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À La Une - La Situation

Dans l’imprévisibilité, une tentative de clore avant la fin du mois le dossier ministériel

Et pendant ce temps, pour la énième semaine consécutive, le PM démissionnaire, ici avec le chargé d’affaires américain, continue d’expédier les affaires courantes autant que faire se peut... Photo Dalati et Nohra

Le report des frappes occidentales contre la Syrie n’aura fait qu’accentuer encore plus l’imprévisibilité de la situation au Liban, tant au plan politique, concernant notamment la situation gouvernementale, qu’au niveau de la sécurité ou même du dossier social des réfugiés syriens.


Au sujet de ce dernier point, des sources officielles indiquent, à titre d’exemple, que la Sûreté générale a renforcé aux frontières le contrôle du passage des Syriens, dont elle scrute de près désormais les motifs de la venue au Liban et la validité des pièces d’identification, au risque de les refouler. Les indications sur une frappe occidentale ont également conduit le ministère des Affaires sociales, en collaboration avec l’agence onusienne des réfugiés, à aménager une zone d’accueil près du poste frontalier de Masnaa (Békaa), équipée d’eau et d’un système sanitaire, en vue de pallier au cas d’afflux important de réfugiés.


Mais dans ce semblant de mobilisation officielle, apparaissent des bémols qui rappellent l’absentéisme d’un État en mal d’une décision unifiée. D’abord, l’aménagement de la parcelle de terrain à Masnaa est le seul aboutissement concret jusque-là de la réunion d’urgence à Baabda qui avait regroupé mercredi dernier les deux ministres sortants de l’Intérieur et des Affaires sociales, ainsi que des responsables sécuritaires, dont le directeur de la Sureté générale. Aucun autre détail du soi-disant plan d’urgence de l’État n’a été communiqué, ni ressenti. Pire, certains Syriens ayant traversé les frontières révèlent à L’Orient-Le Jour une pratique qui fait revivre à l’esprit les expulsions de réfugiés par la SG qu’elle reconduisait de force auprès du régime, aux premiers mois de la crise syrienne. Une nouvelle forme d’expulsion se manifesterait à l’heure actuelle, à en croire un témoin oculaire : les gardes-frontières syriens procéderaient, lors du contrôle des pièces d’identification des citoyens se dirigeant vers le Liban, à la destruction ou la détérioration délibérée de ces pièces, de sorte que les agents libanais des SG les refoulent aux frontières, sous prétexte que « leur carte d’identité est fissurée ».


C’est cette même vacillation entre la volonté de Baabda d’asseoir un État unificateur qui soit à même de se distancier des événements régionaux, d’une part, et les positions de principe adoptées par l’un ou l’autre camp sur la crise syrienne, d’autre part, qui se reproduit, avec le même effet paralysant, au niveau du dossier ministériel. Si l’on en croit pourtant une source ministérielle, le nouveau cabinet verrait le jour à partir de la seconde moitié du mois courant, sur base des conditions exclusives de Mousseitbé et de Baabda, de manière que ce soit « le Premier ministre désigné qui forme le cabinet, en concertation avec le président de la République, au lieu de prendre les rênes d’un cabinet que l’on a formé pour lui ».


Si l’on concède que le Premier ministre désigné Tammam Salam ne renoncera pas aux critères qu’il a établis depuis sa désignation (refus du tiers de blocage ; alternance des portefeuilles ; répartition des sièges sur la base de la formule des trois huit – huit sièges respectifs pour le 14 Mars, le 8 Mars et les centristes, dont Walid Joumblatt) – la formule d’un cabinet « rassembleur » préconisée par le président de la République Michel Sleiman paraît offrir le moule adéquat aux constantes de Mousseitbé. En effet, le chef de l’État a déjà substitué la formule de gouvernement neutre par celle d’un gouvernement fédérateur, dans la perspective d’inclure toutes les parties dans le cabinet.
Notons d’abord que dans les derniers développements en date, le chef du Front de lutte nationale le député Walid Joumblatt aurait proposé au chef de l’État une répartition de portefeuilles selon la formule 9-9-6 (neuf portefeuilles respectifs aux 14 et 8 Mars ; et six aux centristes, c’est-à-dire le président de la République, le Premier ministre ainsi que le député Joumblatt). Cette proposition, qui fait suite au refus absolu par le Hezbollah de la formule 8-8-8 défendue par Tammam Salam, accorde au 14 et au 8 Mars un tiers de blocage, que Baabda et Mousseitbé sont déterminés à contrer.


Si la formule de Walid Joumblatt a été donc déclinée par les présidents Sleiman et Salam, la tendance serait à un gouvernement « fédérateur, qui soit basé sur la formule des trois 8, mais regroupant des figures non partisanes, non provocatrices, que l’on ne peut donc pas facilement contester. Le Premier ministre désigné aurait déjà en tête près de « 280 noms, parmi l’élite des jeunes », dont il compte sélectionner des figures « non provocatrices et compétentes », et sur lesquels les 24 portefeuilles seront répartis d’une manière « juste et unificatrice ».


À la réalisation de ce schéma, il existe néanmoins plusieurs entraves.
D’abord, le 14 Mars maintient son refus de participer à un cabinet incluant le Hezbollah, faute d’un retour de ce dernier à la déclaration de Baabda. Le discours virulent prononcé hier soir par le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, qui a tiré à boulets rouges sur le Hezbollah, confirme cette tendance. M. Geagea a en effet souligné sans détour que le 14 Mars s’opposera à tout gouvernement qui n’adopterait pas la déclaration de Baabda comme essence de son action. Dans le camp adverse, le Hezbollah continue d’étudier la manière de réintégrer le giron de l’État, à l’heure où des informations confirmées par des sources du parti de Dieu font état d’un retrait » discret « de ses combattants de Syrie qui sera achevé en décembre de l’année courante.
Entre les deux, des signaux à caractère centriste sont peut-être annonciateurs d’une nouvelle équation : le président de la Chambre Nabih Berry a exprimé samedi le refus de toute arme « en dehors de l’armée et de la résistance qui se trouve au Sud », tandis que le député Joumblatt continue de favoriser la politique de la main tendue, au Hezbollah en l’occurrence.


Si dans un cas de figure optimal le cabinet « fédérateur » trouve éventuellement un écho positif chez le 14 Mars, en tant que cabinet de non-partisans, et chez le 8 Mars, en tant que support d’un retour souple du Hezbollah vers l’intérieur libanais, il n’est pas certain que le principe d’alternance des portefeuilles puisse être concédé par les parties. Dans le cadre de la prise de contact récente entre le Courant patriotique libre et l’Arabie saoudite, le CPL aurait exprimé, par exemple, son attachement au portefeuille de l’Énergie et de l’Eau auquel il refuserait de renoncer. Tout comme le Hezbollah ne compte pas abandonner son portefeuille des Affaires étrangères.
« Accepte qui voudra », rétorquent les milieux de Mousseitbé et de Baabda. D’ailleurs, même si le gouvernement n’obtient pas la confiance du Parlement, il se maintiendra de façon transitoire en sa qualité de cabinet d’expédition des affaires courantes...

 

 

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