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Liban - La Situation

On joue les prolongations

La période d’attente angoissée qui s’était ouverte au Liban avec la perspective d’une frappe occidentale contre le régime syrien connaît une prolongation de facto. Celle-ci est due à ce que l’on a considéré comme étant un « ajournement » de cette frappe, sachant toutefois que nul n’avait fixé d’échéance précise.


Dans l’intervalle, les joueurs libanais tentent de maintenir sinon la flamme, du moins l’illusion de la flamme. Samedi dernier, le président de la Chambre, Nabih Berry, a lancé une « initiative » appelant le chef de l’État à convoquer les protagonistes de premier plan à une session de dialogue immédiate qui durerait cinq jours et qui serait consacrée à l’examen de trois thèmes : la formation du gouvernement, la loi électorale et la stratégie défensive.
Dans le cadre du troisième thème, M. Berry proposait aux participants de ne prendre en compte, en sus des armes de la légalité, que celles de la « Résistance au Liban-Sud ». Dans l’esprit du chef du législatif, il s’agissait de donner quelques gages à ceux qui dénoncent le détournement de la fonction de l’arsenal du Hezbollah et sa réorientation de la frontière méridionale en direction de l’intérieur libanais, puis de l’intérieur syrien.


Chaleureusement accueillie dans les rangs de son propre bloc parlementaire, l’initiative de M. Berry n’a pas suscité jusqu’ici des réactions enthousiastes chez les alliés. Et de l’autre côté de l’échiquier politique, on s’est partagé entre refus poli et critique virulente. Quant au chef du PSP, Walid Joumblatt, s’il s’est laissé aller à un long et vibrant hommage à l’adresse de M. Berry et de son penchant pour le dialogue, c’est pour mieux opposer une fin de non-recevoir à son initiative, à laquelle il reproche implicitement de « transgresser les institutions ».


De fait, comme l’ont souligné des commentateurs du 14 Mars, le plan du président de la Chambre conduit logiquement et de façon très concrète à un naufrage des prérogatives du président de la République et du Premier ministre désigné pour ce qui est du processus de formation du gouvernement, sur lequel la Constitution est on ne peut plus claire. Déjà soupçonné de vouloir phagocyter l’Exécutif moribond et de promouvoir le pouvoir d’Assemblée en convoquant la Chambre à des séances plénières à l’ordre du jour très fourni et en l’absence d’un cabinet en titre, M. Berry changerait ici de tactique : il livrerait en quelque sorte les prérogatives du chef de l’État et du Premier ministre désigné à la Loya Jirga.


Mais il y a une seconde faille technique importante dans son initiative : elle réside dans la mention des « armes de la Résistance au Liban-Sud ». Certes, la pensée qui sous-tend cette mention est louable dans la mesure où elle prend acte des critiques formulées contre le retournement des armes du Hezbollah en direction de l’intérieur libanais. Sauf que, comme l’ont souligné hier des commentateurs du 14 Mars, on oublie ici qu’en vertu des dispositions de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, il ne saurait être question ni d’armes ni de résistance au sud du Litani. Et le Liban est partie prenante à cette résolution.


Exit donc l’initiative de M. Berry. Y aura-t-il pour autant retour à la case départ en ce qui concerne le processus gouvernemental? Pas tout à fait, semble-t-il, dans la mesure où le président de la République, Michel Sleiman, se montre plus déterminé que jamais à contrer la tendance à l’immobilisme et à pousser le Premier ministre désigné, Tammam Salam, à former une équipe selon les critères qui leur semblent convenir.
On sait à ce stade qu’il s’agirait d’un cabinet sans tiers de blocage, dont les portefeuilles seraient redistribués sur les diverses formations et dont le pilier politique central serait la déclaration de Baabda, aux antipodes de l’interventionnisme dans le conflit syrien.


Du côté du 14 Mars, une claire évolution est à noter. Ce camp ne réclame plus apparemment un gouvernement de « neutres » excluant l’ensemble des blocs politiques. Il tend désormais vers une acceptation de la formule des « trois 8 » (huit ministres pour le 14 Mars, huit pour le 8 Mars et huit pour les centristes), à condition que le triptyque « armée-peuple-résistance » soit définitivement évacué de la grammaire gouvernementale, que la mise en œuvre de la déclaration de Baabda soit au centre du programme du cabinet et, pour de nombreux responsables quatorze-marsistes, que le Hezbollah se retire de façon déclarée de Syrie.


On n’en est pas là. Le Hezbollah campe sur ses positions et les autres composantes du 8 Mars se tiennent dans son ombre, malgré les divergences autour de la participation à la guerre syrienne. Et pour ce qui est du terrain, le climat est à la circonspection en attendant l’éventuelle frappe occidentale en Syrie. Israël mobilise, le Hezbollah mobilise : cela ne signifie certes pas que le front libanais va nécessairement s’embraser, mais cela est loin d’être rassurant.
Ce qui l’est, en revanche, c’est la réaction saine des organismes économiques qui ont décrété une fermeture générale demain mercredi pour protester contre l’immobilisme dans lequel se noie la République. Même si la démarche n’est pas appelée à donner des résultats immédiats, on y louera pour le moins une tentative de normalité.

 

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