Antoine Tyan, président du Club des sciences et militant écologiste de longue date, est l’initiateur d’un projet de toit vert au haut du Collège du Sacré-Cœur à Gemmayzé.
Les espaces verts au Liban reculent. La nature, notre richesse principale, disparaît. Notre vie, notre santé et celle de nos enfants sont en danger. Nos enfants n’ont plus d’espace vert pour respirer l’air frais. Leur corps a besoin de s’oxygéner, de s’imbiber d’odeurs d’herbe et de terre. Les espaces verts ne constituent plus que 13 % du territoire libanais.
Beaucoup de personnes et de mouvements écologiques agissent et réagissent face à cette situation malsaine, concentrant principalement leur action dans les montagnes. On a cependant oublié que le pourcentage du vert à Beyrouth est presque nul.
Dans la capitale, les vieilles maisons entourées d’un jardin sont détruites et remplacées par des tours immenses. La municipalité élargit les trottoirs, augmente les espaces en béton, transforme les terrains en parkings ou néglige d’autres qui se trouvent réduits à servir de dépotoirs.
Ajoutons que le projet de bâtir des parkings supplémentaires sous les jardins publics, les seuls endroits de détente pour les citadins et leurs enfants, menace de porter atteinte à la qualité de vie des riverains.
De plus, Beyrouth souffre d’une pollution au dioxyde d’azote (NO2) causée par l’intensité du trafic automobile. La moyenne annuelle de NO2 à Beyrouth semble être très proche de la limite de tolérance imposée par l’OMS.
L’arbre, l’oiseau et l’eau
«Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres. L’homme aima les oiseaux et inventa les cages. » Jacques Deval
On coupe les arbres, on chasse les oiseaux, on gaspille l’eau, et pourtant ce sont les trois piliers de la vie sur notre planète. L’importance de l’arbre, de l’oiseau et de l’eau, surtout en milieu urbain, est primordiale pour notre qualité de vie. Sans eux, nous ne pourrions pas survivre. Malheureusement, la majorité des gens ne réalisent pas vraiment tous les avantages que les arbres, les oiseaux et l’or bleu peuvent leur apporter.
L’arbre vit en symbiose avec l’oiseau, et les deux, comme tous les êtres vivants, dépendent du cycle de l’eau.
Les bienfaits des arbres et de toutes les autres plantes vertes sont nombreux. En voici quelques-uns :
– L’arbre est le seul producteur de dioxygène, le gaz de vie : par photosynthèse, les arbres et toutes les plantes vertes seuls sont capables de produire le dioxygène qui purifie l’air.
– L’arbre est le seul purificateur de l’air : il est capable de capter le dioxyde de carbone de l’atmosphère, un gaz asphyxiant.
– L’arbre absorbe les radicaux libres (des molécules instables à l’origine de certaines maladies, notamment le cancer) : les feuilles vertes absorbent de grandes quantités de ces radicaux libres présents dans l’air.
– L’arbre purifie l’eau : les racines des arbres permettent de filtrer l’eau et de lui conférer une meilleure qualité.
– L’arbre par ses racines retient le sol et empêche l’érosion : la plantation et la conservation des arbres sont un excellent moyen de lutte contre l’érosion du sol, très fréquente en milieu urbain en raison, notamment, des travaux de construction.
– L’arbre est un régulateur pour les écarts extrêmes de température : il dégage de la vapeur d’eau dans l’atmosphère par le processus de l’évapotranspiration.
– L’arbre protège contre la chaleur : il contribue au rafraîchissement de l’air ambiant. Le feuillage des arbres absorbe et reflète la radiation solaire, et ainsi réduit l’intensité du rayonnement et la chaleur qui en résulte. En période estivale, les arbres autour d’une maison créent un ombrage sur les bâtiments et permettent de maintenir des températures plus fraîches.
– L’arbre réduit la vitesse du vent : la présence d’arbres le long des rues rectilignes, où le vent est canalisé et amplifié, a pour effet d’agir comme brise-vent et de diminuer l’ampleur des courants d’air.
– Les arbres servent à diminuer la pollution sonore : des écrans sonores sont utiles le long des routes où la circulation est particulièrement dense et bruyante.
– L’arbre est la source primordiale de nos aliments et des produits pharmaceutiques.
– Aux bénéfices physiques des arbres et de toute plante verte, on peut ajouter des bénéfices psychologiques: leur présence améliore la qualité de vie, surtout dans les villes où le stress devient notre pain quotidien. Les arbres en milieu urbain donnent aux citadins un sentiment de paix qui permet de maintenir l’équilibre psychique et une bonne santé mentale.
De plus, les plantes vertes transforment les immeubles de la ville et les rendent plus agréables. Elles encouragent également les gens à circuler à pied et dissuadent les conducteurs de stationner sur les trottoirs. La présence des arbres autour des bâtiments, sur les façades, sur les toits des immeubles et sur les trottoirs contribue à rompre la monotonie et la rigidité des structures architecturales.
Des réserves en milieu urbain
Les espaces verts deviennent aujourd’hui une nécessité en milieu urbain et ils doivent être classés réserves naturelles. Citons, par exemple, «Horch Beyrouth», ou le bois des pins, le poumon de notre capitale que nous devons préserver pour nos enfants. L’objectif est de faire de ce patrimoine naturel beyrouthin un lieu d’éducation à l’écologie. Les espaces verts sont des lieux de détente qui favorisent les activités en plein air, comme les promenades, la marche, le sport et la familiarisation avec la nature. Leurs bienfaits sociaux sont très importants puisqu’ils favorisent les rencontres entre les citoyens.
« Partout où l’arbre a disparu, l’homme a été puni de son imprévoyance. » Ces paroles de Chateaubriand résument bien l’apport capital de l’arbre dans nos vies.
Chaque être vivant a sa raison d’être. Les oiseaux, pour leur part, devraient avoir une place privilégiée en milieu urbain, dans les forêts, les jardins et les cultures de toutes sortes.
Chaque espèce d’oiseaux joue en effet un rôle particulier dans la protection de l’arbre et des espaces verts, et maintient l’équilibre biologique des écosystèmes. Les oiseaux sont considérés comme de bons indicateurs de la qualité et de l’évolution des milieux naturels. Pour cela, on remarque l’existence d’oiseaux dans toutes sortes d’écosystèmes car leur présence est toujours nécessaire et indispensable.
Les oiseaux doivent être hautement valorisés dans le jardinage écologique car ils se nourrissent de beaucoup d’insectes indésirables et réduisent d’une façon remarquable l’utilisation des insecticides qui ont un effet nuisible sur la santé humaine.
La conservation de la vie humaine passe donc nécessairement par la protection des arbres et des oiseaux, qui ont une importance primordiale dans notre environnement puisque l’arbre est le seul garant des conditions de vie et l’oiseau en est le gardien protecteur. Quand on les protège, on protége notre vie sur terre, la vie de nos enfants et leur avenir.
À ces deux facteurs s’ajoute l’eau : un facteur primordial que l’on doit protéger aussi car son existence équivaut à la pérennité de la vie. Il est vrai que nous nous trouvons sur la planète bleue. Mais seule 0,3 % de l’eau sur terre est potable, et elle est aujourd’hui menacée. Une réorientation radicale de notre relation à notre environnement et aux ressources naturelles revêt donc une extrême urgence.
C’est pour toutes ces raisons que le Club des Sciences organise, depuis 2008, une campagne pour promouvoir le vert en ville, sous le thème du « Retour du vert à Beyrouth ». Chacun peut aider à soutenir cette campagne et à propager le vert. Agissons ensemble avant qu’il ne soit trop tard.
*Pour tout contact, écrire à l’adresse suivante : atyan@clubdessciences.com
Pour mémoire
La municipalité de Beyrouth se lance dans un plan de réhabilitation des espaces verts
Des jardins suspendus à Beyrouth ?
Nous irons tous au bois (de Beyrouth) ...
Divertir les enfants, la galère des jeunes parents
Beaucoup de personnes et de mouvements écologiques agissent et réagissent face à cette situation malsaine, concentrant principalement leur action dans les montagnes. On a cependant oublié que le pourcentage du vert à Beyrouth est presque nul.Dans la capitale, les vieilles maisons entourées d’un jardin sont détruites et remplacées par des tours immenses. La municipalité élargit les trottoirs, augmente les espaces en béton, transforme les terrains en...

