Cependant, à la différence des guerres de religion entre protestants et catholiques aux XVIe et XVIIe siècles, la plupart des conflits qui font actuellement rage au Moyen-Orient ont peu à voir avec des questions de foi ou de doctrines religieuses. C’est la thèse de Georges Corm qui, dans son livre Pour une lecture profane des conflits, montre qu’ils ont surtout des causes politiques, économiques et sociales. Et que, dans la plupart des cas, il s’agit de l’instrumentalisation de la religion à des fins de politique intérieure ou étrangère.
Au niveau du jeu des grandes puissances, un des exemples les plus significatifs de cette instrumentalisation est l’appui fourni par les États-Unis aux moujahidine afghans et leur soutien discret au pape Jean-Paul II dans le cadre de leur croisade contre le communisme, défini significativement comme «l’empire du mal», terme ayant une connotation biblique. Même si elle a recours à un vocabulaire religieux, la politique étrangère des puissances régionales obéit elle aussi essentiellement à une logique d’influence et d’ambitions géopolitiques. Qu’il s’agisse de l’appui de la théocratie iranienne au Hezbollah ou du financement des partis sunnites par l’Arabie saoudite, bien que, dans le cas du wahhabisme, une volonté de prosélytisme entre aussi en jeu. Cette exploitation politique de la fibre religieuse ne date pas d’aujourd’hui. En 1918, le sultan ottoman Mohammad V a appelé en vain les musulmans du monde à se joindre à une guerre sainte contre la France et l’Angleterre. Et c’est pour des raisons politiques que chah Ismaïl fit du chiisme la religion officielle de l’Iran au XVIe siècle. Étant lui-même turc, et comme le sentiment national n’existait pas à l’époque, c’était le moyen le plus efficace pour mobiliser ses sujets contre l’Empire
ottoman.
Dans des sociétés encore sous l’emprise de la religion, surtout s’il s’agit de sociétés pluricommunautaires, il est fatal que des revendications «profanes» de démocratisation ou de justice sociale prennent une tournure sectaire ou confessionnelle.
Alors qu’au début de leur soulèvement, les griefs des opposants au régime syrien étaient surtout économiques et politiques, symptomatiquement, le cri de guerre de la plupart des combattants sur le terrain est «Allahou Akbar».
(À suivre)
Ibrahim TABET


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef