Ils attendent en fait quoi, ces hommes qui sont censés nous gouverner et nous protéger, pour réagir et reprendre en main ce pays que nous leur avons bêtement confié? Ils attendent quoi pour sortir de leur silence, faire taire leurs différends, reléguer aux oubliettes leur ego, mettre en veilleuse leurs rancœurs et sauver le pays ? Ils attendent plus de violences, de massacres, de corps déchiquetés, d’insécurité, de peur, de psychose, de guerre, de jeunes qui fuient, de mères éplorées, de familles désespérées ? Ils attendent encore plus d’horreur pour taper du poing, unir leur voix, former ce gouvernement et éviter l’agonie de ce pays ? Même un criminel aurait eu un soubresaut de révolte depuis longtemps. Mais eux se murent dans leur silence, se complaisent dans leur inertie et acceptent l’inacceptable! Pire, pour se donner de la contenance et justifier leur présence, ils nous abreuvent de leurs discours ridicules et étalent leurs bêtises dans ces shows télévisés (que l’on devrait bannir pour le bien-être de la société).
Aujourd’hui, ce ne sont plus uniquement les instances économiques qui devraient descendre dans la rue pour obtenir leurs droits de vivre et de travailler dignement. Ce n’est pas le petit peuple qui devrait se révolter pour obtenir ses droits de survie les plus légitimes : eau, électricité, sécurité, dignité. C’est tous, riches et pauvres, jeunes et vieux, grands et petits, qui devraient s’unir pour crier leur révolte, hurler leur désespoir et faire entendre leur voix. C’est tout le monde qui devrait dire basta! à ces marionnettes, basta! à ces incapables qui ont vendu le pays et détruit les espoirs du peuple, basta! à la peur, l’horreur, la guerre et
l’insécurité.
Aujourd’hui, nous avons le droit de vivre, nous avons le droit d’espérer ; nous avons le droit de bâtir. Et s’il reste un peu de dignité à ces hommes qui nous gouvernent, à ces politiciens qui sont censés nous protéger, qu’ils tirent leur révérence sobrement, qu’ils laissent la place à ces jeunes et cette société civile qui n’attendent qu’une chose : agir, ne rêvent que d’une chose : bâtir, et ne désirent qu’une unique chose : unir leurs voix et leurs forces pour redonner vie à ce pays qui va à la dérive.
Lamia SFEIR DAROUNI

