cause! Il est vrai que ma requête m’aurait attiré bien des ennuis n’eût été la superbe indifférence de son destinataire, qui avait d’autres chats à fouetter à Qousseir.
Je te comprends, mon ami. Je te comprends. Rien qu’à voir tes yeux fanés, tes traits tirés sous cette barbe de cinq mois qui n’a jamais été la tienne, je te comprends. Dans la même veine, je ne peux que comprendre cette révolte intérieure qui t’a fait renier la révolution que tu as tant chérie, pour laquelle tu t’es tant risqué, tant dépensé sans compter... Sans compter les jours d’horreur passés à Alep. En effet, je me dois de comprendre que les épreuves de ta détention t’aient fait quelque peu oublier celles des Alépins que tu as longuement côtoyés... en
pièces détachées, massacrés par un régime qu’aujourd’hui tu redéfends comme un moindre mal, par dépit plus que par conviction, du moins je l’espère!
Oui, je m’efforce de comprendre les raisons de ta re-volte-face, puisque tu avais commencé par être du bord des oppresseurs des marches pacifiques, avant de t’en rendre compte et de rejoindre le camp des opprimés. Je m’efforce de comprendre que, dès ta libération, et avant de reprendre ton souffle et tes esprits, tu aies sauté au podium médiatique et aux conclusions ex cathedra que ce n’est pas Assad le gazeur des femmes et des enfants de la Ghouta, pour avoir furtivement entendu, à la faveur d’un entrebâillement de porte (suspect) de ta chambre de captivité, des « demi-dingues » (puisque tu les décris si bien) se targuer d’être eux-mêmes les gazeurs. Je te comprends, là, de vouloir disculper celui qui, en fin de compte, t’a fait moins de mal, à toi personnellement, et de perdre de vue les maux des autres et tout ce que tes propres écrits ont témoigné. Après tout, tu n’as pas eu le temps de prendre du recul et voir les contorsions et soubresauts des enfants gazés qui t’auraient fait craindre les accusations à tort et redouter un cas de conscience. Ton mal dépasse celui des autres. Je te comprends. Ou je m’efforce de le faire.
Je m’efforce de comprendre que, bousculé par les reporters occidentaux et assailli par leurs micros excités, tu aies omis de rappeler au monde occidental que c’est sa lâche non-ingérence qui a permis la prolifération des extrémistes en Syrie, qui a exacerbé les passions, qui a enragé les plus pacifistes qui se faisaient impuissamment humilier, torturer, violer, mutiler, égorger... que ce n’est pas la révolution qui est allée ailleurs, mais le monde soi-disant libre qui n’est jamais venu.
Mais ce que j’ai de la peine à comprendre, c’est que ton propre compagnon de chaînes se soit dissocié de ton « nous » (« en sommes certains »), de ta certitude, qu’il t’ait désavoué et qu’il ait affirmé publiquement : « C’est une folie de dire que je sais que ce n’est pas Assad qui a utilisé le gaz. » (Domenico Quirico)
Et ce que j’ai de la peine à constater, c’est le mouvement de réprobation et de moquerie que tes propos ont suscité chez ceux dont tu avais épousé la juste cause, qui t’ont tant soutenu durant ta captivité et que tu as trahis à cause d’une trahison personnelle, au lieu du mouvement de sympathie pour ta « terrifiante odyssée ». La sympathie, tu l’as eue, mais du côté le moins sympathique. Toutefois, ce qui me fait le
plus de peine, c’est de lire et d’entendre toutes sortes de spéculations, fondées ou infondées, sages ou folles, sur les circonstances, le timing et les dessous de ta libération, et sur la véritable identité et allégeance de tes ravisseurs. C’est de voir le crédit de ton martyre et la crédibilité de tes témoignages se dilapider aux quatre vents tourbillonnants de la blogosphère. Mais je te comprends, cher ami, et je demande à tous ceux qui se sentent trahis de faire de même, car je suis sûr que, passé le traumatisme, la porte entrebâillée s’ouvrira et tu verras plus clair... et nous aussi.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
D’abord un ouf de soulagement pour le prof d’histoire de retrouver la liberté, sa famille, ses amis et ses étudiants. Que la scandaleuse détention ne soit qu’une expérience dans la vie d’un homme passionné par l’Orient compliqué. Ensuite le texte (je dirai même une leçon d’histoire) de M. Barakat, aussi bien dans la forme que sur le fond, mérite d’être salué pour son honnêteté intellectuelle et par le rappel sur la fragilité du témoignage pendant un temps de guerre. La "boîte noire" de cette sale guerre n’est pas encore ouverte, et M. Barakat a mille fois raison d’écrire : "C’est de voir le crédit de ton martyre et la crédibilité de tes témoignages se dilapider aux quatre vents tourbillonnants de la blogosphère." A deux reprises dans ces colonnes, il a pris le risque d’attirer l’attention sur le sort de son ami, et souvent on supporte mal la déception que l’épreuve. De quoi est-on sûr quand on est en détention ? Tout est question d’approximations, d’erreurs d’appréciations, et des patati et des patata, relayés par des internautes en mal d’informations…La dernière déclaration à prendre au sérieux, celle Ban Ki-Moon, d’après enquête, sur la confirmation de l’utilisation d’armes chimiques, et accuse Assad d’avoir "commis de nombreux crimes contre l'humanité".
17 h 42, le 16 septembre 2013