôle, de vérification et de sanction maximum. Et donc tout ce qui se rapproche du chapitre VII et de la possibilité de sanctionner la Syrie, si elle contrevient à ses obligations, sera accueilli et promu de manière positive par la France. Notre objectif est d’avoir une résolution aussi contraignante que possible », a indiqué hier l’entourage du président Hollande. Mais, a-t-on expliqué, il faut tenir compte des « positions, des paramètres d’autres pays qui ont un droit de veto », notamment la Russie, opposée à toute référence au recours à la force. Interrogé sur les livraisons d’armes à l’opposition syrienne auxquelles la France est favorable « dans un cadre contrôlé », l’entourage de M. Hollande a souligné que, « si on donne des armes à des groupes bien identifiés qui ont fait la preuve de leur engagement pour une Syrie démocratique, et si on a des moyens de contrôle sur les destinataires, il n’y a pas de raison de faire a priori un procès d’intention ».

 

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Trêve à Aazaz
Sur le terrain, l’Armée syrienne libre (ASL) et un groupe de jihadistes qui se battaient pour la conquête de la ville d’Aazaz, dans le Nord, sont parvenus à une trêve. Parrainé par la Brigade al-Tawhid, puissant groupe armé basé à Alep qui est sous le commandement de l’ASL, cet accord ne stipule cependant pas qui va contrôler la ville et ne met pas fin aux tensions entre les rebelles non jihadistes et l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL) lié à el-Qaëda. L’opposition syrienne accuse les groupes jihadistes de privilégier leur projet d’instauration d’un État islamique au combat contre le régime et d’avoir « renoncé à combattre le régime dans différentes zones et de s’employer à renforcer son emprise sur des zones libérées ». La prise d’Aazaz, qui n’était pas aux mains du régime mais de l’ASL, et prise mercredi par les hommes de l’EIIL, illustre ces divisions. D’ailleurs, la Coalition de l’opposition n’a pas manqué de « condamner les agressions (de l’EIIL) contre les forces de la révolution (...) et son mépris pour la vie des Syriens ».

 

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C’est la première fois que cette coalition, qui regroupe un large éventail de tendances, s’élève aussi fortement contre un groupe jihadiste. Elle a dénoncé le fait que l’EIIL « serve des projets extérieurs et appelle à instaurer un État (islamique) dans les contours de l’État syrien, en violation de la souveraineté nationale » syrienne. Le régime de Damas ne cesse d’affirmer que la rébellion est sous l’emprise quasi totale des jihadistes liés à el-Qaëda tandis qu’en face, le chef de la Coalition de l’opposition, Ahmad Jarba, a estimé, dans un plaidoyer mardi en faveur d’un recours à la force contre Damas, qu’une intervention militaire ouvrirait la voie pour lutter contre ces groupes.

Suspicion réciproque
En attendant, et dès le début, les liens entre l’EIIL et les rebelles du courant majoritaire étaient marqués de suspicion. Alors que les partisans d’el-Qaëda accusent l’ASL d’« hérésie » et de subordination à l’Occident, cette dernière les soupçonne d’« être des outils aux mains du régime ». Et les exécutions et les enlèvements de militants de la société civile par l’EIIL ont provoqué le ressentiment chez une bonne partie de la population. « L’EIIL est infiltré par les services du (président Bachar) el-Assad qui savent depuis longtemps comment traiter avec el-Qaëda », accuse Ibrahim el-Idlebi, porte-parole de la Brigade rebelle Ahfad al-Rassoul. Les rebelles ont d’ailleurs souvent accusé le régime d’avoir libéré au début de la révolte des jihadistes dans le but de semer le chaos dans le pays. « L’EIIL a une liste de chefs rebelles et de leaders révolutionnaires qu’il veut assassiner », a assuré le porte-parole.

 

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Depuis la ville d’Alep, un religieux, Abou Mohammad, a pour sa part déclaré que l’EIIL s’est renforcé parce que l’Occident n’a pas aidé les autres rebelles. « On ne les a pas invités en Syrie », a-t-il affirmé à propos des jihadistes, en affirmant qu’« el-Qaëda n’aide pas les Syriens mais les tue ». La peur de l’EIIL, combinée au manque de moyens de l’ASL, a conduit certains rebelles à se radicaliser. « Il n’y a plus d’ASL ici. Nous appartenons tous à el-Qaëda maintenant », a déclaré un chef rebelle de Raqqa dont les hommes ont rejoint le Front al-Nosra, un autre groupe jihadiste. « Al-Nosra se bat pour faire tomber le régime, tandis que l’EIIL se bat pour faire tomber l’ASL (...) et tire sur tout ce qui bouge », a déclaré une nouvelle recrue du premier groupe. Pour le régime, les combats entre ASL et EIIL ne peuvent qu’être « positifs » : « Les combats entre les ennemis du peuple ne peuvent que signifier la fin prochaine du terrorisme », a déclaré un responsable des services de sécurité à Damas.

 

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